Bayard à la Ferté

Bayard à La Ferté ou le Siège de Mézières, opéra-comique en deux actes de Marc-Antoine Désaugiers et Gentil, musique de Plantade, 13 octobre 1811.

Théâtre de l'Opéra-Comique.

Titre :

Bayard à La Ferté

Genre

opéra comique

Nombre d'actes :

3 puis 2

Vers / prose

en prose, avec des couplets en vers

Musique :

oui

Date de création :

13 octobre 1811

Théâtre :

Théâtre de l’Opéra Comique

Auteur(s) des paroles :

Marc-Antoine Désaugiers et Gentil

Compositeur(s) :

Plantade

Almanach des Muses 1812.

Bayard, calomnié dans l'esprit de François Ier, et se justifiant par sa présence et d'un seul mot, forme tout le sujet de cette pièce un peu languissante et vide d'action. La musique a paru agréable, et a été souvent applaudie.

Sur la page de titre de la brochure, Paris chez Mme Masson, 1812 :

Bayard à La Ferté, ou le Siège de Mézières, opéra comique en deux actes, Par MM. Désaugiers et Gentil, Représenté pour la 1.re fois, à Paris, sur le Théâtre de l'Opéra-Comique, parles Comédiens de Sa Majesté, le 13 Octobre 1811.

Mercure de France, tome quarante-neuvième, n° DXXXIV (samedi 12 octobre 1811), p. 87-88 :

[Le compte rendu s’ouvre sur des considérations qui intéressent l’organisation des représentations : le critique note la progression de la qualité des représentations, de la première à la troisièmme, l’attribuant à une meilleure connaissance de la pièce par les acteurs. La « première représentation n'était qu'une répétition générale », et les acteurs (sauf un !) ne savaient pas bien leur texte. Le résumé de l’intrigue suit. Une fois cet indispensable résumé achevé, le critique souligne les incohérences nombreuses qui entachent la pièce. La plus grave, c’est le fait que Bayard ne dit pas d’emblée que le siège est terminé, ce qui le justifierait aux yeux du roi. La raison invoquée : il n’y aurait plus de pièce, et le critique ajoute malicieusement que ce serait une grande perte : « une belle scène entre le roi et Bavard, des détails agréables, et sur-tout la musique de M. Plantade ». Cette musique est couverte d’éloges, ouverture remarquée, airs, orchestration. Un seul petit reproche : « un usage un peu trop fréquent du cor » (le critique n’aime pas le bruit). Deux interprètes sont mis en avant, dans deux rôles essentiels, celui de Bayard (« la noblesse et la fermeté d'un chevalier ») et celui de Mme de Randan (« de la grace et de la décence « ).]

Théâtre impérial de l'Opéra-Comique.— Première représentation de Bayard à La Ferté, opéra en trois actes.

Cette première représentation a été applaudie, mais l'opéra a obtenu encore plus de succès à la seconde On a dit souvent qu'une première représentation n'était qu'une répétition générale ; c'est sur-tout à Bayard que l'on peut appliquer cette observation : les acteurs, à l'exception de Gavaudan, étaient peu sûrs de leur mémoire, et cette hésitation, en jetant du froid sur l'exécution, a nui à l'ensemble de l'ouvrage. La seconde représentation, mieux sentie, a obtenu un plein succès, confirmé encore par la troisième.

La scène se passe à La Ferté, dans le château de Mme de Randan, où François Ier s'est rendu sous le prétexte de se livrer au plaisir de la chasse. Cependant Mézières est assiégée par les Impériaux ; François Ier a envoyé Bayard presque seul au secours de cette place, mais pendant que le chevalier sans peur et sans reproche verse son sang pour son prince, il est en butte aux intrigues des courtisans : deux seigneurs, jaloux de sa gloire, l'accusent auprès du roi ; ils produisent une lettre de Bayard lui-même, par laquelle il paraîtrait que celui-ci aurait quitté son poste et livré Mézières aux impériaux : le roi refuse de croire coupable celui qui l'a armé chevalier, et lui a donné les premières leçons du métier de la guerre. Mais une nouvelle circonstance vient ajouter quelque vraisemblance à l'accusation des ennemis de Bavard : celui-ci vient d'arriver à La Ferté dans le moment où il devrait être à Mézières, dont les dernières nouvelles ont annoncé l'étroit blocus. Le roi et Bayard sont rivaux, tous deux aiment Mme de Randan, et chacun sait qu'un roi est un terrible concurrent : Bayard paraît, et François Ier le reçoit assez mal ; au lieu de se justifier, Bayard chante pour annoncer qu'il ne peut se résoudre à renoncer à sa maîtresse, et il sort incontinent. On pense bien que lorsqu'il en sera tems Bayard n'aura qu'un seul mot à dire pour faire connaître son innocence : le roi veut enfin savoir la vérité, il mande Bayard qui lui annonce devant ses accusateurs que le siége de Mézières est levé, et que les impériaux ont été complétement battus : en faveur d'un service si important, d'un fait d'armes si beau, François Ier renonce à son amour, et reconnaît le mariage secret qui unissait Bayard à Mme de Randan.

Sans montrer trop de rigueur, il est permis de relever les invraisemblances échappées aux auteurs ; un opéra en trois actes mérite bien une analyse plus détaillée qu'un mélodrame.

Comment se fait-il que Bayard ne soit pas instruit du séjour du roi à la Ferté ? Comment le chevalier sans reproche, au lieu de se rendre directement auprès du roi, s'écarte-t-il de sa route pour visiter sa maîtresse ? Comment sur-tout, aux premiers reproches que lui adresse le roi, Bayard ne répond-il pas : le siége de Mézières est levé ? S'il agissait ainsi, il se conduirait sensément; mais alors il n'y aurait pas de pièce, et j'en serais fâché, car nous aurions à regretter une belle scène entre le roi et Bavard, des détails agréables, et sur-tout la musique de M. Plantade dont je vais parler.

M. Plantade est connu par des compositions gracieuses et par le joli opéra de Palma, il a voulu prouver que sa lyre pouvait prendre tous les tons ;

Passer du grave au doux, du plaisant au sévère.

Et je crois qu'il y a réussi : l'ouverture a été vivement applaudie ; c'est un tableau dans lequel on retrace les principaux événemens qui doivent passer sous les yeux des spectateurs ; un chœur au premier acte, exprime bien le chant joyeux du peuple ; au second acte, on remarque deux airs pour leur facture et leur couleur particulière ; l'un est chanté par Bayard, il peint les craintes du chevalier qui se dissipent au souvenir des vertus de Mme de Randan ; l'autre chanté par Mme Paul Michu, est remarquable par sa mélodie simple ; la partie de l'orchestre est bien écrite, on a cependant remarqué un usage un peu trop fréquent du cor. Cet opéra est le premier ouvrage de M. Plantade depuis son retour, et le succès qu'il a obtenu est un engagement que le compositeur contracte avec le public.

Gavaudan, chargé du rôle de Bayard, a bien représenté ce héros ; il a su allier la noblesse et la fermeté d'un chevalier : cet acteur me paraît être le seul, à ce théâtre, qui puisse jouer cet emploi. Mme Paul Michu a mis de la grace et de la décence dans le rôle de Mme de Randan.

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, 16e année, 1811, tome 5, p. 404-405 :

[Un amour froid, une rivalité qui ne produit pas de situation, des personnages inutiles, il faut se rabattre sur la gaieté que produit un petit rôle pour trouver un point positif. Comme souvent, c’est la musique qui est jugée la meilleure partie de l’ouvrage...]

Théâtre de l'Opéra Comique.

Bayard à la Ferté, opéra comique en trois actes, joué le 3 octobre.

Cette pièce n'a obtenu qu'un demi-succès. L'amour de François I pour Madame de Randan, est froid ; sa rivalité avec Bayard ne produit point de situations ; la plupart des personnages sont inutiles. Cependant il y a de la gaieté dans un petit rôle de Page que joue d'une manière fort piquante, Madame Gavaudan. La musique de M. Plantade a soutenu en grande partie cet ouvrage de MM. Désaugiers et Gentil.

Les auteurs l'ont remis en deux actes après quelques représentations.

L’Esprit des journaux français et étrangers, tome XI, novembre 1811, p. 279-284 :

[Compte rendu de deux pièces jouées le même soir (il y avait même trois pièces créées en même temps, mais la troisième est simplement citée). De plus, il donne à la première pièce un titre original, Bayard chez madame de Randan : elle est aussi et surtout connue sous celui de Bayard à la Ferté (qui est d’ailleurs employé au cours de l’article). On est en présence d’une de ces pièces sur les amours de personnages célèbres, ici le chevalier Bayard, en concurrence avec François Ier. Avant d’en venir à l’intrigue, il faut régler le problème du genre auquel la pièce appartient, opéra, opéra-comique, opéra héroïque. Le critique s’en tire par une pirouette, il propose « drame mêlé d'arriettes, suivant l'ancienne expression ». La pièce a rencontré un suspect que le critique croit peu assuré : la pièce durerait si elle « présentait plus de consistance, et offrait dans la construction de l'édifice de plus fortes dimensions ». Analyse de l’intrigue, qui semble étrange à des yeux modernes : un roi qui veut séduire une femme que courtise Bayard, un chevalier qu’on soupçonne de trahir sa patrie, et qui n’a guère de peine à se disculper, tout comme il triomphe facilement de son royal rival. Le jugement porté sur la pièce est nuancé : elle a des qualités (une belle dernière scène, des personnages « bien mis en action »), mais aussi des défauts (des longueurs, peu d’invention, un dialogue assez plat). La musique est jugée plus favorablement, elle est conforme à ce qu’a déjà produit le compositeur. Par contre les interprètes sont assez vivement critiqués : des chanteurs insuffisants, un manque d’ensemble, même si certains acteurs sont jugés plus favorablement.]

Théâtre Français et Opéra-Comique.

Les Pères créanciers, et Bayard chez Mme. de Randan.

Trois nouveautés théâtrales se disputaient le même jour le choix des amateurs nombreux, pour lesquels une première représentation est une séance d'obligation, comme s'ils redoutaient le plus souvent de n'être pas appellés à la seconde. Au Théâtre-Français on avait annoncé les Pères créanciers ; à l’Opéra-Comique, Bayard chez madame de Randan ; enfin à l'Odéon, l'Irrésolution donnait une idée juste de la situation des journalistes dans cette mémorable soirée.

Le nom de Bayard nous a déterminés : peut-être, il faut le dire, Mme. de Randan est-elle pour quelque chose dans cette référence. Les Amours de Bayard, de Monvel, avaient eu jadis un très-brillant succès ; leur reprise n'a pas été aussi heureuse. La critique s'est montrée très-sévère contre le genre, contre le plan de l'ouvrage et contre le style : Molé et Mlle. Contat avaient autrefois défendu ce drame héroïque contre les rigueurs du parterre ; privé de tels appuis, quoique joué avec un ensemble très-satisfaisant, il n'obtint à la reprise qu'un succès passager. Voici un ouvrage nouveau dont le sujet rappelle celui des Amours de Bayard ; nous sommes assez embarrassés de lui donner un titre ; ce n'est pas un opéra comique, il y a trop de sérieux ;.ce n'est pas un opéra héroïque, il y a trop de bouffon ; ce n'est pas un opéra, il n'y a ni spectacle, ni décorations, ni ballets, et le compositeur n'y figure pas assez en première ligne ; le style de sa composition n'a pas une élévation assez soutenue ; il faut cependant que cet ouvrage ait un nom. Celui d'opéra lui est donné sur l'affiche : comme il est un peu ambitieux , ne pourrait-on pas transiger avec les auteurs, et le nommer drame mêlé d'arriettes, suivant l'ancienne expression ?

Le titre au surplus importe assez peu, si l'ouvrage a plu et s'il a réussi. Son succès a été constaté par les applaudissemens qu'il a obtenus, par l'annonce du nom des auteurs et du musicien. Ce succès a été faiblement contesté par une minorité plus obstinée que puissante. Quant à sa durée et au nombre des représentations à espérer, nous n'avons pas le don de prédire : nous le hasarderions cependant si l'intrigue était un peu plus forte, les situations plus développées, si l'ouvrage offrait un intérêt plus vif, un dénouenent moins prévu ; si, au total, la pièce présentait plus de consistance, et offrait dans la construction de l'édifice de plus fortes dimensions.

François Ier. est à La Ferté chez Mme. de Randan, avec une partie de sa cour ; le prétexte de la visite est une chasse ; la chasse est l'occasion d'une fête ; l'amour est la cause de la fête et de la chasse. Le roi veut y trouver un moment pour entretenir la belle veuve, quoiqu'il connaisse le vœu téméraire qu'elle a fait de rester fidelle à la mémoire de son époux.

Ce vœu est tellement téméraire qu'il a été déjà rompu en faveur du chevalier sans peur et sans reproche, de Bayard, qui peut-être ici cependant a deux reproches à se faire, le premier de faire un mystère à son roi et à la cour du mariage secret qui l'unit à la belle veuve ; le second de venir à La Ferté incognito, après la levée du siége de Mézières, au lieu de se rendre de suite auprès du roi.

Mais le hasard le sert mieux que sa prudence, puisque chez Mme. de Randan, qu'il croyait visiter secrettement, il trouve le roi établi, écrivant des billets, demandant des rendez-vous, et, malheureusement pour lui, choisissant pour ses commissions un page tout dévoué au chevalier.

Bayard, en combattant les ennemis de la France, a laissé les siens auprès du roi ; deux seigneurs l'honorent sur-tout de leur inimitié particulière et d'une basse jalousie : ces deux personnages, inséparables l'un de l'autre, entrent, sortent toujours à-la-fois ; ils parlent ou chantent toujours ensemble ; ils ont la même physionomie : Collé en avait donné une différente à Concini et à Bellegarde : nos deux seigneurs rappellent leur entretien dans la pièce de Collé : les auteurs auraient dû l'imiter tout-à-fait ou ne l'imiter point

Les rivaux de Bayard veulent le perdre auprès du roi ; ils en cherchent l'occasion et croient l'avoir trouvée dans une lettre de ce capitaine, qui semblerait entretenir des intelligences avec les impériaux qui assiégent Mézières ; il ne faut plus que saisir un moment favorable pour montrer.

Ce moment se présente, lorsque Bayard découvre, par un moyen peu ingénieux, que François Ier. est épris de Mme. de Randan, et lorsque le roi, irrité de voir dans Bayard un rival préféré, est près d'oublier les services du capitaine. Au moment donc d'un entretien peut-être trop vif entre le roi et le capitaine, les ennemis de Bayard montrent sa lettre ; le roi ne peut en croire ses yeux ; il mande Bayard ; le chevalier frémit de se voir soupçonné, mais dès cet instant son épée ne lui appartient plus, il la met aux pieds du roi, qui la lui rend avec bonté, en lui rappellant qu'elle fut un don de sa main : Bayard s'écrie alors qu'elle est restée pure dans les siennes : en peu de mots il dévoile l'imposture de ses accusateurs : sa lettre était une ruse de guerre ; les Impériaux abusés se sont portés sur un point des renforts et un convoi sont entrés à Mézières par un autre ; Mézières est délivrée.

On conçoit que le chevalier, après cette explication et la déclaration de son mariage, ne trouve plus dans le roi ni un juge sévère, ni un rival obstiné ; cette dernière scène de l'ouvrage est bien traitée, elle cause une vive émotion ; elle a la couleur du temps, et les personnages y sont bien mis en action ; quoiqu'elle amène un dénouement prévu, elle a fait plaisir, et déterminé le succès de l'ouvrage. Dans les premiers actes, quelques longueurs ont été remarquées ; il y a peu d'invention dans le plan général, et on n'a pas trouvé dans le dialogue toute l'originalité et tout l'esprit que promettait le nom des auteurs, MM. Desaugiers et Gentil ; mais on conçoit qu'accoutumés à des succès sans conséquence dans un genre qui n'a point de place en littérature, ils ont craint de se livrer dans leur nouvel ouvrage à une sorte de gaieté dont un parterre plus grave eût blâmé l'intempérance, et sur un tel théâtre, et dans un tel sujet ; ils se sont donnés à eux-mêmes des entraves qu'on apperçoit, des chaînes dont on sent le poids : quelques spectateurs les auraient mieux aimés en toute liberté.

La musique de Bayard à La Ferté est de M. Plantade, agréable compositeur, connu par un grand nombre de productions légères, qui ont passé de bouche en bouche, distingué par des productions plus graves qui méritent d'être plus connues, musicien qui pourrait se montrer savant, mais qui préfère d'être le plus possible à-la-fois expressif et gracieux. II a été dans cet ouvrage, fidèle à son systême, et à l'école à laquelle il s'est formé. Son ouverture est d'un bon dessein et a des passages extrêmement agréables : ses chœurs ont du mouvement, de la franchise et de la clarté ; ses petits airs sont aimables. Quelques morceaux d'effet auraient exigé des chanteurs doués de plus de moyens. L'ouvrage au surplus a été joué avec moins d'ensemble qu'il n'en acquerera par la suite. Gavaudan est très-bien dans le rôle de Bayard, et sa femme mieux encore dans celui du jeune page. Mme. Paul Michu joue avec décence et noblesse celui de Randan. Paul a mis dans le costume de François Ier., toute l'exactitude qu'on aurait pu attendre du pinceau des Menjaud et des Bergeret. Comme chanteur et comme acteur, le rôle lui donnait peu d'occasions de briller.                  S....

Nicole Wild et David Charlton, Théâtre de l'Opéra-Comique Paris : répertoire 1762-1972, p. 159, donnent pour titre Bayard à La Ferté ou le Siège de Mézières. La pièce est donnée comme un opéra-comique en un acte, dont le livret est de Marc-Antoine Désaugiers et Michel-Joseph Gentil de Chavagnac, et la musique de Charles-Henri Plantade. Elle a été créée le 3 octobre 1811. La partition autographe en fait un opéra en 3 actes, qui aurait été augmenté en 2 actes après quelqeus représentations. Elle a été jouée jusqu’en 1812.

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