Juliette et Belcourt

Juliette et Belcourt, comédie en trois actes, en vers libres, de Lombard de Langres, 19 prairial an 10 [8 juin 1802].

Théâtre Français de la République

Almanach des Muses 1803

Belcourt, jeune militaire, a sauvé la vie, dans le bois de Saint-Maur, à une demoiselle attaquée par des voleurs. Cette demoiselle, nommée Juliette, est fille de M. Blount, banquier, franc bourru, rougissant d'être bonhomme, et qui a fait emprisonner Belcourt père, son débiteur. Belcourt vient demander à Brount, la liberté de son père ; mais le créancier est inflexible. Juliette, par reconnaissance et par amour, fait vendre en secret des diamans pour tirer de prison le père de son libérateur. Belcourt refuse de profiter d'un tel sacrifice, et confie à un ami de Blount le trait de générosité de Juliette. Blount, touché de la conduite du jeune homme, lui accorde la main de sa maîtresse, et la liberté de son père.

Quelques vers agréables, de jolies scènes ; mais des invraisemblances, des longueurs. Point de succès.

Courrier des spectacles, n° 1921 du 20 prairial an 10 [9 juin 1802], p. 2 :

[La pièce n’a pas réussi, la représentation a été houleuse, et Saint-Fal est allé jusqu’à demander s’il fallait continuer à la jouer : on lui a répondu oui, et la pièce semble être allé à son terme. Les raisons de l’échec sont multiples, sujet faible, sans action, remplissage, dialogues et monologues vides, et surtout plagiat : la pièce ressemble comme deux gouttes d’eau à une comédie de Sourriguères dont Le Pan a rendu compte dans un des tout premiers numéros de ce journal, et il souligne les ressemblances entre les deux pièces. Différence importante : en allongeant la pièce, le plagiaire n’a fait que l’affaiblir, et le style employé a contribué à sa chute.]

Théâtre Français de la République.

Thalie n’est pas plus heureuse à ce théâtre que Melpomène. La comédie jouée hier sous le titre de Juliette et Belcourt a éprouvé, en proportion de sa longueur, une chute aussi forte que la tragédie le Roi et le Laboureur. Cependant il faut convenir que plusieurs passages, quoique déplacés, avoient séduit une partie des spectateurs. Aussi cette pièce a-t-elle eu pendant quelque tems des défenseurs opiniâtres qui n’ont cédé qu’après s’être convaincus que l’ouvrage n’étoit pas soutenable.

Nous ne laisserons point passer cette occasion de remarquer que le cit. St Fal rappelle autant par sa manière d’agir que par son talent l’ancienne tenue de la Comédie Française. Cet acteur, après avoir très-bien joué un rôle de père, voyant que le public étoit généralement contre la pièce, s’est approché sur le devant de la scène pour demander si l’on desiroit que la représentation fût achevée. Sur la réponse affirmative la pièce a été continuée. Nous croyons même qu’elle a été jusqu’à sa fin.

Les défauts principaux qu’on a remarqués dans cette comédie, sont un sujet trop foible pour trois actes, des scènes de remplissage, point d’intérêt, un caractère forcé, de nombreux monologues aussi vuides que les scènes, point d’action, et surtout rien de neuf.

Nous devons insister sur ce dernier point, car en changeant dans cette pièce les noms de Bloume, Belcourt, Firmin et Juliette; en ceux de Sainville, Florival, Antoine et Cécile, on aura à-peu-près la pièce de Cécile ou la Reconnoissance, comédie en un acte et en vers de M. Sourigueres, donnée avec succès au théâtre Louvois le 26 nivôse an cinq.

Si l’auteur de la comédie nouvelle, qui n’a point été nommé, veut se donner la peine de voir le n°. 9 de notre feuille, nous ne doutons pas qu’il ne recounoisse son ouvrage en entier. Quant à nous, nous ne saurions faite l’analyse de sa pièce qu’en copiant celle que nous avons donnée de la jolie comédie de M. Sourigueres, qui, resserrée en un acte et remplie de très beaux vers, a obtenu, nous aimons à le répéter, un succès fort agréable et bien mérité.

Dans l’une et dans l’autre pièce une jeune fille attaquée par des voleurs a été défendue par un jeune inconnu qui se trouve être le fils d’un homme que le père de la demoiselle poursuit pour dettes. Dans l’une et l’autre pièce la jeune personne fait vendre ses diamans par le caissier de son père, pour libérer le débiteur.

En rendant compte de Cécile, nous avons cité une scène entre Lisette et Antoine ; elle se passe dans Juliette et Belcourt entre la Soubrette et Firmin. Bloume a avec Belcourt la même scène que Sainville a avec Florival. Le cit. St-Fal jouoit ce dernier rôle dans la piece de Sourigueres, et sortoit en disant ce vers :

Vous n’aurez pas l’honneur de me rendre service.

En un mot, c’est absolument le même ouvrage mis en trois actes, et c’est cette extension et la différence du style qui ont occasionné sa chute.

Le Pan.

Mercure de France, tome huitième, an 10, n° LI, 25 Prairial. An 10, p. 453-454 :

Juliette et Belcourt, comédie en trois acte en vers libres.

Le public est un convive plus ou moins difficile, suivant les tables auxquelles il se trouve. S'il rencontre une mauvaise auberge, et cela lui arrive assez fréquemment, il a le bon esprit de se contenter de ce qu'on lui présente ; il fait honneur à tout ; il a l'air de savourer les mets les plus insipides. Est-il prié dans une maison qui a la réputation d'être bien servie ? il fait le gourmet et le connaisseur, touche à peine à ce qu'on lui offre, se dégoûte tout-à-coup d'un mets, après avoir paru d'abord lui faire fête, cherche à en dégoûter ses voisins qui, sans lui, l'auraient trouvé bon de la meilleure foi du monde, et les force souvent, à leur grand regret, à se lever de table avant la fin du repas. Après avoir dédaigné le banquet de Melpomène, on ne pouvait pas, sans une espèce d'injustice, rester à un petit souper de Thalie ; et .les deux sœurs en ont été également pour leurs frais. Nous croyons que ceux de la dernière n'étaient pas très-considérables , et qu'elle a bien moins sujet que son aînée de regretter sa dépense.

M. Blum, riche banquier, se plaint de ce que sa facilité en affaires l'expose continuellement à être dupé. Il se reproche d'être trop humain, et est très courroucé de ce qu'on ne l'appelle plus que le bon M. Blum. Pour détruire une si mauvaise réputation, il débute par faire emprisonner Belcourt, un de ses débiteurs. Son vieux caissier, Firmin, qui est aussi un bon homme, lui représente inutilement que Belcourt est un père de famille honnête, victime d'une spéculation malheureuse. En. vain le fils de son débiteur vient implorer la piété. Blum a pris son parti ; il est inexorable. Ce jeune Belcourt, qu'il éconduit avec tant de dureté, se trouve lui avoir rendu, sans qu'il le sache, un important service. Il a sauvé la vie à sa fille, que des voleurs avaient attaquée dans le bois de Saint-Maur.

La jeune personne est pleine de reconnaissance envers son libérateur ; elle éprouve même pour lui un sentiment plus tendre ; mais elle ne l'a pas rencontré depuis son aventure, et elle ignore jusqu'à son nom. Heureusement elle l'entrevoit, au moment où il se retire désespéré. Firmin l'instruit du motif de sa visite, et elle lui donne son écrin pour tirer de prison le père de son amant. Mais M. Belcourt refuse d'en sortir à ce prix, et son fils rapporte les dix mille écus produit de la vente de l'écrin. Alors M. Blum, également charmé et de la délicatesse du père et du courage du fils, remet au premier sa dette, et fait son gendre du second. Nous n'avons pas parlé d'un vieillard amoureux qui croit plaire à Juliette, et qui veut à toute force l'épouser. L'insipidité de ce rôle, qui n'a pu être racheté par quelques traits plaisants et par le jeu de Grandmesnil, a en grande partie causé la chute de la pièce. Son grand défaut est d'être sans intérêt ; l'action en est languissante, le style négligé et souvent même trivial; et les acteurs, quoiqu'ils aient fait à la fois preuve de talent et de bonne volonté , n'ont pu la préserver de sa disgrâce.

L'Opinion du parterre, Germinal an XI, p. 201 :

Lombard-de-Langres. Il a fait sifler Juliette et Belcourt ; bientôt on sera obligé de substituer cette expression à celle de : il a fait jouer.

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