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Montoni, ou le Château d’Udolphe

Montoni, ou le Château d’Udolphe, drame en cinq actes et en prose, d’Alexandre Duval, musique de madame Gail, 11 fructidor an 6 (28 août 1798).

Palais des Variétés.

Titre :

Montoni, ou le Château d’Udolphe

Genre

drame

Nombre d'actes :

5

Vers / prose

prose

Musique :

oui

Date de création :

11 fructidor an 6 (28 août 1798)

Théâtre :

Théâtre de la Cité-Variétés

Auteur(s) des paroles :

Alexandre Duval

Compositeur(s)

madame Gail

La pièce a été publiée chez Migneret. Dans les œuvres complètes de Duval, elle est présentée ainsi :

Montoni, ou le Château d’Udolphe, drame en cinq actes et en prose, imité du roman les Mystères d’Udolphe. Représentée en 1797.

La pièce est précédée d’une notice, p. 391-397 :

NOTICE SUR MONTONI.

Les Voleurs de Schiller venaient d'obtenir, sous le titre de Robert, chef de Brigands, le plus grand succès sur le théâtre dit alors de la République. L'acteur qui jouait le principal rôle, enchanté de l'effet qu'il y avait produit, me pria de lui faire un autre rôle dans ce genre allemand, que depuis l'on a nommé romantique. Comme je ne demandais pas mieux que d'avoir une occasion de faire briller ses talents, je cherchai long-temps un sujet bien noir qui me fournît des évènements surnaturels et des scélérats bien profonds. Ne trouvant rien qui pût approcher du chef-d'œuvre de Schiller, j'allais renoncer à mon projet, lorsque le hasard me fit tomber dans les mains les Mystères d'Udolphe, de Madame Radcliff. Quelle fut ma joie de trouver réuni dans un seul roman un assortiment complet de portes secrètes, de musique aérienne, de revenants, de tours du Nord, enfin tout ce qui peut completter le grand, le beau, le merveilleux !

Riche de tous ces tours de passe-passe que renferme le roman, il ne me restait plus qu'à disposer ma fable d'une manière vraisemblable, qu'à donner de la générosité et des remords à mes bandits, et finir, comme cela se pratique, par faire triompher l'innocence persécutée. Une fois engagé dans les souterrains de mon Château d'Udolphe, je ne voulus plus revenir sur mes pas, et, pour en sortir, je parvins à arranger assez passablement tout ce fatras romanesque. Cependant je dois convenir que, tout en riant moi-même de la puérilité de mes combinaisons, j'aperçus, dans le personnage de Montoni, un caractère bien fait, et qui pouvait avoir quelques succès dans le genre terrible. En donnant plus de développement au rôle secondaire d'Orsino, et en ajoutant de mon propre fonds quelques autres merveilleuses horreurs, je fis de tout cela un énorme monstre dramatique qui aurait pu me faire en Allemagne une certaine réputation. Certes, le lecteur ne pourra blâmer de ma part ce petit accès d'amour-propre, puisque Montoni obtint à Paris même, sur un théâtre secondaire, un assez brillant succès. Tel est le goût du peuple pour ces monstruosités, que ce drame est encore joué dans les provinces, beaucoup plus que mes comédies qui ont obtenu du succès sur le Théâtre-Français.

Cependant, dès que j'eus achevé ce grand œuvre, je fus si effrayé d'avoir si bien employé les ressorts que m'avait fournis madame Radcliff, que je n'osai pas même le lire au Théâtre pour lequel je. l'avais composé. Je sentis que, si je débutais sur le Théâtre de la Nation par ce grand ouvrage de l'espèce bâtarde, je risquais de me donner un ridicule qui pouvait semer ma carrière d'obstacles et de dégoûts. D'ailleurs une idée nouvelle, en portant mon imagination sur un autre objet, m'eût bientôt fait oublier mes Tours du Nord et leurs brigands; ce fut la Jeunesse de Richelieu qui me sortit de ce repaire. Si, dans ce dernier ouvrage, j'avais un sujet difficile à traiter, je pouvais au moins le rendre intéressant par des moyens simples et naturels, et j'avais de plus le comique d'un caractère connu et la peinture des mœurs d'une époque qui n'était pas éloignée de la nôtre. Aussi ce ne fut que long-temps après la représentation de la Jeunesse de Richelieu, que je cédai aux demandes du théâtre qui voulut représenter Montoni. On me fit des propositions si séduisantes que je n'eus pas le courage d'y résister : ce qui me détermina à les accepter, ce fut la certitude que j'avais, en cas de revers, de ne pas succomber au moins sur mon terrain. Échappé au danger, je promis bien, dans ma préface, de ne plus retomber dans la même faute, en m'exerçant dans un genre que le bon goût semblait réprouver. Eh bien ! telle est la différence des temps, que, si j'étais à faire aujourd'hui cette promesse, que je faisais alors dans toute la sincérité de mon ame, j'y regarderais à deux fois. Le temps m'a démontré une grande vérité que ma raison veut en vain repousser encore. Oui, l'effet qu'a produit cette pièce bizarre, tant à Paris que dans les provinces, m'a convaincu qu'une extravagance dramatique, conduite avec un certain art, peut l'emporter, dans l'esprit de la multitude, sur un ouvrage bien pensé et bien écrit. Si la classe instruite se moque des mélodrames dans ses salons, le peuple y court avec fureur, et, malgré ses plaisanteries, les gens de goût eux-mêmes se montrent peuple et, comme lui, courent au Boulevard. Je vais essayer de démontrer l'influence que peut avoir ce goût général qui fera oublier, momentanément au moins, toutes les beautés de notre ancien théâtre français.

Si la censure continue de rejeter toutes les pièces qui offriront la peinture de nos mœurs modernes, comment satisfaire le goût du public et son entraînement pour la nouveauté ? Il faut l'amuser d'abord ; et, ne pouvant obtenir ce qu'il désire, il finira par accepter ce qu'on lui présentera. Sans doute, si on le laissait le maître de ses plaisirs, il est dans ses goûts de préférer ce qui est vrai et raisonnable à ce qui est outré et invraisemblable. Il préfèrerait toujours le tableau des caractères et des ridicules qui sont sous ses yeux, à l'assemblage tudesque de mille évènements souvent communs, quoique intéressants. Mais les auteurs, ne pouvant plus prendre la nature sur le fait, seront forcés, pour obtenir la bienveillance du public, de se jeter dans le vaste champ du romantique, et parviendront ainsi à lui offrir une récolte plus abondante que précieuse. Qu'on ne se trompe pas sur les craintes que je manifeste, de voir une invasion de ce genre sur le Théâtre-Français. Elle sera telle qu'elle atteindra jusques aux chefs-d'œuvre des siècles passés. L'on est déja familiarisé tellement avec les mots de genre romantique, qu'on fait hautement des cours sur ce genre, dans nos lycées, et que même il n'est plus repoussé par l'Académie. Qu'il se présente un auteur qui sache ajuster avec adresse les drames allemands ou anglais; qu'en respectant encore un peu les règles d'Aristote, il produise un drame fort d'action, de comique et d'intérêt, fût-il dénué de vraisemblance et même de bon goût, j'ose lui prédire un succès complet. Que tous les littérateurs imitent cet exemple, et dans vingt ans on ne jouera plus ni Corneille, ni Molière, ni tous ceux qui ont voulu marcher sur leurs traces. Cette direction que prendra le théâtre est une suite de notre position politique ; et, comme je l'ai déja dit, la satire des ridicules modernes, dans la comédie, et, dans la tragédie, la véritable politique des rois ne pouvant plus être exposées sur la scène, il faudra bien que le public, dont on ne veut pas satisfaire les goûts, cherche, dans les pièces imitées de l'étranger, d'autres émotions et d'autres plaisirs. Ce n'est pas que je craigne que le genre romantique s'établisse en France d'une manière durable ; il y a trop d'esprit et de raison dans la nation française, pour qu'elle ne force pas les auteurs à revenir à la simplicité dans leurs productions. Alors les auteurs jouiront d'un avantage que ne pouvaient avoir leurs prédécesseurs, c'est qu'ils seront moins timides dans leurs tableaux, moins maniérés dans l'exécution et plus énergiques dans les détails. Il ne faudra, pour arriver à cette belle simplicité, qu'une époque où les auteurs n'auront pour censeurs que des indépendants, des philosophes, et, pour les juger, qu'une nation forte de ses lois et de sa liberté.

La musique des deux romances de Montoni fut faite par une dame qui a mérité sa célébrité par de grands talents, et par le genre aimable de son esprit, qui la faisaient chérir et désirer dans toutes les sociétés. Madame Gail, dont tout Paris a entendu la jolie musique, cherchant, à l'époque où je donnai ma pièce, à faire connaître le talent qu'elle avait déja acquis, me demanda à composer les deux seuls morceaux de ce bizarre ouvrage. Elle réussit parfaitement, en leur donnant un chant conforme au temps et au caractère des personnages. Un véritable connaisseur, après avoir entendu la chanson du Bon Roi Chrétien, aurait pu assurer que madame Gail avait reçu de la nature un talent tout-à-fait dramatique. Elle l'a bien prouvé depuis par ses opéras des Deux Jaloux et de la Sérénade. Ses débuts avaient été trop heureux dans cette carrière brillante, mais bien périlleuse, pour ne pas lui faire espérer un plus grand nombre de succès. Elle les aurait obtenus sans doute, si l'impitoyable mort ne fût venue la frapper dans cet âge où le talent s'accroît encore.

Cet hommage, que je rends à la mémoire d'une femme aimable, est une dette que j'acquitte au nom du public qui regrette ses talents, de son aimable sœur et de son fils qui la pleurent encore, et de ses nombreux amis qui conserveront un long souvenir des agréments de son esprit et de la franchise de son caractère.

Hélas ! à peine suis-je entré dans la route que je dois parcourir ; à peine me suis-je occupé du soin de rappeler à ma mémoire les artistes qui ont contribué, par leurs talents, à mes travaux, à mes succès, que déja cinq tombes ont attristé mes regards. Saluons et passons vite. Guidé dans mon voyage par la vive Thalie, ce n'est pas avec elle que je dois m'arrêter dans des champs funéraires.

La Décade philosophique, littéraire et philosophique, an six, 4e trimestre, n° 36 (30 Fructidor an 6), p. 565-567 :

[La pièce est l’adaptation d’un roman anglais en « drame à grands effets » par Duval, dont les succès récents sont rappelés. Mais cette adaptation exigeait une refonte presque entière de l’intrigue du roman. L’intrigue est résumée en quelques lignes. Puis le compte rendu signale deux forces de la pièce, une scène « habilement filée » et « une très jolie chanson », dont la musique est « l’ouvrage d’une femme amateur », « pleine d’originalité ». Le dernier paragraphe est consacré aux décorations, remarquables. Un des décors donne, semble-t-il, l’impression d’un « escarpement considérable ». La pièce a coûté cher à monter et a été très bien jouée. »

Article repris dans l’Esprit des journaux français et étrangers, vingt-huitième année, tome I (vendémiaire an 7), p. 212-214.]

Théâtre de la Cité – Variété.

On a monté avec éclat à ce théâtre , et l'on continue de donner avec succès, un drame à grands effets, tiré du roman des Mystères d'Udolphe. La pièce à laquelle on a donné le nom de son principal personnage, Montoni, est du C. Duval, que le succès récent du Prisonnier, et celui des Projets de Mariage , ont fait avantageusement connaître.

On sent que pour adapter au théâtre la fable de Madame Radcliffe, l'auteur s'est vu forcé de la refondre presque entièrement. Elle ne lui a fourni que ses caractères et les situations principales.

Montoni, demi-seigneur , demi-brigand, maître du château d'Udolphe dans les Apennins, y tient prisonmière Eléonore , qu'il veut épouser. Il croit s'étre défait d'une première femme ; mais sauvée par un nommé Bertrand qu'on avait chargé de l’expédier, cette malheureuse victime vit encore dans les souterrains du château.

Montoni et un Comte Orsino, son associé, scélérat comme lui, tous deux jaloux de leur pouvoir, et se défiant l'un de l'autre, s'observent mutuellement, se soupçonnent, et finissent par s'empoisonner tous deux dans le même festin. Leur chûte amène le triomphe de l'innocence. Tels sont les traits principaux de l'intrigue.

On a applaudi dans les détails une scène où Montoni soupçonne son agent Bertrand du crime d'humanité, et ou celui-ci croit voir dans son maître quelques mouvemens de remords, ce qui n'est pas. Cette scène et celle ou les deux chefs découvrent la noirceur de leurs projets mutuels, sont ce qu'on appelle habilement filées, c'est-à-dire que la gradation des idées et des sentimens y est ménagée de manière a ce qu'elles produisent tout leur effet.

On a vivement applaudi une très-jolie chanson que chante un des gardes du rempart, pendant qu'il est en faction. Les paroles en sont plaisantes, et la musique, qui est l'ouvrage d'une femme amateur, est pleine d'originalité, et convient parfaitement au personnage et au sujet. Nous pourrons peut-être dans un de nos prochains numéros, la faire connaître à nos aimables lectrices.

Les décorations (qui sont à-présent, comme on sait, une partie importante d'une pièce de théâtre) ont bien leur mérite. Il en est une fort neuve, qui représente un belvedère au sommet d'une tour. Le Théâtre y est entouré d'un parapet au-delà duquel est supposé exister un escarpement considérable. Au total la pièce est une de celles que ce théâtre a montées avec le plus de dépenses et jouées avec le plus de soin .                            S.

Magasin encyclopédique, ou Journal des sciences, des lettres et des arts, 18e année, 1813, tome IV, p. 192 :

[La pièce a été reprise en 1813, avec un certain succès, semble-t-il.]

ODÉON. THÉATRE DE L'IMPÉRATRICE.

On vient de remettre à ce théâtre un drame intitulé Montoni, Composé et représenté à une époque où les scènes de poisons, de poignards, de souterrains et de revenans étoient vraiment d'obligation sur nos théâtres secondaires, Montoni réunit toutes les richesses, et présente la plupart des défauts qui appartiennent au genre. Cependant nous conviendrons volontiers que, dans cette pièce, les défauts sont jusqu'à un certain point rachetés par un intérêt assez vif et fort habilement ménagé d'acte en acte : aussi continue-t-elle à attirer le public.

D’après la base César, la pièce a été jouée 23 fois au Palais des Variétés du 28 août 1798 au 6 octobre 1799, et a connu une représentation, le 8 octobre 1799, au Théâtre de la Cité (mais c’est sans doute le même théâtre).].

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