La Partie de Campagne

La Partie de Campagne, opéra comique en un acte, paroles de M. Lamarteliere ; musique de M. Jadin ; 26 juin 1810.

Théâtre de l'Opéra-Comique.

Titre

Partie de campagne (la)

Genre

opéra comique

Nombre d'actes :

1

Vers / prose ?

en prose, avec des couplets en vers

Musique :

oui

Date de création :

26 juin 1810

Théâtre :

Théâtre de l’Opéra COmique

Auteur(s) des paroles :

Lamartelière

Compositeur(s) :

Jadin

Almanach des Muses.

Sujet qui rappelle un peu trop Maison à Vendre. Deux jeunes étourdis criblés de dettes et cherchant un dîner ; courant après une maîtresse qu'ils croient perdue ; la retrouvant ensuite et s'introduisant par ruse dans la maison ; une vieille tante, espece de folle, qui les prend pour des héros de roman ; un oncle qui survient fort à propos, reconnaît nos étourdis, les menace un instant de la visite de leurs créanciers, leur pardonne, et unit les deux amants ; tel est à-peu-près le fond de la piece.

De la gaîté, des invraisemblances. Musique legere et dramatique. Demi-succès.

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, 15e année, 1810, tome III, p. 375-376 :

[La pièce ne brille pas par l’originalité, ni par l’invention. La façon dont la fin de la pièce est résumée le montre bien : « Reconnoissance, explication, mariage ». Tout le monde sait de quoi il s’agit. La pièce a subi l’opprobre des sifflets. Les auteurs sont cités, sans être félicités d’aucune manière, au contraire.]

THÉATRE DE L'OPÉRA COMIQUE.

La Partie de Campagne, opéra comique en un acte, joué le 26 juin.

Deux jeunes gens, poursuivis par leurs créanciers, n'ont d'autre ressource que de se promener hors de la ville. Ils n'ont pas le sou, et voudroient bien dîner. Une belle maison de campagne se présente à leurs yeux. Ils feignent de se battre en duel ; on les sépare, on les accueille, et ils font un bon déjeûner. Précisément la maison est celle d'un de leurs créanciers les plus forts, dont l'un des deux mauvais sujets aime la fille. Le père arrive : il ne connoît de vue ni son débiteur, ni son gendre futur, et est fort, étonné de trouver l'un et l'autre dans la même personne. Reconnoissance, explication, mariage. Quelques sifflets ont accueilli cette légère production de M. Lamartelière. La musique est de M. Louis Jadin.

L’Esprit des journaux français et étrangers, tome VIII, août 1810, p. 265-270 :

[Les paroles ne valent pas grand chose, et la musique non plus : voilà une pièce sévèrement jugée ! L’intrigue, aussi mauvaise que celle des pires Opera buffa (le repoussoir absolu en matière d’intrigue), est un composé de morceaux de diverses pièces (deux succès pour le fonds, et une foule de pièces pour les détails). Le résumé de l’intrigue insiste, parfois ironiquement sur tout ce qu’a de convenu une histoire où l’on retrouve tous les clichés de ce genre de pièces : des artistes faiseurs de dettes, l’amour d’une belle inconnue, chez qui les deux artistes arrivent de façon fortuite, un père créancier qui veut en fait donner une leçon au fils d’un ami, qui se révèle être son futur gendre. Dénouement : celui qu’on prenait pour un redoutable créancier n’est « qu'un père de la moderne comédie », qui paie les dettes et donne sa fille à celui qui l’aime, et qu’elle aime, bien entendu. La musque est aussi un tissu de réminiscences, et il vaudrait mieux qu’elle soit un de ces « pastiches » qu’on trouve dans les opéras bouffons, où au moins les emprunts sont assumés et utilisés avec justesse, ce qui n’est pas le cas ici. Chute ou pas chute ?  Formellement, la pièce n’est pas tombée, puisque les auteurs ont été nommés. Mais c’est dans des conditions qui entretiennent le doute : les auteurs ont bénéficié du zèle de leurs amis, et de la très forte chaleur qui a découragé « les indifférens », sortis rapidement du théâtre à la chute du rideau, et ne se sont donc pas opposés.]

Théâtre de l'Opéra-Comique.

La Partie de Campagne, opéra-comique en un acte.

On nous a fait attendre assez long temps cette Partie de Campagne : c'est partie remise, disaient les mauvais plaisans ; nous craignons bien qu'ils ne disent aujourd'hui : c'est partie perdue. L'intrigue de cette pièce n'est guère supérieure aux canevas les plus médiocres de l'Opéra Buffa ; comme eux, elle est composée de lambeaux ramassés de tous côtés ; Maison à Vendre et Ma Tante Aurore en ont fourni le fonds, et les mille et une pièces où l'on voit des jeunes gens poursuivis par leurs créanciers en ont suggéré les détails. Quant à la musique.... nous en parlerons après avoir rendu compte de l'intrigue.

Un jeune poète, nommé Dorval, et Bressac, peintre gascon, en sont les principaux personnages. Ils ont fait de mauvais vers, de mauvais tableaux, et de plus des dettes que leurs créanciers ne doivent pas trouver meilleures. Cependant l'un de. ces étourdis est amoureux, car il faut toujours un amoureux au théâtre, et c'est Dorval que l'auteur a chargé de ce rôle. L'objet de son amour est une jeune et jolie personne qu'il ne connaît que sous le nom d'Henriette ; car il n'a pu apprendre son nom de famille, attendu que Mme. de Verneuil, sa tante, ne s'occupe en société que de son Boston. On sent combien cette raison est péremptoire. Quoi qu'il en soit, Henriette a disparu de la capitale ; et un certain M. Dorsonval s'étant mis à la tête des créanciers de nos jeunes gens, ils ont été forcés eux-mêmes de quitter Paris à six heures du matin, pour faire ce que Dorval appelle une partie de campagne. Il a changé son nom pour celui de Florvelle ; il a fait prendre celui de Bressanville à Bressac, et se flatte qu'admis dans quelque bonne maison sur leur bonne mine, ils y passeront quinze jours à leur aise, termineront l'un son opéra, l'autre ses tableaux , et pourront revenir à Paris en état de payer leurs dettes.

On voit facilement tout ce qu'il y a de sensé dans ce projet ; aussi la première tentative des deux amis pour le réaliser n'est pas très-heureuse ; à peine sont-ils entrés dans un jardin dont ils ont trouvé la grille ouverte, que le jardinier leur ordonne d'en sortir. Mais il y a remède à tout, surtout au théâtre. Le jardinier est grossier, mais il n'est pas muet. On lui demande par qui est habitée la maison, et l'on se doute bien que ce ne peut être que par Mme. de Verneuil et sa nièce. Aussi-tôt le projet est formé de s'y introduire, en dépit du jardinier, et le gascon Bressac met en mouvement son imaginative. L'expédient auquel il s'arrête est de feindre une querelle avec Dorval, de sortir avec lui comme pour aller se battre, et de revenir demander l'hospitalité pour lui, comme s'il l'avait blessé. Le moyen réussit, car Mme. de Verneuil est aussi romanesque que la tante Aurore. Un mouchoir noué autour du bras de Dorval ne lui laisse aucun doute sur sa blessure ; elle croit, sur la parole de Bressac, que sa querelle avec son ami est venue au sujet de la passion de celui-ci pour une princesse allemande qu'il nomme Henriette. Mais ce qui est plus extraordinaire encore et ce que ma tante Aurore elle-même n'aurait point fait, Mme. de Verneil [sic], au lieu d'emmener le blessé dans son château pour lui prodiguer les soins nécessaires, le laisse dans le jardin avec son ami qui se charge seul de le panser. Il est vrai que celui-ci a grand soin de demander du vin pour laver la plaie, et un déjeûner pour se restaurer, ce qui produit une scène de gourmandise assez plaisante ; mais comme elle existait déjà dans Maison à Vendre, et plus plaisante et mieux amenée, ce n'était pas la peine de la renouveller.

Ce moment passé et la reconnaissance entre Henriette et Dorval achevée, 1a pièce a paru prendre plus d'originalité. Henriette est revenue en grande hâte dire aux deux amis de déloger, attendu que son père arrivait à l'instant même, et que ce père n'était autre que M. Dorsonval, leur impitoyable créancier. Il ne faut pas le prendre pourtant pour un créancier ordinaire ; Dorsonval n'en exerçait les rigueurs qu'en qualité d'ami du père de Dorval et chargé de veiller sur sa conduite. Dorval n'en est que plus pressé de fuir ; mais déjà toute retraite lui est coupée, et il n'a d'autre parti à prendre que de se réfugier avec Bressac et de déjeûner dans un cabinet du jardin. Dorsonval paraît, et il a bientôt avec le jardinier une scène qui est la meilleure de l'ouvrage ; elle roule sur l'aventure des deux étrangers, sur leur duel, sur leur appétit ; et la simplicité du jardinier, en contraste avec le bon sens du maître, a beaucoup amusé les spectateurs. Dorsonval n'a plus de doute que les jeunes gens ne soient ceux qu'il cherche, et la curiosité s'éveille sur la conduite qu'il va tenir avec eux. Malheureusement l'auteur est retombé ici dans l'imitation et dans les emprunts ; il n'a plus fait de son Dorsonval qu'un père de la moderne comédie, qui, à l'exemple de l'oncle de l’Opéra-Comique, de celui de la Cloison et de tant d'autres, se borne à tourmenter un peu les. deux étourdis, et finit par payer leurs dettes et par donner à Dorval la main de sa fille.

Tel est le résumé des paroles de cette pièce. La musique est du même genre ; c'est un composé de réminiscences qui prouve seulement que l'auteur sait les règles de la composition. On crie quelquefois dans ce pays-ci contre les opéras-bouffons connus sous le nom de pastiches, et nous n'en sommes nullement partisans. Mais il vaut encore mille fois mieux nous donner un pastiche décidé, composé de morceaux choisis et connus, dont on avoue l'origine et qu'on transcrit sans les altérer, que d'arranger de la musique prétendue nouvelle avec des fragment pris partout et défigurés. Le public et le musicien gagneraient au change. Les morceaux seraient meilleurs si on les laissait tels qu'ils sont ; et comme on les reconnaît presque toujours malgré les modifications qui les gâtent, la réputation du compositeur ne souffrirait point du côté du génie, et elle gagnerait beaucoup du côté de la bonne foi.

On nous demandera maintenant si la pièce a réussi, ou si elle est tombée ? C'est selon qu'on l'entendra. L'assemblée était peu nombreuse ; les amis ont très-régulièrement applaudi, et le public s'est montré très-indifférent. A la chûte du rideau, les amis ont demandé les auteurs, et quelques sifflets se sont fait entendre. Mais comme il faisait très-chaud, les indifférons sont sortis du parterre. Les auteurs ont été demandés une seconde fois et nommés presque sans obstacle. Ce sont MM. Lamartellière pour les paroles, et Jadin pour la musique.                 G.

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