La Physionomanie

La Physionomanie. comédie mêlée de couplets, de Razy et Deferrière, musique de Piccini, 27 nivôse an 9 [17 janvier 1801].

Théâtre des Troubadours

Almanach des Muses 1802

Courrier des spectacles, n° 1420 du 28 nivôse an 9 [17 janvier 1801], p. 2 :

[Les auteurs ne doivent pas se faire d’ilusions : le critique ne nie pas le succès de leur pièce, mais ce n’est pas suffisant pour qu’il y voie « un bon ouvrage ». Le personnage du physionomane ne constitue pas un caractère la pièce, et il aurait fallu imaginer une intrigue « agréable et neuve sur-tout », ce qui n’est pas le cas : on reconnaît sans cesse le Pourceaugnac de Molière ou le Danière de Desforges (dans le Sourd, ou l’Auberge pleine). C’est la musique qui a fait applaudir. L’intrigue ? Encore un oncle qui attend son neveu qu’il veut faire son héritier, et à qui il veut faire épouser sa nièce. Et c’est l’amant de sa nièce qui se présente et est agréé (le physionomiste a bien vu l’air de famille de cet étranger !), jusqu’à ce qu’arrive le neveu. La soubrette joue son rôle et arrange les affaires, d’autant plus facilement que, quand le pot-aux-roses est découvert, l’oncle pardonne, et donne sa nièce à l’amant. Dénouement miraculeux, que le critique ne conteste pas : ce qui l’a choqué dans la représentation, c’est que les ritournelles étaient trop longues, et que les acteurs ne savaient pas quoi faire pendant que l’un d’eux chantait. Les auteurs, paroles et musique, sont nommés.]

Théâtre des Troubadours.

La pièce donnée hier à ce théâtre sous le titre de la Physionomanie fut applaudie, mais que ses auteurs sa gardent de croire qu’ils ont pour cela fait un bon ouvrage. Ils ont bien mis en scène un physionomane, mais un tel caractère est froid naturellement, et il falloit y lier une intrigue agréable et neuve sur-tout. L’ont-ils fait ? nous ne le pensons pas. On y reconnoit à chaque instant du Pourceaugnac, du Danière, etc. Mais pourquoi a-t-on applaudi ? la musique sans doute, nous aurions desiré que son jeune compositeur eût davantage essayé de voler de ses propres ailes.

Un oncle fort riche et grand phisionomiste attend de province un neveu auquel il destine sa fortune et sa nièce ; l’amant de la jeune personne s’introduit près d’elle : et grâces à l’adresse d’une soubrette, passe pour le neveu. L’oncle croit en effet voir dans ses traits des rapports sympathiques avec sa famille.

Arrive le provincial que la soubrette veut faire éconduire ; mais il montre à l’oncle des papiers qui attestent qu’il est l’héritier et le neveu. La soubrette, à l’aide d’une fausse lettre, parvient à faire croire à l’oncle que loin d’être son neveu , le paysan est le voleur de la diligence, où étoit son véritable héritier, mais l’amant arrive, avoue sa faute, et le bonhomme par donne et unit les deux amans.

Un des plus grands defauts que nous reprocherons à cet ouvrage, celui qui a contribué à y jetter plus de froid, c’est la longueur des ritournelles pendant lesquelles les deux interlocuteurs ne savent que faire de leurs bras, de leurs yeux, de leur corps. Dans la troisième ou quatrième scène, l’Amant et la Soubrette sont en scène. Quoi de plus choquant que de voir la Soubrette se promener dans l’appartement, à l’instant où il faut agir, tandis que le jeune homme chante un rondeau dont elle n’entend pas une syllabe, et ne s’entretient qu’avec le public.

Les auteurs sont les citoyens Razy et Deferrière pour les paroles, et Piccini pour la musique.

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