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Le Prisonnier ou la Ressemblance

Le Prisonnier, comédie en un acte et en prose, mêlée de chants, par MM. Duval, musique de M. Della Maria, 10 Pluviôse an 6 (29 janvier 1798).

Titre

Prisonnier (le), ou la Ressemblance

Genre

comédie mêlée de chants

Nombre d'actes :

1

Vers / prose ?

prose, avec des couplets en vers

Musique :

oui

Date de création :

10 pluviôse an 6 (29 janvier 1798)

Théâtre :

Théâtre Favart

Auteur(s) des paroles :

M. Alexandre Duval

Compositeur(s) :

M. Della Maria

Almanach des Muses 1799.

Blinval, jeune officier, s'est fait mettre en prison. Il a découvert une issue qui le conduit dans la maison d'une veuve jeune encore, et pourtant mère d'une fille de dix sept ans. Il y apprend que la veuve doit épouser Murville, un de ses camarades, et qu'elle l'attend sous peu de jours. Il imagine de passer pour Murville et de trouver ainsi le moyen d'entretenir facilement la jeune personne, qu'il a eu d'avance le secret d'intéresser en sa faveur. Son stratagème lui réussit ; et cependant il paraît bien jeune aux yeux de la veuve ; la jeune personne croit reconnaître en lui le prisonnier qu'elle a entendu chanter plus d'une fois ; il se tire assez mal des questions qu'on lui fait. Mais le gouverneur de la prison arrive chez la veuve. Il est fort aise de voir un officier du régiment dans lequel sert Blinval, et veut offrir à celui-ci quelques consolations en le faisant trouver avec un camarade. Grand embarras pour Blinval, qui, de moment en moment, court toujours le risque d'être reconnu. Enfin Murville arrive avec la grace de Blinval, tout s'arrange et finit par un double mariage.

Très-jolie intrigue dont nous ne donnons qu'une légère idée ; dialogue piquant, situations comiques et détails agréables soutenus par une musique charmante.

Sur la page de titre de la brochure, à Avignon, chez les Frères Bonnet, an 6 :

Le Prisonnier, ou la Ressemblance, comédie en un acte et en prose ; mêlée de chants ; Jouée sur le Théâtre Favard, le 10 Pluviôse an 6. Paroles du Citoyen Alex. Duval, Musique du Citoyen Domenico della Maria.

La collection Marandet de l’Univesité de Warwick propose une reproduction de la seconde édition, « revue et corrigée par l’auteur », parue à chez Migneret et chez Vente. La page de titre y est précédée d’un avertissement mettant en garde contre les contrefaçons et annonçant la mise au point d’un cachet impossible à imiter, déposé au Bureau dramatique, et apposé sur chaque exemplaire.

Courrier des spectacles, n° 343 du 11 pluviôse an 6 [30 janvier 1798], p. 2-3 :

[Le critique ne ménage pas le suspens : « succès brillant », « justes éloges qu’il mérite », « ce joli ouvrage » possède un poème (nous dirions un livret remarquable), et la musique n’est pour l’instant qu’évoquée indirectement par la mentions des deux auteurs méritant des éloges. L’esquisse (puisque c’est le mot choisi par le critique) de l’ouvrage fait découvrir une intrigue un peu surprenante par l’accumulation de poncifs un rien usés de ce genre de théâtre : un prisonnier qui passe par un souterrain secret, qui se fait passer pour un autre avec la complicité du serviteur de celui-ci, qui passe du salon à la prison et retour comme il change d’identité. Et pour arriver au dénouement, la bonne vieille astuce du document qui réhabilite le prisonnier et en fait un mari possible pour la fille de la maison, tandis que sa mère épouse le porteur du message libérateur qui était justement celui dont l’identité était usurpée. Deux mariages pour finir, tout va bien. Le critique peut passer aux éloges qu’il a promis, et il commence par l’auteur du poème dont il donne l’auteur. C’est une « véritable comédie », il est « plein de situations comiques, de traits plaisans et de mots heureux », les romances « sont écrites avec esprit, et le dialogue en est vif, pressé et naturel ». Ce « poème » suffit à justifier le succès de la pièce, mais il est encore « embelli par la musique la plus fraîche, la plus chantante, la plus aimable, en un mot ! ». Et c’est au tour du musicien de se voir louer avec enthousiasme. Il y a là une page très intéressante pour comprendre comment le critique comprend le rapport entre musique et texte dans un opéra-comique. Ce jeune compositeur, Della Maria, élève de l’illustre Paesiello, déjà remarqué dans la musique de la Reprise de Toulon, a livré une partition parfaite : « des traits neufs, un chant simple et touchant, des accompagnemens savans, quoique ménagés et subordonnés aux voix, point de bruit, point de trombones, du chant, toujours du chant », ce qu’on attend de la musique, c’est qu’elle soit au service du texte (elle ne doit pas couvrir les paroles et ne pas pousser le chanteur à crier). De même l’orchestre doit « soutenir la voix », tout en étant « plein de traits », avec une harmonie pure et brillante. Avis aux compositeurs, « voilà comment il faut composer pour le théâtre ». Ce jeune compositeur est appelé à une carrière brillante, pourvu qu’il reste bien un compositeur de musique de théâtre (qu’il « ne dénature pas son genre »), et qu’il corrige quelques petits défauts : mieux « phraser dans notre langue » et « varier un peu plus les tons et les mouvemens de ses morceaux ». Il ne reste plus au critique qu’à dire tout le bien qu’il pense des interprètes, principalement Elleviou (ce n’est pas surprenant) et madame Saint-Aubin (« rien n’égale la grace, la vérité et le naturel » dont elle fait preuve).]

Théâtre Favart.

Un succès brillant et mérité a couronné hier la première représentation du Prisonnier, ou la Ressemblance , opéra en un acte , dont un trait de la Bibliothèque des Romans a donné l’idée à l’auteur du poëme, le cit. Duval, artiste du .théâtre de la République. Je vais esquisser rapidement ce joli ouvrage, pour passer ensuite aux justes éloges que méritent ses deux auteurs.

Mme Belmont, veuve et mère de Rosine , habite une maison voisine d’une forteresse où sont renfermés des prisonniers. Mme Belmont, pour terminer un procès ruineux, va donner sa main à son cousin Murville qu’elle n’a jamais vu, mais qu’elle attend pour terminer. Le valet de Murville vient pour annoncer l’arrivée de son maître ; mais avant qu’il soit introduit, il est tout étonné de trouver dans la pièce où il est Blinval , ami de Murville, jeune militaire, que des fautes d'insubordination ont fait enfermer dans la prison voisine. Par où Blinval est-il entré ? il l’explique : une dalle de pierre qu’il a enlevée dans son cachot lui a fait découvrir un souterrein qui l’a conduit à une porte ; un bouton qu’il a poussé l’a laissé pénétrer dans une chambre à coucher, et de-là dans le sallon de Mme Belmont. Cette communication que Mme Belmont ignore elle-même, fut faite autrefois par deux amans malheureux dont l’un habitoit la maison, et l’autre le cachot. Blinval, jeune étourdi, aime Rosine, qu’il a vue s’intéresser souvent à lui, à travers sa croisée. Blinval voudroit rester dans la maison : il en trouve le moyen, c’est de se faire passer pour Murville qu’on attend. Le valet de ce dernier est mis dans ses intérêts, et voilà Blinval qui s présente à Mme Belmont comme son cousin et son futur époux. Rosine est d’abord frappée de la ressemblance entre ce beau-père et l’aimable prisonnier auquel elle s’intéresse.

On annonce la visite d’un ami de la famille : c’est le gouverneur de la forteresse. Le faux Murville paie d’audace, et prétend que la ressemblance que lui trouve ce dernier a étonné tout le monde dans le régiment où il servoit avec Blinval. Le gouverneur engage Mme Belmont à recevoir son prisonnier à souper, pour l’examiner auprès du prétendu Murville. Celui-ci refuse de se trouver à ce souper ; il prétexte une querelle qu’il a eue jadis avec Blinval, et se renferme dans son appartement, en protestant qu’il n’en sortira pas. Il se rend soudain à sa prison, d’où il est ramené par le gouverneur sous le nom de Blinval. Un ordre exprès le rappelle à la forteresse : il en sort encore sous l’habit du faux Murville ; mais le véritable cousin arrive, chargé de l’ordre de sortie de Blinval ; tout se découvre, et Mme Belmont, en donnant sa main à Murville, unit sa fille au prisonnier.

Cet ouvrage qui offre une véritable comédie, genre bien rare depuis quelque tems, est parfaitement conduit : il est plein de situations comiques, de traits plaisans et de mots heureux ; plusieurs romances dont le public a fait répéter un couplet, sont écrites avec esprit, et le dialogue en est vif, pressé et naturel. Seul, ce. poëme du cit. Duval pouvoit réussir. Qu’on juge du succès qu’il a dû obtenir, puisqu’il est embelli par la musique la plus fraîche, la plus chantante, la plus aimable, en un mot !

J’ai parlé, en rendant compte dans ce journal de la Reprise de Toulon, jouée à ce théâtre, d’un air nouveau qu’y avoit adapté un jeune élève de Paësiello, nouvellement à Paris, et dont j’aurois, disais-je alors, occasion de citer bientôt un ouvrage. Ce jeune élève de Paësiello est le cit. Della-Maria, qui vient de faire la délicieuse musique du Prisonnier. Des traits neufs, un chant simple et touchant, des accompagnemens savans, quoique ménagés et subordonnés aux voix, point de bruit, point de trombones, du chant, toujours du chant, voilà ce qui distingue cette musique qui a excité les applaudisse mens universels. Des romances remplies d'expression, des duos, des trios charmans : on y trouve la véritable musique lyrique qui ne couvre point les paroles, qui ne force point le chanteur à crier, ou qui n’étouffe point ses moyens.

L’orchestre, secondaire du chant, à la déclamation, semble ne point accompagner. On croiroit qu’il n’est là que pour soutenir la voix, et cependant il est plein de traits ; et son harmonie est pure, même brillante. Voilà comment il faut composer pour le théâtre. Ce jeune Della-Maria annonce qu’il ira loin, si, vivant parmi nous, il travaille, ne dénature point son genre, et sur-tout s’habitue à phraser dans notre langue et à varier un peu plus les tons et les mouvemens de ses morceaux. Ceci n’est qu’une simple observation que je lui soumets, et qui ne saurait l’affecter, s’il veut bien croire que les applaudissemens qu’il a reçus, lorsqu’il s’est présenté au public avec le-citoyen Duval, ayant été universels, je ne dois et ne veux être que le premier admirateur de ses talens.

Cette pièce est très-bien jouée par les citoyennes Dugazon, St-Aubin, et: par les citoyens Elleviou, Chenard, St-Aubin et Moreau. Le cit. Elleviou qui y chante avec un goût fini, y met beaucoup d’aisance et de talens dans le rôle de Blinval. Rien n’égale la grâce, la vérité et le naturel de la citoyenne Saint-Aubin, dans le petit rôle de Rosine.

Ducray-Duminil.

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, 3e année, 1798, tome VI, p. 113

Le Prisonnier, comédie en un acte, donnée le 10 au théâtre Favart, a reçu du public l’accueil le plus flatteur.

Linval, jeune officier, qui est détenu pour une faute légère, s’échappe de sa prison par une issue secrète, qui le conduit dans une maison adjacente. Il y trouve le domestique de Merville, son ancien ami, que la maîtresse de la maison, veuve et mère d’une jeune et jolie fille, attend pour l’épouser, mais qu’elle n’a pas encore vu.

Profitant de cette circonstance, il gagne aisément ce domestique, et, annoncé par lui sous le nom de Merville, il est parfaitement accueilli de la ère, et se trouve ainsi très-heureusement rapproché de sa jeune maîtresse qu’il a déjà eu occasion de voir de la fenêtre de sa prison.

Cependant le gouverneur de la forteresse où Linval étoit détenu, arrive pour rendre visite au faux Merville ; fort étonné de la ressemblance qu’il lui trouve avec son prisonnier, il veut absolument réunir ces deux eprsonnes, pour les comparer de plus près ; et malgré toutes les instances que lui fait Linval, il sort pour aller chercher son prisonnier.

Celui-ci, fort embarrassé, prétexte une ancienne querelle avec Linavl, et, se retirant aussitôt, il regagne la prison assez à temps pour que le gouverneur l’y retrouve et le ramène chez la veuve.

Présenté sous son vrai nom, Linval peut plus avantageusement faire sa cour à la jeune fille, et s’assure bientôt qu’il en est aimé. L’absence du faux Merville s’explique, tant bien que mal, par une ancienne querelle, où Linval se reproche lui-même d’avoir eu tout le tort. D’ailleurs, ce prétexte fournit le motif d’une scène très-gaie, dans laquelle ce jeune officier feint de vouloir appaiser celui qu’on suppose enfermé dans son appartement.

Cependant le vrai Merville arrive avec la grace de Linval. Tout se découvre alors, et la pièce se termine par un double mariage.

Cette pièce est écrite avec grâce et pleine de détails agréables, qu’on puisse reprocher quelque vraisemblance au double rôle que l’auteur y fait jouer à Linval. Il faut pourtant lui rendre justice, que ce rôle est parfaitement conduit. Plusieurs situations sont filées avec tant d’art, que l’illusion a passé jusqu’aux spectateurs.

Les principaux rôles sont très-bien rendus par les artistes aimables, que le public voit chaque jour sur ce théâtre, avec un nouveau plaisir. Le citouen Elleviou a parfaitement saisi la gaieté et l’étourderie qui font le piquant du rôle du jeune Linval.

L’Auteur de la musique est le citoyen Lamaria, élève de Paesiello ; celui des paroles est le citoyen Duval, acteur au théâtre de la République, et déjà connu, comme auteur, par des succès. Ils ont été demandés et couverts d’applaudissemens.

L’Esprit des journaux français et étrangers, 1798 (vingt-septième année), tome II (février 1798, pluviôse, an VI), p. 191-196 :

[Le compte rendu entre d’emblée dans l’avant-scène, qui est longuement expliquée, avant de se voir qualifiée de « un peu romanesque », pas très vraisemblable, mais dans un opéra-comique, il suffit qu’elle ne soit pas impossible, et qu’elle permet ensuite « des scènes fort comiques ». Suit l’analyse de l’intrigue, elle aussi minutieuse, et plutôt compliquée, avec beaucoup de surprises, d’imbroglio. Mais tout finit comme on l’attend (« un double mariage »). Le critique y voit une « très-jolie intrigue », dans une pièce considére comme ramenant sur la scène de l’opéra-comique « la gaieté & les situations plaisantes » qu’on trouve dans les œuvres de Dhèle : de la part de Duval, on ne pouvait pas moins attendre. Une critique, la brusquerie du dénouement, qu’on peut imaginer mieux préparé. Et ce sentiment d’un dénouement trop rapide revient toujours dans les pièces les plus gaies. La musique est un brillant début en France d’un jeune musicien prometteur, pleine de fraîcheur et de pureté dans le style, et dans les querelles entre tenants de diverses écoles de musique, il est du bon côté, celui de ceux qui ne prennent pas « « le bruit pour l'harmonie, & la fatigante multiplicité des notes pour de la mélodie » (ce qui définit un « système ridicule »).]

Le Prisonnier, ou la Ressemblance.

Blinval, jeune officier de dragons, joignant aux grâces de son âge l'étourderie & la légéreté qui les accompagne souvent, s'est fait mettre en prison depuis quelque temps, pour cause d'insubordination. Il est détenu dans un château-fort.

Dans le voisinage de ce château, se trouve la maison d'une veuve, jeune encore, & pourtant mère d'une fille de dix-sept ans, jolie, naïve & sensible.

La terrasse de cette maison est dominée par la fenêtre du prisonnier, qui, par un délassement très-naturel dans sa situation, s'amuse à chanter des romances.

La jeune personne s'intéresse au chanteur, plaint son sort, l'écoute souvent, & se trouve conduite, très-naturellement aussi, de la douce compassion à un sentiment plus tendre.

Le prisonnier découvre un jour, par hasard, dans sa chambre, un billet soigneusement caché, qui lui indique une issue secrète ; il en profite, & se rend, à sa faveur, dans un des appartemens de la maison voisine, & tout justement dans celle qu'habite la veuve & sa fille ; c'est là que commence l'action.

Cette avant-scène paroît sans doute un peu romanesque ; elle n'a peut-être pas tous les degrés de vraisemblance qu'on pourroit désirer ; mais pour un opéra comique, il suffit qu'elle ne soit pas impossible ; d'ailleurs elle produit des scènes fort comiques & des situations agréables qui font tout excuser.

L'officier détenu arrive dans l'appartement ; il y trouve le valet de Murville, officier du régiment où il sert, & l'un de ses amis, que la veuve attend sous quelques jours, pour l'épouser, quoiqu'elle ne le connoisse point.

Il n'en faut pas davantage au jeune étourdi pour concevoir le projet de passer, au moins pendant quelques heures, pour Murville, & à la faveur de cette petite supercherie, voir de plus près la jeune personne qui l'intéresse.

Le valet de Murville, après quelques scrupules, qu'une bourse fait taire, suivant l'usage, consent à se prêter au stratagême.

La veuve arrive : elle paroît un peu surprise d'abord du costume de l'officier, qui lui donne l'air d'un échappé de prison ; mais un conte de brigands par lesquels on a été dépouillé, fait bientôt passer sur ce premier sujet d'étonnement.

On ne peut revenir de l'air de jeunesse du faux Murville, à qui l'on supposoit quarante ans ; mais, comme il l'observe fort bien, ce n'est pas un bien grand inconvénient d'avoir l'air plus jeune que son âge.

Un fait bien plus surprenant pour la veuve, & bien plus embarrassant pour Blinval, c'est l'ignorance profonde où il se trouve des intérêts de fortune qu'ils ont à traiter ensemble, & de la correspondance qu'ils ont entretenue pendant près d'un an : mais avec de l'esprit on se tire de tout ; son aventure de brigands a un peu troublé sa cervelle, & surtout sa mémoire.

La jeune personne survient, & fait diversion ; on le présente comme un futur beau-père, & l'on conçoit bien qu'elle est frappée de la ressemblance de ce beau-père avec son chanteur de la prison.

Tout va passablement jusque-là ; mais voilà bien le diable : le gouverneur de la forteresse est un ami de la veuve, & vient comme tel faire son compliment. Il faut donc soutenir la confrontation, la surprise, & tout attribuer à l'étonnante ressemblance de Murville & de Blinval ; on voit que l'embarras s'accroît de la manière la plus plaisante ; ce n'est pas tout

Ce gouverneur est un homme doux &- compatissant, qui voyant un officier du régiment de Blinval, imagine de profiter de l'occasion pour les faire trouver ensemble & adoucir ainsi la captivité de son jeune prisonnier : il sort à cet effet pour aller le chercher, que faire alors ? Supposer que Murville est un implacable ennemi de Blinval, jurer qu'on ne peut pas se trouver ensemble, & sous ce prétexte se retirer promptement, regagner sa prison par l'issue secrète, & revenir avec le gouverneur sous l'habit de Blinval.

Nouveaux motifs de surprise sur la ressemblance inouie des deux officiers ; mais Murville ne paroît point : on le presse bien vainement de répondre à travers la porte de son appartement ; Blinval assure positivement avoir entendu Murville refuser de se montrer.

Enfin, pour dénouer cet imbroglio, le vrai Murville arrive avec la grâce de Blinval ; tout se découvre, se pardonne, & finit par un double mariage.

Telle est la très-jolie intrigue de cette petite pièce agréable, & que font ressortir les détails les plus piquans de style & de dialogue.

Les appréciateurs du bon genre ont su un gré infini à l'auteur, de ramener sur la scène de l'opéra-comique la gaieté & les situations plaisantes que Dhèle connoissoit si bien, & dont il seroit à désirer que ce théâtre ne sortît que rarement. On ne pouvoit pas moins attendre du C. Duval, auteur des Héritiers & du Chanoine de Milan, au théâtre de la République.

On a seulement paru désirer que le dénouement fût un peu moins brusque ; ce qui paroissoit d'autant plus facile, que les situations sembloient fournir deux ou trois manières de dénouer sur la scène ce que l'auteur fait dénouer derrière la coulisse.

Au surplus, c'est un peu la nature même des pièces très - gaies qui fait toujours paroître les
dénouemens trop précipités ; c'est assez souvent l'éloge de l'ouvrage que ce reproche de précipitation qui ne tient quelquefois qu'au chagrin qu'on éprouve de le voir finir ; peut- être aussi le morceau de musique qui le termine auroit-il besoin d'être retouché.

Cette musique est le brillant début en France d'un jeune élève de Paesiello , nommé Lamaria, qui, quoique Français, a composé plusieurs opéras, en Italie, & qui revient faire jouir ses compatriotes d'un talent fécondé par de grands maîtres, & mûri par de premiers essais. Fraîcheur & pureté dans le style, esprit dans les détails, grâces dans les accompagnemens, mais surtout chant naturel, facile & sans affectation ; tout, dans la musique du prisonnier, concourt à faire concevoir les plus hautes espérances, si l'auteur continue à suivre la route que son talent lui trace, & s'il a le bon esprit de ne pas sacrifier, comme font tant d'autres, au systême ridicule qui prend le bruit pour l'harmonie, & la fatigante multiplicité des notes pour de la mélodie.

D’après la base César, la pièce a été représentée 71 fois en 1798 (à partir du 29 janvier) et 38 fois en 1799, au Théâtre Italien (salle Favart), sauf 2 représentations au Théâtre Molière en 1798, 2 au Théâtre de Montansier et 2 au Théâtre Molière en 1799. Au total, 109 représentations, dont 103 au Théâtre Italien, 4 au Théâtre Molière, 2 au Théâtre de Montansier.

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