Les Pépinières de Vitry ou le Premier de mai

Les Pépinières de Vitry ou le Premier de mai, divertissement en un acte, en prose, mêlé de vaudevilles, de Radet et Armand Gouffé, créé sur le Théâtre du Vaudeville le 1er mai an 12 [1804] [sic].

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, chez Mad. Cavanagh-Barba, an 12 [1804] :

Les Pépinières de Vitry ou le Premier de mai, divertissement En un acte, en prose, mêlé de vaudevilles ; Par MM. Radet et Armand Gouffé. Représenté, pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre du Vaudeville, le 1er mai an 12.

La façon de donner la date de première représentation est originale : elle mêle calendrier républicain (l'an 12) et calendrier grégorien. La date est soit 11 floréal an 12, soit 1er mai 1804.

Le Courrier des spectacles annonce la pièce dans son numéro du 1er mai 1804 en ne donnant que son sous titre, le Premier de Mai.

Courrier des spectacles, n° 2622 du 12 floréal an 12 [2 mai 1804], p. 2 :

[Le jugement porté d'emblée sur l'ouvrage est très négatif : intrigue décousue, absence d'intérêt, action sans vigueur. Même si on n'y voit qu'un divertissement (les genres sont aussi hiérarchisés que les théâtres), il est d'une grande froideur. Seuls quelques couplets spirituels et bien liés au sujet (ce ne sont pas des couplets « de porte-feuille ») ont permis aux auteurs d'être nommés. L'intrigue est plutôt convenue : deux amoureux qui font tout l'un pour l'autre méritent chacun le prix du jardinage, mais leur travail est saboté par un homme et une femme plus âgés qui en velent encor eplus à leur amour qu'à leur travail. Le prix va échapper à Germain à Lucette, et c'est le témoignage des villageois qui leur permet d'obtenir la récompense attendue. Ils « sont unis », et reçoivent même d eleurs ennemis une compensation matérielle. La fin de l'article est consacrée à parler des interprètes. Le rôle masculin du « méchant » est jugé fort bien rempli, mais le compliment apparent fait à l'actrice jouant Lucette cache sans doute une critique : c'est hier, dans un autre rôle, qu'elle a joué avec décence, ce qui peut signifier que ce n'est pas le cas pour la pièce du jour. « Les autres rôles ont été bien rendus. » Tant pis pour madame Desmares.]

Théâtre du Vaudeville.

Première représentation du Ier Mai.

Jugé comme comédie ou comme vaudeville, l’ouvrage donné hier à ce théâtre a dû paroître, très-foible, l’intrigue en est décousue ; il n’y a point d’intérêt, l’action languit ; considéré même comme simple divertissement, titre sous lequel ses auteurs l’ont annoncé, il n’est point exempt de reproches, puisqu’alors on y remarque encore plus, dans divers passages, la froideur que ne peuvent racheter plusieurs couplets très spirituels et qui ont le mérite assez rare de naître du sujet. Quelques coups de sifflets se sont fait entendre, et peu s’en est fallu que les acteurs [sic] ne fussent pas nommés. Cependant sur une nouvelle demande, on est venu dire que la pièce étoit de MM. Radet et Armand-Gouffé.

M. Dufresne, riche propriétaire, a fondé à Vitry deux prix qui se donnent tous les ans le premier de Mai, l’un au garçon qui a soigné le mieux ses fruits, l’autre à la jeune fille dont les fleurs sont les plus belles. Germain, amant de Lucette, arrose les fleurs de sa maitresse qui en secret rend les mêmes soins aux arbres de Germain, tant il est doux de voir couronner ce qu’on aime. La vieille Mad. Boissec n’en fait pas tant pour le jeune villageois, mais elle espère le séduire par l’offre de sa fortune. Tandis qu'elle lui en fait la proposition, Bourgeon, franc ivrogne de Vitry, et qui, après le jus de la treille, ne chérit rien tant que Lucette, l’amène au moment où Germain voulant arrêter l’effet de quelques menaces de Mme Boissec, lui adresse des paroles dont l’interprétation trouble le cœur de la jeune fille. Brouille entre les jeunes gens. Envain une ronde donne-t-elle très-ingénieusement occasion à l’amante d’exposer ses griefs et à l’amant de se justifier, tout cela ne vaut pas un tête à-tète ; aussi n’est - ce que quand le hasard leur en a procuré un qu’ils commencent à s’entendre, au grand déplaisir de Bourgeon et de Mme Boissec qui, par dépit, dévastent l’une les rosiers de Lucette, l'autre les arbres de Germain. Tous deux à l’arrivée de M. Dufresne se voyent sur le point d’être privés des prix, mas les autres villageois témoignent en leur faveur ; les coupables sont forcés de tout avouer. Les jeunes amans sont couronnés et unis. Bourgeon et Mad. Boissec leur donnent par forme de dédommagement chacun deux arpens de terre.

Le rôle de Bourgeon fort bien joué par Hypolite, est le mieux fait de l'ouvrage, mais on a paru voir avec regret que les mœurs de village représentées ordinairement sur la scène dans toute leur innocence, fussent entachées des noirceurs si fréquentes dans les villes.

Mad. Desmares a été applaudie quand elle a paru dans le rôle de Lucette. Loin d’être étonnés de l’accueil qu’elle y a reçu, nous aurions voulu pouvoir l’attribuer à la décence avec laquelle nous lui avons vu jouer la veille le personnage de Madame Daubigné dans le Mariage de Scarron.

Les autres rôles ont été bien rendus par MM. Chapelle, Henry, et Mad. Duchaume.

 

Mercure de France, n° CXLIX, 15 Floréal an 12 (Samedi 5 mai 1804), p. 312-314 :

Théatre Du Vaudeville.

Le Premier de Mai, ou les Pépinières de Vitry ; par MM. Radet et Armand Gouffé.

Le couplet d'annonce était agréable et facile ; on l'a fait répéter. En voici la fin :

Le mois de mai plaît à l'amour ;
C'est un mois toujours sans nuage.
Empêchez que son premier jour
Ne soit pour nous un jour d orage.

La prière a été à peu près exaucée ; il n'y a pas eu d'orage : quelques nuages seulement ont obscurci l'horizon. Les auteurs ont été faiblement demandés, et si faiblement qu'on a un peu balancé à les nommer. Enfin, quand ils ont été connus, le public a paru surpris qu'ils n'eussent pas imaginé quelque chose de plus piquant et de moins usé : surprise en même temps flatteuse et fâcheuse pour ceux qui l'excitent.

Germain, jeune villageois de Vitry, paraît d'abord seul avant le lever de l'aurore ; il apprend au spectateur qu'il est l'heureux amant de Lucette, et qu'il va l'épouser. Une vieille fille vient le joindre et le requérir d'amour ; elle est riche ; elle lui offre sa main, qui est dédaigneusement rejetée ; elle le pourchasse amoureusement, jusqu'à ce qu'excédé par ses importunités, il lui dise de s'aller recoucher. Peu s'en est fallu que cette seconde scène de la pièce, n'ait été la dernière qu'on eût voulu entendre, et qu'on n'ait souhaité le bonsoir aux acteurs et aux auteurs, tant cette vieille a paru dégoûtante.

Pour brouiller les deux amans, elle ourdit un complot avec un vieux ivrogne nommé Bourgeon. Ils parviennent, dieu sait comme, à persuader à Lucette que Germain est épris de la vielle, et à Germain que Lucette est folle de Bourgeon. Une querelle s'émeut entre les futurs époux, telle qu'on en voit dans toutes les comédies, et bientôt suivie d'un raccommodement qui n'est pas plus neuf.

Bourgeon et la vieille, n'ayant pu désunir le couple amoureux, veulent du moins empêcher qu'il n'obtienne le prix qu'on doit, ce même jour, donner au villageois dont les arbres sont les mieux soignés, et à la villageoise qui a cultivé les plus belles fleurs ; prix mérité par ces amans. En conséquence, les deux malfaisans personnages vont étêter les arbres de l'un, et arracher les rosiers et les fleurs de l'autre. Cette noirceur était assez mal imaginée ; car tout le village n'a pu manquer de voir cent fois les arbres et les fleurs qu'ils viennent de ravager. Aussi déclare-t-il unanimement que la veille encore rien n'était mieux tenu que la pépinière de Germain et le parterre de Lucette. Les mains des deux traîtres, encore ensanglantées et déchirées par les épines et la rupture des branches, attestent leur crime ; ils s'en repentent, et, pour le réparer, donnent chacun une petite dot aux jeunes amans. Et moi je les couronne, dit le juge des travaux champêtres, en. leur posant une couronne sur la tête ; et moi je les unis, s'écrie le père de la fille, en réunissant leurs mains : ce qui forme un tableau gracieux.

Il y en a un autre du même genre dans la pièce. Pendant la courte brouillerie des amans, on voit l'amoureux soigner les fleurs de sa maîtresse, et celle-ci arroser la pépinière de son amoureux, ce qui fait présager qu'on ne tardera pas à se raccommoder.

Quelques jolis couplets de Lucette, et plusieurs autres très-gais de Bourgeon font un peu pardonner l'insipidité: de la vieille et la trivialité de l'intrigue. Henry a bien joué l'amoureux ; le rôle de l'ivrogne a été rendu d'une manière très-plaisante, par Hippolyte ; et celui de Lucette, avec beaucoup de grâce et de naturel, par Mlle. Desmares.

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