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Les Petites marionnettes, ou la Loterie

Les Petites marionnettes, ou la Loterie, comédie en un acte mêlée de vaudevilles, de Sewrin et Chazet, 27 septembre 1806.

Théâtre Montansier.

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, chez Madame Cavanagh, 1806 :

Les Petites marionnettes, ou la Loterie, comédie en un acte et en prose, mêlée de vaudevilles ; Par MM. Sewrin et Chazet : Représentée pour la première fois à Paris, sur le Théâtre Montansier, le 27 septembre 1806.

Courrier des spectacles, n° 3519 du 28 septembre 1806 :

Les Petites Marionnettes, qu’on nous a montrées hier au Théâtre Montansier, ont très-bien joué leurs rôles ; la pièce est gaie, bien conduite, d’un tour ingénieux, riche en bons mots, soutenue de couplets tournés très-agréablement, et dont plusieurs ont été redemandés. Elle a été fort bien jouée et très-bien reçue. Nous en reparlerons.

Courrier des spectacles, n° 3520 du 29 septembre 1806 :

[Après le bref article de la veille, très bienveillant envers la pièce, le critique entreprend un compte rendu complet de ces Petites marionnettes, dont il précise qu'elles ne sont pas une parodie de la pièce de Picard les Grandes marionnettes (dont le titre exact est Un jeu de la fortune, ou les Marionnettes). L'article s'ouvre sur des considérations sérieuses sur l'universalité de ces têtes qui tournent selon les circonstances, par crainte, intérêt, ambition, soif des richesses. Mais la pièce nouvelle ne parle pas du destin des grands hommes; « c'est un léger vaudeville » qui s'attache à montrer qu'il y a des marionnettes dans toute la société. Les auteurs ont choisi de montrer l'inconstance des hommes à partir de trois domestiques qui oppriment leur nouveau collègue à qui ils font faire leurs travaux. Quand il se révolte et parle de les dénoncer à leur commune maîtresse, ils font un pacte : c'est eux qui dénonceront l'innocent. Mais il les a entendus quand ils préparaient leur dénonciation calomnieuse, et il prend les devants. Comme ses confrères ont joué à la loterie et attendent avec impatience le résultat du tirage, il propose à leur maîtresse de tester la fidélité de ses domestiques : grâce à une fausse liste de résultats, il leur fait croire qu'ils sont devenus riches, et aussitôt ils démissionnent et se conduisent fort mal envers leur maîtresse quand elle leur demande des comptes. Seule le cuisinier a la prudence de vérifier qu'il a vraiment gagné. Détrompé, il revient auprès de sa maîtresse, qui lui pardonne. Mais les autres sont chassés. C'est apparemment ainsi que la pièce se conclut, puisque le critique passe au jugement qu'il porte sur la pièce et d'abord sur les interprètes : comme d'habitude, Brunet est très drôle, tout comme Joli. Selon la formule habituelle, « la pièce a fait beaucoup de plaisir ». Le critique cite ensuite un couplet qui a été redemandé et donne le nom des deux auteurs.]

Théâtre Montansier.

Les Petites Marionnettes.

Que tous les hommes soient un peu plus, un peu moins, des marionnettes, c’est un point qui n’est guères contesté. Contemplez, dans les sociétés, dans les états, les révolutions qui en changent la face ; presque tous suivront l’impulsion du moment ; presque tous changeront avec les circonstances ; la crainte, l’intérêt, l’ambition, la soif des richesses, les entraîneront presque tous ; que Pompée soit au faite de la puissance, il voit tout l’univers à ses pieds ; qu’il soit vaincu à Pharsale, tout l’univers est aux pieds de son vainqueur, excepté l’inflexible Caton. Et cuncta terrarum subacta præter atrocem animum Catonis. Ces réflexions sont bien hautes, pour arriver aux Petites Marionnettes. Cette pièce n’est point une parodie des Grandes Marionnettes de Picard, c’est un léger vaudeville dont l’objet est de faire voir que les têtes de marionnettes sont communes par-tout, dans les derniers rangs comme dans les premiers. Les auteurs ont choisi pour leurs héros deux ou trois valets et une soubrette. L’un est valet-de-chambre, le second cocher, le troisième cuisinier. On admet dans la maison un quatrième domestique , nommé Nicolas, paysan un peu encroûté de rusticité, mais au fonds assez malin. Sa niaiserie est pour ses camarades une source de plaisanteries et de mauvais tours. Le cuisinier lui fait tourner sa broche , le cocher lui laisse ses chevaux à panser, le valet de chambre le fatigue de travaux dans l'intérieur des appartemens, la soubrette lui décoche mille épigrammes. Nicolas résiste de son mieux, finit d’abord par céder, mais se lasse enfin ; il prend le ton élevé et menace de se plaindre à sa maîtresse. Dès ce moment, son expulsion est résolue : la coalition se forme, le traité est convenu et arrêté ; on résoud [sic] que Nicolas sera dénoncé à la maîtresse comme menteur, paresseux, gourmand, etc. Nicolas, caché derrière un fauteuil, entend toute la conspiration. Ses quatre camarades avoient mis à la loterie. La gaité leur montant la tête, ils regardent leurs numéros, se figurent déjà que le sort est pour eux, font des projets de fortune, se disposent déjà à quitter leur maîtresse. Nicolas profite de l’occasion, et quand on veut lui donner son compte, il représente fort raisonnablement à sa belle dame qu’on la trompe, qu’elle est dupe de marauds qui ne sont à son service que pour se mocquer d’elle, la voler et l’abandonner dés qu’ils en trouveront l’occasion. Il lui propose une expérience décisive que sa maîtresse accepte. Il fait venir, par un homme à lui. une fausse liste des numéros de la loterie. Les marauds de valets y trouvent tous leurs numéros, et se voyent à la tête de plus de cinquante mille écus. Dès ce moment leur tête tourne. La soubrette quitte sou tablier, le cuisinier son tranche-lard, le cocher son fouet, le valet-de-chambre son nœud-d’épaules ; ils affublent Nicolas de leurs dépouilles.

La dame arrive, appelle ses gens ; Nicolas paroît seul et répond pour tous. Cependant les valets reviennent, et déclarent à leur maîtresse, avec hauteur, qu’ils sont ses égaux ; le cuisinier seul se rend au bureau de loterie pour vérifier son billet. Il apprend qu’on l’a trompé ; il reprend son tablier et son bonnet, et demande grâce ; il l’obtient et les autres sont chassés. Nicolas triomphe. Ce rôle de Nicolas est fort gai ; c’est celui d’un homme qui n’a que l’enveloppe d’un niais, mais qui cache beaucoup d’intelligence. Il est joué d’une manière fort amusante par Brunet. Celui de Georget, cuisinier, est rempli par Joli, qui le rend très-piquant par sa caricature et sou ton original. La piece a fait beaucoup de plaisir. Le couplet suivant sur le Jeu de la fortune, pièce de Picard a été redemandé :

C'est une bien bonne fortune
Pour son auteur qu’un pareil jeu ;
Des caprices de la fortune
Il a su nous peindre le jeu.
C'est dans ce jeu de la fortune
Qu'il mit tout son esprit en jeu.
Plus d’un au jeu perd sa fortune,
L’auteur a fait fortune au jeu.

Les auteurs sont MM. Sewrin et Chazet.

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