Paulin et Virginie

Paulin et Virginie, opéra en trois actes, paroles de Dubreuil, musique de Lesueur. (24 nivôse [an 2], 13 janvier 1794). Huet et Denné.

Signalé dans l'Almanach des Muses de 1794 sous le titre de Paul et Virginie.

Titre :

Paulin et Virginie

Genre

opéra

Nombre d'actes :

3

Vers / prose

en prose et en vers

Musique :

oui

Date de création :

24 nivôse an 2 (13 janvier 1794)

Théâtre :

Théâtre de la rue Feydeau

Auteur(s) des paroles :

M. Dubreuil

Compositeur(s) :

M. Lesueur

Sur la page de titre de la brochure, Paris, chez Huet et chez les Citoyens Denné et Charon, l'an second de la République :

Paulin et Virginie, opéra en trois actes. Paroles d C. Dubreuil. Musique du C. Lesueur. Représenté pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre de la rue Feydeau, le 24 Nivôse, l'an 2 de la République.

L’Esprit des journaux français et étrangers, 1794, volume 3 (mars 1794), p. 264-265 :

[Le compte rendu insiste surtout sur la comparaison entre les deux pièces inspirées du roman de Bernardin de Saint-Pierre. Le livret est critiqué à propos de ces modifications, l’enlèvement de Virginie par des sauvages, et l’amour d’un Nègre et d’une blanche (il ne peut y avoir qu’un amour dans l’histoire de Paul et Virginie). La musique est saluée comme une oeuvre presque trop belle, trop riche : « on peut lui [à Lesueur] reprocher de distribuer les grands moyens de l'harmonie avec une prodigalité qui nuit quelquefois à l'effet ». Le sueur a été très applaudi, comme le machiniste (mais pas le parolier).]

THÉATRE DE LA RUE FEYDEAU.

Paulin & Virginie, drame lyrique en trois actes.

Tout le monde sait par cœur le roman de Paul & Virginie. Il a déjà fourni le sujet d'une piece agréable, qui a réussi à l'opéra comique national : c'est le même fonds qu'un nouvel auteur vient de traiter, sur ce théatre. Nous allons indiquer les principales différences qui existent entre ces deux pieces.

Dans le nouvel ouvrage, c'est une jeune Négresse , dont Paul & Virginie vont solliciter la grace. Il y a un épisode d'amour entre le Negre qui sert les jeunes Colons, & une fille blanche qui est au service de la mere de Virginie. Enfin Virginie ne s'embarque pas ; elle est arrachée des mains du capitaine par des especes de sauvages qui font sauter le vaisseau. L'épisode n'a point paru très-heureux : il interromps l'intérêt, qui veut se porter tout entier sur les deux principaux personnages : la douce pitié, l'amitié maternelle.

Le charme d'une nature étrangere & nouvelle doivent entourer Paul & Virginie ; mais il ne faut, dans le tableau, d'autre amour que l'amour qu'ils ressentent l'un pour l'autre : ils doivent être comme Eve & comme Adam, seuls au milieu du paradis terrestre.

L'auteur est celui de l’Iphigénie en Tauride, dont Pìccini a fait la musique.

Le compositeur de la musique est Lesueur, déjà connu à ce théatre par le succès de la Caverne. Son style a du nombre & de la richesse. La finale du second acte sur-tout a été couverte des plus vifs applaudissemens. Cependant on peut lui reprocher de distribuer les grands moyens de l'harmonie avec une prodigalité qui nuit quelquefois à l'effet : il est bon d'être riche, mais il faut savoir étaler ses richesses à propos. On a demandé Lesueur, qui a paru sans l'auteur des paroles. Il a été accueilli avec enthousiasme.

La beauté des décorations a valu le même avantage au machiniste.

(Annonces & avis divers.)

Le compte rendu est suivi d’une lettre de l’auteur « au sujet de cette piece », p. 265-270 :

[La pièce a connu bien des difficultés, avant de connaître la scène, et le succès. Pour l’essentiel l’auteur explique les méandres de la réception de la pièce, et les rivalités entre auteurs. Il justifie aussi certaines des transformations apportées au fonds fourni par le roman.]

Lettre de l'auteur, au sujet de cette piece.

Mon opéra, intitulé Paulin & Virginie, devant être représenté incessamment au théatre de la rue Feydeau, pour rendre hommage à la vérité, & tâcher en même-tems d'intéresser le public au sort d'un ouvrage qui a contre lui une antériorité de trois ans de représentation, d'un autre ouvrage dont le sujet est tiré du même fonds, antériorité qu'il n'auroit pas dû éprouver ; je me crois obligé de prévenir ce même public de ce qui s'est passé relativement à cette piece, entre les comédiens ci-devant dits italiens, & moi.

Dès que parut le roman délicieux de M. de Saint-Pierre, je conçus le dessein d'en mettre au théatre les principaux événemens ; ce projet exécuté promptement, je lus mon opéra au comité des Italiens ; ce comité, composé d'au moins douze acteurs, le reçut à l'unanimité ; je l'avois lu avant à un musicien qui s'est acquis depuis le moment qu'il parut, la plus juste célébrité, qu'il a bien soutenue depuis, & qui, je l'espere, ne la démentira pas dans notre Paulin & Virginie ; il le trouva si fort de son goût, qu'il se mit sur le champ à le composer, & ne le quitta pas qu'il ne l'eût achevé. Comme je savois qu'il étoit d'usage parmi les comédiens italiens, qu'une piece, quoique reçue au-comité, devoit l'être encore à l'assemblée générale, je ne cessai pendant quinze mois de suite, de quinze jours en quinze jours au plus tard, de presser M. Camerani, semainier perpétuel de ce spectacle, de me faire avoir cette assemblée, sans pouvoir y parvenir ; & il me répétoit sans cesse que cela ne devoit nullement m'inquíéter, ni empêcher mon musicien de travailler ; que mon ouvrage étoit bon ; qu'il ne pouvoit manquer d'être reçu, mais que la quantité d'affaires d'études, de répétitions, &c. &c. l'empêchoient de pouvoir réunir les comédiens. Rebuté de ces raisons & de ces délais, & craignant quelque piege caché, je m'adressai à M. Narbonne, avec lequel j'étois lié plus particuliément [sic] ; connoissant sa franchise & sa probité, je l'informai de ce qui se passoit : il m'en parut étonné, me promit d'éclaircir le fait, & de me faire avoir une assemblée très promptement. Il me dit de repasser dans deux ou trois jours ; je me rendis chez lui ; mais quelle fut ma surprise, quand en m'apprenant que j'aurois une audience le surlendemain, il me dit en même-tems qu'en son absence, les comédiens avoient reçu en huit jours de tems, un autre Paul & Virginie ! Je fus tout-à-la-fois accablé & indigné de la nouvelle & du procédé, & voulus dès l'instant retirer mon ouvrage ; mais M. Narbonne m'en empêcha, & exigea-de moi que je me rendisse à l'assemblée au jour indiqué avec mon musicien, qu'il y feroit expliquer M. Camerani, & qu'il se faisoit fort non-seulement d'y faire recevoir mon ouvrage, mais de le faire passer avant. celui qui avoit été reçu à mon préjudice ; je fis ce que son intéressante honnêteté exigeoit de moi ; je me rendis à l'assemblée avec mon musicien. D'après les différentes interpellations que je fis à M. Camerani, il ne put se défendre de convenir des faits, & son petit registre vert que je lui fis représenter, confirma la vérité de tout ce que j'avois avancé. Les comédiens éclairés & touchés de ma position, m'accueillirent avec beaucoup d'honnêteté ; je lus ma piece ; ils ne balancerent pas à la recevoir, & donnerent même à mon musicien ses entrées ; notez que sa musique étoit faite, & que celle de l'autre Virginie n'étoit pas encore commencée ; ils nous dirent ensuite qu'ils croyoient qu'en faisant part aux auteurs de l'autre ouvrage de ce qui nous étoit arrivé, ils auroient probablement l'honnêteté de se rendre à nos justes réclamations, qu'ils appuyeroient de tout leur pouvoir, s'il en étoit besoin ; mais que pour eux, ils n'étoient pas les maîtres de contrevenir à leurs réglemens, & d'intervertir l’ordre des réceptions. Je suivis leurs conseils ; j'écrivis à M. Favieres, auteur des paroles de la Nouvelle Virginie ; il me répondit assez long-tems après, vaguement à son égard, mais très-positivement à celui de son musicien, me marquant qu'il ne çonscntiroit pas à céder son rang ; d'après cette réponse, & sachant par ma propre expérience ce qu'est au même théatre la concurrence de deux ouvrages du même titre & du même genre, je pris mon parti, & d'accord avec mon musicien, je le retirai des Italiens, & le portai aux bouffons d'alors, aujourd'hui rue Feydeau, où il fut reçu .d'emblée, & où même, si l'on m'avoit tenu parole, il devoit être le premier des grands ouvrages joués dans la nouvelle salle que l'on construisoit alors.

Voilà l'exacte vérité de ce qui s'est passé au sujet de ma Virginie, entre les Italiens & moi. Je ne me permets pas plus de réflexions que je ne m'en suis permis dans la réponse à l'inculpation du Cousin Jacques. Je laisse tout de même au public, au lecteur impartial, à vous, rédacteurs, la faculté de les faire ; j'ai cru seulement devoir vous instruire tous du contenu en la présente, pour tâcher que l'antériorité de la Virginie des Italiens, & le succès mérité de cet ouvrage, ne prévînt pas défavorablement contre le mien ; & qu'en cas qu'il ne plût pas autant que le premier, le public voulût bien au moins lui accorder quelque indulgence, en faveur des désagrémens & du passe-droit qu'il a éprouvés.

Permettez, rédacteurs, que je profite de la même occasion pour le prévenir au sujet de quelques changemens que je me suis permis entre les acteurs du roman de M. de Saint-Pierre & ceux de mon opéra. 1°. Dans la persuasion où je suis, qu'un auteur qui fait un ouvrage pour être mis en musique, ne sauroit trop bien disposer tout ce qui est favorable à cet art agréable, difficile & exigeant, au nom de Paul que j'ai cru sonner mal à l'oreille, j'ai substitué celui de Paulin, & mon musicien qui s'y connoît, m'a approuvé ; 2°. au lieu des deux meres, comme dans le roman, d'après lesquelles j'ai pensé qu'il pourroit y avoir de la monotonie dans le chant, j'ai supposé un pere à Paulin, & laissé à Virginie sa mere ; 3°. au-lieu d'une esclave vieille, seche & décharnée, j'ai cru, pour l'agrément de la scene & du spectateur, devoir en substituer une jeune & jolie ; & au-lieu d'un maître méchant & cruel, qui l'a fait battre, supposer que les mauvais traitemens qu'elle a reçus, viennent de la part d'une maîtresse vieille & jalouse ; d'un mari jeune & galant, qui paroît vouloir du bien à cette jeune esclave ; tels sont les principaux changemens que je me suis permis : les autres sont moindres, & j'espere que si mon ouvrage ne déplaît pas au public, il me le pardonnera aisément, en faveur des efforts que j'ai faits pour lui présenter un moyen capable de lui procurer un délassement agréable.

Pour une comparaison des pièces de Favières et de Dubreuil, voir dans Autour de Bernardin de Saint-Pierre : les écrits et les hommes des Lumières à l'Empire, dir. Catriona Seth et Eric Wauters (Rouen 2010) l'étude de Patrick Taïeb, « La réception de Paul et Virginie à travers deux adaptations lyriques pendant la Révolution » (p. 129-140).

D'après la base César, Paulin et Virginie a été joué 49 fois au Théâtre Feydeau, du 13 janvier 1794 au 2 janvier 1796 (38 fois en 1794, 9 fois en 1795, 2 fois en 1796). Et 1 représentation au Théâtre Italien, le 30 mars 1794.

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