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Pauvre Jacques

Pauvre Jacques, comédie en trois actes, mêlée de vaudevilles, de Sewrin et Chazet, 31 octobre 1807.

Théâtre du Vaudeville.

La pièce de Sewrin et Chazet a eu un destin compliqué : elle est d’abord devenu un drame lyrique en allemand, avec musique de Weigel, die Schwarzer Familie avant de devenir un opéra-comique français sous le titre la Vallée suisse.

Titre :

Pauvre Jacques

Genre

comédie mêlée de vaudevilles

Nombre d'actes :

3

Vers ou prose ?

en prose, avec des couplets en vers

Musique :

vaudevilles

Date de création :

31 octobre 1807

Théâtre :

Théâtre du Vaudeville

Auteur(s) des paroles :

Sewrin et Chazet


 

Almanach des Muses 1808.

C'est sous le titre de Pauvres Jacques (au pluriel) que l'Almanach des Muses cite la pièce.

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, chez Madame Cavanagh (1807) :

Pauvre Jacques, comédie en trois actes et en prose, mêlée de vaudevilles ; Par MM. Sewrin et Chazet ; Représentée, pour la première fois, à Paris, sur le théatre du Vaudeville, le 31 octobre 1807.

Pauvre Jacques, quand j’étais près de toi,
      Je ne sentais pas ma misère !

Acte III, Scène VI.

L’Esprit des journaux français et étrangers, tome XII, décembre 1807, p. 284-290 :

[La pièce est jugée d’emblée de façon sévère : pourquoi trois actes, pourquoi un langage aussi inadapté pour les valets, pourquoi des paysans qui parlent comme des seigneurs ? Et pourquoi faire une pièce presque sérieuse au Vaudeville, où on vient pour s’amuser et non pour réfléchir. Si on gardait mémoire d’une pièce, impossible de voir les suivantes sans les trouver sans originalité. Ici, une seule nouveauté, la présence d’une folle, sinon on y retrouve tous les ingrédients du vaudeville, « un seigneur bienfaisant, un vieux valet-de-chambre brusque et bon homme, un niais, […] deux jeunes amoureux, […] une vieille paysanne babillarde, et son mari plus raisonnable qu'elle ». Et aussi « un dialogue en jeu de mots, […] des plaisanteries sur les maris, des sentences sur les souvenirs », etc. Rien de bien neuf donc. L’analyse de l’intrigue est plutôt critique envers une histoire un peu compliquée et confuse, qui s’achève de façon brutale (tout s’arrange, bien sûr). L’histoire de la pièce rappelle une anecdote du temps de Marie-Antoinette, à l’origine d’une romance intitulée Pauvre Jacques, qui a inspiré les auteurs du vaudeville. Il y a eu un peu de bruit à la fin dans le parterre, mais les auteurs ont été nommés.]

THÉATRE DU VAUDEVILLE.

Le pauvre Jacques.

Pourquoi faire trois actes, quand on n'a de la matière que pour en faire un qui soit amusant ? Pourquoi mettre sur la scène des paysans, quand on les fait parler comme des seigneurs Pourquoi... ; mais. des gens qui avaient aussi apparemment leurs doutes à proposer sur la pièce, ayant commencé à les manifester vers le troisième acte, une voix qui s'est élevée du milieu du parterre a crié avec autorité :A bas les réflexions. Cet homme-là était sans doute un des meilleurs amis de l'auteur. On n'en a pas moins trouvé son avis fort sensé ; on s'est rappellé que ce n'est pas en effet au Vaudeville qu'il s'agit de réfléchir ; qu'on ne va pas là pour recevoir une idée qui reste, un trait d'esprit dont le mérite s'étende par-delà le moment où on l'entend, ou tout au plus celui où on le fait répéter ; et cela est trop heureux, car si on se rappellait le vaudeville de la veille, cela pourrait nuire beaucoup à la nouveauté du vaudeville du lendemain. Il y a pourtant dans celui-ci quelque chose de neuf, du moins pour le vaudeville : c'est une folle ; mais n'ayez pas peur ; elle l'est si peu que quand elle extravague, on jurerait qu'elle est dans son bon sens ; en sorte que quand elle est dans son bon sens, on ne sait pas bien si elle n'extravague pas. Cette folle ressemble à tout le monde, ce qui fait que, Dieu merci, ce vaudeville-là ressemble à tous les autres. On y trouve, comme par-tout, un seigneur bienfaisant, un vieux valet-de-chambre brusque et bon homme, un niais, cela est de rigueur ; deux jeunes amoureux, cela va sans dire; une vieille paysanne babillarde, et son mari plus raisonnable qu'elle, cela est toujours ainsi à la comédie ; un dialogue en jeu de mots, quand il n'est pas en mots de sentimens ; des plaisanteries sur les maris, des sentences sur les souvenirs, qui sont

                         Le parfum qui reste
Lorsque la fleur a disparu ;

sur l’amour, que Dieu fit pour la jeunesse,

Comme les fleurs pour le printemps , etc. , etc.

Et-tout cela se trouve en Allemagne, dans le château de ce bon seigneur, le comte de Valstein, à qui Richard, montagnard suisse, a sauvé la vie qu'il allait perdre dans un glacier. Valstein, par reconnaissance, a emmené Richard dans sa terre, où il lui a fait bâtir une cabane pareille à la sienne, garnie des meubles qu'il avait dans ses montagnes, et où il travaille à lui ménager des points de vue semblables à ceux qu'il lui a fait quitter. Malgré tout cela, Richard et Gertrude sa femme veulent retourner dans leur pays. Depuis qu'ils l'ont quitté, leur fille Emmeline est tombée dans une mélancolie qu'ils attribuent au regret de se voir éloignée de Jacques Fribourg, jeune pâtre de ses voisins. Il veut l'interroger à cet égard, et la fait asseoir près de lui ; c'est pourquoi la jeune fille lui dit qu'il n'a pas de vanité, et à propos de cela lui chante que

                     La vanité
N'entre pas dans une ame pure.

Où a-t-elle pris cela ? Elle ajoute que

Se rapprocher de la nature ,
    Voilà la volupté.

Pauvre fille ! je n'aurais jamais cru que, dans les montagnes de la Suisse, elle eût pu souffrir assez des entraves de l'art et des gènes du luxe pour sentir la volupté qu'il y a à se rapprocher de la nature. J'ai entendu raconter dans ma jeunesse qu'un écolier du collège de Montaigu, maison où on ne manquait pas, dit-on, de bonne nourriture pour l'esprit, mais bien quelquefois de nourriture pour le corps, s'était allé accuser à confesse d'avoir vécu dans le luxe et la mollesse ; le confesseur, instruit du nom de son collège, devina sur-le-champ qu'il avait pris la liste de ses péchés toute faite dans son livre des prières. J'ai deviné aussi qu'Emmeline avait pris ses phrases toutes arrangées dans quelques vaudevilles. Il ne faut pas s'étonner si elle déraisonne. On doit observer cependant que c'est-là un de ses bons momens. Au surplus, tout cela n'amène pas trop la confidence que .Valstein désire, et ses questions ne l'amènent pas davantage ; car lorsqu'il veut entrer en matière, Émmeline s'enfuit en disant qu'il ne saura rien ; ce qui n'empêche pas qu'il ne déclare aux parens d'Emmeline qu'il est fort content, on ne sait pas trop de quoi, car il a écrit en Suisse pour qu'on fît venir chez lui Jacques Fribourg, et on lui a répondu que Jacques Fribourg avait quitté le pays, qu'il avait vendu sa maison et son troupeau, et qu'on ne savait ce qu'il était devenu; mais en voilà assez pour un premier acte, et, d'ailleurs, un seigneur de vaudeville peut toujours être bien sûr que tout s'arrangera : aussi n'est-on nullement étonné quand, au second acte, le niais vient annoncer qu'il a chassé un montagnard suisse, nommé Jacques Fribourg, qui voulait absolument entrer dans le château. Son parrain, le valet-de-chambre de Valstein, lui .ordonne, tout en colère , de courir après.

Mais pendant ce temps-là Jacques, qui veut absolument entrer, parce qu'on lui a dit qu'Emmeline était chez un comte de Valstein, paraît au-dessus du mur, et demande la permission d'entrer, que Valstein lui accorde avec joie ; et sauf une scène où Emmeline, croyant voir son amant près d'elle, lui parle comme s'il était présent et où le niais, placé .derrière elle, prend ses paroles pour des déclarations d'amour qu'elle lui fait, voilà le second acte, et on ne voit pas trop ce qui reste pour le troisième. Aussi les auteurs ont-ils employé tout leur art pour varier les tableaux. Emmeline vient et rapporte un pot de fleurs sur le bord du théâtre ; le niais vient ensuite, qui le -remet à sa place : cela fait, comme on voit, des changemens de situation : apparemment pourtant qu'on n'a pas trouvé la péripétie bien graduée ; car c'est ici que le parterre a commencé à se permettre quelques légères observations. D'ailleurs, j'ai remarqué qu'il n'aime pas tant les fleurs en nature qu'en couplets ; c'est que vous verrez qu'il y exige un peu plus de naturel. Cependant Emmeline, qui, en s'éveillant, vient de découvrir la cabane de Jacques Fribourg, ou du moins une toute pareille qu'on a élevée auprès de la sienne, ne veut pas croire ce qu'elle voit, car elle est dans son bon sens ; et la différence, c'est que, quand elle est folle, elle croit voir ce qu'elle ne voit pas. Jacques chante ; elle reconnaît sa voix, et cependant croit encore qu'elle se trompe ; il vient, elle le voit et elle s'imagine encore se tromper ; vient cependant un contrat de mariage qui la remet à la raison et

Allez-vous-en gens de la noce,

tout est fini.

On se rappelle qu'avant la révolution une fille suisse que la reine avait fait venir pour soigner les vaches suisses de Rambouillet, était tombée dans une mélancolie qui faisait craindre pour ses jours ; on sut qu'elle regrettait un amant, nommé Jacques, qu'elle avait laissé dans son pays. La reine le fit venir en France et maria les deux amans. C'est sur cette anecdote qu'a été composée la romance du Pauvre Jacques, que tout le monde a chantée, et c'est sur la romance qu'on, a fait le vaudeville que tout le monde peut aller voir, car il a tenu bon contre les réflexions ; on a même menacé de l'expulsion des spectateurs qui ont énoncé les leurs d'une manière un peu trop tranchante, lorsqu'on a demandé les auteurs, qui ont été nommés. Ce sont MM. Chazet et Sewrin.

Mme. Henri a joué avec sa gentillesse ordinaire, quoiqu'un peu indécise entre la raison et la folie, qui constituent par parties égales le caractère de son personnage ; mais elle a eu décidément beaucoup de grace : voilà tout ce qu'il faut.                       P.

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