Le Rêve, ou la Colonne de Rosbach

Le Rêve, ou la Colonne de Rosbach, divertissement vaudeville en un acte, de Barré, Radet et Desfontaines, 15 novembre [1806].

Théâtre du Vaudeville.

Almanach des Muses 1807.

Titre :

Rêve (le), ou la Colonne de Rosbach

Genre

divertissement vaudeville

Nombre d'actes :

1

Vers / prose ?

prose, avec couplets en vers

Musique :

vaudevilles

Date de création :

15 novembre 1806

Théâtre :

Théâtre du Vaudeville

Auteur(s) des paroles :

Barré, Radet et Desfontaines

Pièce à ne pas confondre avec la pièce d’Augustin Hapdé, la Colonne de Rosbach, jouée en 1811 sur le Théâtre des Jeux Gymniques.

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, 11e année, 15 novembre 1806, tome VI, p. 441 :

La Colonne de Rosbach.

Jolie pièce de circonstance, dans laquelle on a remarqué une scène charmante ; celle, où quatre jeunes filles prenant une leçon de géographie, suivent sur la carte la marche de nos armées. Des couplets ingénieux, des applications adroites, ont procuré à cette pièce un grand succès. On a remarqué M. Fichet, dans un rôle d'officier prussien qu'il a joué avec beaucoup de comique.

L'Esprit des journaux français et étrangers, 1806, tome XI, novembre 1806, p. 284-287 :

Théâtre Du Vaudeville.

Le Réve, ou la Colonne de Rosbach.

On se rappelle l'effet que produisit après les triomphes de la grande armée, à Ulm et à Austerlitz, une très-jolie pièce de circonstance, intitulée : le Réveil d'Epiménide. Elle était de MM. Etienne et Nanteuil : une idée très-ingénieuse y était saisie avec enthousiasme par le public ; c'est lorsqu'Epiménide, réveillé après quelques années de léthargie, encore effrayé des progrès des Russes et du nom de Suwarow, jette les yeux sur la carte mise sur sa table, lit royaume de Bavière, royaume de Wirtemberg, prise de Vienne, et s'écrie que cette carte est du temps de Charlemagne.

La liaison des idées et l'analogie qui se trouve, pendant deux années successives, entre les plus grands et les plus mémorables événemens, ont fourni aux ingénieux auteurs du Vaudeville, au trio si connu par ses succès, MM. Radet, Barré et Desfontaines, une des plus jolies scènes qu'ils aient jamais imaginées, scène placée elle-même dans un cadre fort agréable.

Leur nouvel hommage à la grande armée et son auguste empereur, est intitulé : le Rêve ou la Colonne de Rosbach. Ils supposent qu'une Mme. de Werner, française d'origine, habitant la Saxe, et tenant à sa première patrie par les liens de l'affection et de la reconnaissance, effrayée de la guerre que l'Allemagne provoque, a vu en rêve la colonne de Rosbach détruite, roulant vers Paris, et les aigles françaises arborées sur les forteresses prussiennes, quelques jours après avoir pris leur vol des bords du Rhin.

Elle raconte ces rêves et plusieurs autres de même nature à un M. Blumm, officier prussien, d'une désespérante incrédulité, caricature assez plaisante, l'un de ces hommes auxquels les leçons de l'expérience sont inutiles, tant que cette expérience ne leur est pas personnellement désastreuse ; entiché des vieilles idées, de la minutieuse tactique tant de fois déjouée, et confondant sans cesse un automate avec un soldat : en parlant des siens, il dit très-plaisamment :

Ce ne sont pas des soldats de milice ;
Depuis quinze ans nous faisons l'exercice.

Les Français font mieux , répond l'interlocuteur,

Depuis quinze ans ils battent l'ennemi.

L'incrédule M. Blumm en reçoit bientôt une preuve nouvelle , en apprenant le succès de la journée de Jena, l'entrée du vainqueur dans Berlin. Mme. Werner, en bonne mère de famille, et sur tout en bonne française, veut faire tourner ces événemens au profit de l'instruction de ses filles, auxquelles elle montre la géographie. Les trois demoiselles, des épingles à la main, suivent sur la carte les mouvemens des armées françaises et ennemies. On conçoit à quelles allusions, à quels traits spirituels, et souvent à quels jeux de mots cette situation doit donner lieu, étant traitée par les auteurs ingénieux et faciles que nous avons cités.

Eloges, épigrammes, plaisanteries, allusions, vers, couplets, tout a été applaudi avec un plaisir inexprimable, une gaieté que le sujet faisait naître, un enthousiasme qu'un juste hommage rendu à des vérités qui tiennent du prodige, faisait naître à chaque mot. La pièce est très-agréablement jouée : les acteurs, comme dans toutes les occasions de cette nature, disent, chantent et jouent, avec cette vérité et cette chaleur que l'on trouve toujours, quand on exprime devant un public nombreux des sentimens que l'on partage avec lui, et que ses acclamations manifestent au plus haut degré.

L.-Henry Lecomte, Napoléon et l'Empire racontés par le théâtre, 1797-1899 (Paris, 1900), p. 148-150 :

Vaudeville, 15 novembre 1806 : Le Rêve, ou la Colonne de Rosback, divertissement en prose et en vaudevilles, par Barré, Radet et Desfontaines.

Le bailli d'un petit village delà Franconie destine sa nièce Thérèse à l'officier prussien Blome, en congé de convalescence ; la jeune fille, française comme Madame Warner, sa mère, préfère de beaucoup Ernest, officier français dont elle reçoit fréquemment des nouvelles. Madame Warner approuve Thérèse, mais elle a des obligations au bailli et ne peut contrarier ouvertement le projet du bonhomme. Blome, qui a été blessé dans une rencontre avec les Français, prétend cependant que ces derniers, plusieurs fois battus déjà, ne pourront tenir contre les troupes prussiennes. Madame Warner n'est pas de son avis ; elle rêve souvent, et l'un de ces songes, auxquels elle croit fermement, lui a montré les Français vainqueurs transportant à Paris la colonne de Rosback. Le bailli, à qui Madame Warner le confie, trouve ce rêve tellement fou qu'il s'engage, en cas de réalisation, à congédier Blome pour marier Thérèse à Ernest. Justement ce dernier fait parvenir à Thérèse une lettre qui contredit singulièrement les assertions de Blome. Au lieu d'être battus, les Français ont gagné plusieurs victoires, et rien désormais ne leur pourra faire obstacle. Des Saxons, que l'on croit d'abord vainqueurs et qui avouent n'être que prisonniers, confirment la nouvelle des succès de Napoléon. Ernest, porteur d'un message pour Paris, paraît bientôt lui-même, précédé de soldats portant l'épée, la ceinture et le cordon de l'Aigle Noire qui ornaient le tombeau du Grand Frédéric ; ce trophée suivra dans la capitale la colonne de Rosback, enlevée par les nôtres. La colonne de Rosback ! voilà le rêve de Madame Warner réalisé, et le bailli mis en demeure d'unir Ernest et Thérèse. Il s'exécute d'autant plus volontiers que Blome. furieux de la défaite des siens, quitte le village où, sans le regretter, on célèbre par des chansons les nouvelles victoires françaises.

Pièce de circonstance, dont les détails ingénieux et les couplets bien écrits furent,comme ils le méritaient, chaudement et longtemps applaudis. Citons ces vers sur le vainqueur de la Prusse :

De Frédéric il a saisi l'épée,
Il la conserve, il a bien ses raisons :
Cette arme-là, solidement trempée,
Vaut à ses yeux plus que des millions.
Nos combattants, pour se mettre en campagne,
Feront briller trois lames de renom,
Puisqu'ils auront celles de Charlemagne,
De Frédéric et de Napoléon.

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