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Robert, Chef de Brigands

Robert, Chef de(s) Brigands, drame en cinq actes, en prose, imité de l'Allemand, par le Citoyen Lamartelière. [10 mars 1792].

Théâtre du Marais

Titre

Robert chef de(s) brigands

Genre

drame

Nombre d'actes :

5

Vers / prose ?

prose

Musique :

non

Date de création :

10 mars 1792

Théâtre :

Théâtre du Marais

Auteur(s) des paroles :

Lamartelière

Almanach des Muses 1794

Imitation d'un drame qui a de la célébrité en Allemagne. Ces Brigands sont des redresseurs de torts qui se comparent souvent à Hercule, et qui croient devoir suppléer par la force à l'insuffisance des loix. Ils ne pillent et n'assassinent que les puissants et les pervers ; ils leur font même auparavant leur procès.

Du spectacle, du mouvement ; des ressorts romanesques ; de l'intérêt dans le rôle de Robert. Un style plus pur que dans la plûpart de ces sortes de pièces. Celle-ci continue d'avoir un grand succès au théâtre de la République.

Le drame allemand, c'est les Brigands de Schiller.

Philippe Bourdin a consacré un article à l’adaptation de la pièce de Schiller en France : « Le brigand caché derrière les tréteaux de la révolution. Traductions et trahisons d’auteurs », Révolution française, n° 364 (avril-juin 2011), p. 51-84. Voir en particulier la partie intitulée « Une adaptation à succès ».

On le trouve en libre accès sur le site journals.openedition.org :

https://doi.org/10.4000/ahrf.12020.

Autre article sur l’adaptation des Brigands de Schiller, celui de Pierre Frantz dans Littératures classiques n° 67, p. 219-230, « Le crime devant le tribunal du théâtre : Les Brigands de Schiller et leur fortune sur la scène française ».

On le trouve en libre accès sur le site cairn.info :

https://doi.org/10.3917/licla.067.0219

Mercure universel du dimanche 11 mars 1792, p. 191-192 :

(Consulté sur Internet, la collection du mois de mars 1792, avec pagination suivie)

Théâtre du Marais.

Lorsqu'un auteur a l'art d'attacher fortement, de causer des impression profondes, et de donner un caractère violent, un cachet d'énergie assez marqué pour porter dans l'ame la terreur et l'admiration, alors on doit oublier en faveur du personnage, les conventions dramatiques pour ne sentir que la force de la leçon. Telles sont les réflexions que nous a suggérées la première représentation de Robert et Maurice , ou les Brigands, donnée samedi avec succès au théâtre du Marais.

Cette pièce extraordinaire, traduite et imitée de l'allemand, se refuse à l'analyse par la férocité des situations et la véhémence des sentimens. Il suffit de dire qu'elle offre le tableau d'un Maurice qui semble d'abord vivre selon les loix de la société, mais qui, réellement commet toutes les atrocités du cœur le plus endurci au crime ; tandis qu'un chef de brigands réservé en apparence au supplice des voleurs, se déclare le protecteur de l'innocent, le défenseur du foible contre le fort, et exerce tontes les grandes vertus de l'ame la plus élevée et la plus sublime.

Ce rapprochement doit exciter la curiosité du public, et le porter à voir un ouvrage qui donne beaucoup de prise à la critique minutieuse, mais encore plus à penser à l'homme doué d'un caractère assez heureux, pour n'aimer que la vertu et apprécier les hommes à leur juste valeur.

Le public a demandé l'auteur. M. Baptiste qui avoit rendu avec une ame brûlante le rôle très fatiguant de Robert, a nommé M. la Martellière.

Le même jour, annonce de la représentation suivante sous le titre de Robert, chef des brigands « avec un nouveau dénouement ».

Et dans le numéro du jeudi 15 mars 1792, p. 255, la pièce est annoncée comme un « fait historique ».

Révolutions de Paris, dédiées à la Nation, quatrième année, douzième trimestre, n° 145 (du 14 au 21 avril 1792), p. 130-132 :

[Compte rendu très critique de la pièce, qui est ici considérée comme une pièce contre-révolutionnaire.]

Robert, chef de brigands.

Il y avoit à Messine, en Sicile, un scarpinello, (un savetier) pauvre , mais ami de l'ordre ; voyant les loix muettes, la justice oisive, & les scélérats impunis quand ils étoient puissans & riches ; cet honnête homme crut devoir se mettre à la place des juges & du bourreau. Muni en conséquence d'une arquebuse courte qui pouvoit tenir sous son manteau sans être vue , à la chute du jour, il alloit attendre les malfaiteurs, après avoir instruit leurs procès au tribunal de son équité naturelle, & les couchoit par terre. L'exécution faite, il s'en retournoit paisiblement chez lui , content d'avoir délivré son pays d'une bête malfaisante. Il en avoit déjà expédié une cinquantaine de cette espèce, quand le vice-roi proposa 2000 écus au dénonciateur du meurtrier. Pour éviter toute méprise , notre grand justicier alla se déclarer lui-même. Nous sommes redevables de ce trait singulier au père Labat, dans son voyage en Italie, p. 188 à 193, tome troisième. Un autre savetier de Torres, près de Naples, avoua, en mourant , avoir fait lui-même justice de trente-six personnes, pour suppléer à la négligence des juges.

Du temps de Charlemagne, avant l'existence & la garantie d'un droit public, plusieurs Paladins , associés sous le titre de frères d'armes redresseurs de torts, parcoururent l'empire dans tous les sens ; & à la pointe de leur épée rendirent aussi justice aux vassaux écrasés sous l’aristocratie brutale de leurs seigneurs-suserains, juges & parties dans leurs propres causes.

Un gentilhomme, jeune & amoureux, déshérité & maudit par son père, chassé du sein de sa famille par les intrigues de son frère, Robert voyageant à l'aventure, est rencontré par une bande de voleurs qui le forcent à se mettre à leur tête. Né avec des sentimens élevés, que jadis on disoit être l'apanage de la noblesse de race, Robert se rappelle l'institution des chevaliers de la table ronde, & conçoit le projet de transformer des brigands déterminés en amis de l'ordre, en protecteurs du foible opprimé, & vengeurs des loix, dont le glaive n'atteignoit point les têtes coupables constituées en dignité ; & se comparant à Hercule, il parcourt la Franconie, dans l'intention de la purger des ſcélérats aristocrates qui l'infestoient.

Tel est le sujet d'un drame qui eut beaucoup de succès en Allemagne, & que M. Lamartellière vient d'adapter au théâtre du Marais, dirigé par le sieur Caron Baumarchais. Ce n'est pas sans dessein que nous avons rapporté l'histoire du savetier de Messine, avant d'en venir à Robert. Tel que celui-ci est mis en scène, il ne soutient pas, à beaucoup près, si bien son caractère que l'autre. Il semble que l'auteur allemand ou l'imitateur français ait craint de se livrer aux conséquences de ce rôle véritablement théâtral. Il est beau de voir le savetier de Messine se retirer chez lui après avoir fait une exécution avec le sang-froid d'un juge qui vient de prononcer une sentence. Robert, au contraire, rougit de sa mission, se livre à ses remords, s’accuse & se déclare infâme, comme s'il avoit commis les atrocités qu'il vient de punir au défaut des loix ; en sorte que la moralité de cette pièce semble être de calomnier indirectement & de flétrir les auteurs de la révolution française ; car, en dernière analyse, le peuple n'a fait en France, au 14 juillet & au 5 octobre 1789, & par la suite , que ce que le savetier de Messine faisoit en Sicile, & Robert en Franconie ; or, en jetant de la défaveur sur la conduite de ce dernier, c'est blâmer la révolution, & fournir un prétexte aux aristocrates de regarder le peuple comme une horde de brigands. Le dénoûment de la pièce de Robert vient encore à l'appui. Ce chef des vengeurs de la loi, des défenseurs de l'innocence opprimée, a la lâcheté de recevoir sa grace de l'empereur, & consent, avec sa troupe, à devenir le chef d'un corps franc à la solde du trône. C'est comme si on disoit au peuple français : Ton roi te pardonne, à condition que tu poseras les armes, & que tu consentiras à être incorporé dans sa milice, & à devenir troupes de sa majesté ou sa garde, comme ci-devant, après avoir été garde national & soldat de la patrie.

Nous ne releverons pas tous les défauts de vraisemblance, tous les vices de la charpente de cette pièce tudesque, toutes les longueurs qui entravent sa marche & ralentissent son action. Le copiste français nous a donné l'original allemand presque tout cru, avec ses pieuses éjaculations, si loin de la nature, & ses apperçus philosophiques à perte de vue. Sans le jeu de Baptiste, ce drame eût été grossir le répertoire de ceux qu'on donne incognito au théâtre des associés ou autre de cette force, sur les boulevards ; mais peu importoit aux directeurs du spectacle du Marais. Leur but est rempli, s'ils sont venus à bout de donner matière à des rapprochemens injurieux à ce qui ſe paſſe en France depuis trois années. Robert , qui vient de mettre à mort un prélat impudique & un seigneur châtelain, le fléau des habitans de son domaine, s'écrie que l'homicide est le plus grand des crimes, comme si le meurtre d'un Guſtave, roi de Suède, & de ses pareils, n'étoit pas, au contraire, un bienfait pour toute l'humanité.

Ce drame est tellement disposé pour faire prendre le change, qu'à l'une des représentations, une voix du parterre, pendant un entre acte, & après avoir entendu l'air ça ira, demanda à l’orchestre de jouer celui où peut-on être mieux qu'au sein de sa famille ? par allusion
au titre & au sujet de la pièce, Robert, chef des brigands. Nous recommandons à quelque écrivain patriote le scarpinello de Messine ; mais à condition qu'il n'affoiblira pas ce caractère plus beau encore que celui de Robert, & qui veut être traité avec plus de bonne foi & dans de meilleures intentions.

L’Esprit des journaux français et étrangers, 1792, volume 7 (juillet 1792), p. 331-333 :

[La pièce, qui imite un drame allemand, de Schiller, est encore pire que l’original, ce qui n’est pas peu dire. La fin du compte rendu est explicite : « L’imitation est donc plus monstrueuse que l'original ; elle est écrite en style boursouflé, chargée de tableaux, d'incidens & d'invraisemblances ; elle a excité une curiosité qui tenoit de la stupeur. » Et le critique finit sur le rappel d’applaudissements venant de spectateurs, dont les intentions peuvent surprendre.]

THÉATRE DU MARAIS.

On a donné à ce théatre, Robert, chef de brigands, drame en cinq actes & en prose.

Cet ouvrage est imité d'une piece dramatique, allemande, qui a pour titre les Voleurs ; & dont l'auteur est M. Schiller. Dans l'ouvrage allemand, le héros de la piece, persécuté par un frere qui porte dans son ame la semence de tous les crimes ; déshérité par un pere foible & prévenu ; amant aimé d'une jeune personne dont il ne peut obtenir la main, se fait, par besoin & par désespoir, chef d'une troupe de voleurs de grand chemin, qui infestent toutes les routes de l'Allemagne. De tems-en-tems, l'éducation & son cœur réveillent en lui les sentimens mal éteints de l'honneur & de la vertu ; il déteste sa honteuse & criminelle existence, & il compare, avec l'amertume des remords, sa vie actuelle avec les douceur de la vie innocente & pure qu'il menoit au château de son pere. Dans une de ses courses désolatrices, il s'approche de la demeure paternelle ; il apprend que son frere a usurpé la fortune de son vieux pere qu'il a plongé dans un cachot ; il brise les fers de l'auteur de ses jours ; mais il cause en même tems sa mort, parce que le vieillard reçoit un coup mortel, quand il reconnoît que son fils est le même chef de brigands que l'Allemagne entiere a dévoué à l'opprobre & à un supplice infâme. Enfin, pressé par les remords & l’infamie, il poignarde de sa propre main, l'amante dont il ne peut devenir l'époux, & il se livre, pour être mis entre les mains de la justice, à un pere de famille, pauvre, afin que celui-ci reçoive le prix auquel on a mis sa tête.

Cet ouvrage monstrueux, que nous ne pouvons faire connoître que très-rapidement, a pourtant quelques intentions morales. Les remords dévorans du chef des voleurs, son désespoir au souvenir de ses vertueuses années, la rage & les excès auxquels le porte la déchirante conviction qu'il ne peut plus être compté au nombre des hommes, des époux, des peres & des citoyens : tout cela donne une horreur profonde pour le crime. II y a bien de la différence entre M. Schiller & son imitateur (qu'on dit être M. de la Martelliere ; ce que nous ne croyons pas.) Robert devient brigand par les mêmes causes que développe le drame allemand ; mais Robert est un tyrannicide, un vengeur de l'oppression, un nouveau successeur d'Hercule. Il a érigé ses assassinats en vertus républicaines, ses principes de destruction en loix, ses féroces complices en protecteurs du foible contre le sort. En un mot, c'est un Patrix ou un Jourdan, dont, comme l'ont dit quelques énergumenes stipendiés, on pourroit faire l'éloge au club des jacobins. Il a pourtant des remords, mais il en est moins tourmenté que par les regrets de la perte de sa maîtresse ; il ne meurt pas, quoiqu'il se poignarde, & il a sa grace. Ce Robert rappelle un savetier de Messine qui, après avoir jugé les hommes dans sa conscience, & avoir dressé un procès verbal, alloit conscientieusement les poignarder ; sa troupe donne une idée de ce tribunal secret qui a existé en Allemagne, & dont les membres inconnus dévouoient au fer & au poison ceux dont il leur plaisoit de supposer que la loi auroit dû frapper la tête.

L’imitation est donc plus monstrueuse que l'original ; elle est écrite en style boursouflé, chargée de tableaux, d'incidens & d'invraisemblances ; elle a excité une curiosité qui tenoit de la stupeur. Qui croiroit que les maximes de la liberté empoisonnées dans la bouche des satellites de Robert, ont été hautement applaudies par un nombre de spectateurs ? Ils étoient donc au niveau de la piece ! ce n est pas peu dire.

D'après la base César, la pièce, qui est un drame en prose, a été jouée 162 fois entre le 10 mars 1792 et le 28 octobre 1799 (40 fois en 1792, 40 fois en 1793, 8 fois en 1794, 1 fois en 1795, 28 fois en 1796, 13 fois en 1797, 11 fois en 1798, 21 fois en 1799). Elle est d'abord jouée au Théâtre du Marais, mais dès 1793, elle est aussi jouée dans plusieurs autres théâtres, principalement le Théâtre français de la rue de Richelieu (le Théâtre de la République, dans l'Almanach des Muses), le Théâtre d'Emulation (en 1796), le Théâtre des Victoires (en 1799).

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