Les Effets au porteur

Les Effets au porteur, comédie en deux actes et en prose, mêlée de vaudeville, de Deschamps, 29 messidor an 5 [17 juillet 1797].

Théâtre du Vaudeville.

Almanach des Muses 1798.

Un de ces effets est l'engagement souscrit par un négociant de l'Isle de France, d'épouser une femme qu'il charge son correspondant à Brest de lui expédier.

Des scènes très-comiques ; des traits toujours applaudis contre les enrichis de nouvelle date.

Courrier des spectacles, n° 193, du 30 Messidor an 5 (18 juillet 1797) p. 2-3 :

[Après une courte annonce du succès de la pièce, « en voici l’analyse ». Le résumé de l’intrigue est difficile à faire, en raison de la complexité des événements racontés. On se perd un peu entre les différents personnages et les rebondissements pas toujours bien clairs. Mais la pièce finit par des mariages, sans aucune mauvaise surprise. Conclusion : une comédie qualifiée de « très-jolie », drôle au moins dans le second acte, et très bien jouée. Elle est inspirée d’une comédie plus ancienne (le Mariage par lettres de change, de Philippe Poisson, musique de Grandval père, jouée au Théâtre Français en 1735). Juste un reproche : des longueurs dans les premières scènes. Et il ne reste plus qu’à citer quelques couplets qui ont été répétés, et à révéler le nom de l’auteur, dont on connaît plusieurs pièces.]

Théâtre du Vaudeville.

On donna hier à ce théâtre la première représentation des Effets au porteur, comédie en deux actes et en prose , mêlée de vaudeville. Cette pièce a eu un grand succès. En voici l’analyse :

Dorvieux est parti pour l’isle de France, à l’effet de rétablir sa fortune qui est très-délabrée, et il a laissé à Rochefort, Hortense, sa fille. Arrivé à sa destination, Dorvieux a fait la connoissance d’un très-riche négociant, nomme Dolibran, qui, sur l’éloge que Dorvieux lui a fait de sa fille, la lui a demandée en mariage. Dorvieux ayant consenti volontiers à cet hymen, Dolibran écrit à son correspondant à Rochef'ort, qu’il va arriver pour épouser Hortense, fille de Dorvieux, son ami. Il envoie de plus au même correspondant, une lettre, par laquelle il promet de se marier avec la personne qui en sera porteuse. André, garçon de caisse du correspondant de Dolibran, remet à Victoire, soubrette d’Hortense, la promesse de mariage. Victoire la garde, et instruit de tout Darnange, amant d’Hortense. Celui-ci presse sa maîtresse d'accepter sa main ; mais elle le refuse, parce que, de son côté, elle n'a pas de bien. Darnange, n’espérant pas de vaincre Hortense, imagine de faire déguiser André en voyageur, qui, revenant de l’ile de France, apporte à Hortense 80 mille livres de la part de son père. Dorvieux et Dolibran qui viennent d’arriver de l’ile de France, entendent André dire que Dorvieux envoie 80 mille livres à sa fille Hortense, ils saisissent le faux voyageur, et l’interrogent : celui-ci s’enfuit : ( voilà le premier acte.)

Darnange ayant appris l’arrivée de Dorvieux, vient lui demander sa fille en mariage ; Dorvieux la lui refuse, en l’assurant qu’il ne donnera pas sa fille à celui qui, pendant son absence, l’a laissé [sic] dans la misère. Victoire instruit Darnange qu’André a été découvert par Dovvieux et Dolibran. Darnange court faire l’aveu de tout au père de sa maitresse. Victoire, qui est restée porteuse de la promesse de mariage feint d’être celle que Dolibran doit épouser pour satisfaire à son engagement. Elle lui montre la lettre ; Dolibran lui jure d’acquitter sa dette avec grand plaisir. Darnange s’est expliqué avec Dorvieux, qui , pour récompenser sa belle action, lui donne sa fille Hortense. Dolibran apprend à Dorvieux qu’il va épouser celle qui se trouve posséder la lettre de mariage ; mais Victoire l’instruit de la petite ruse qu'elle lui a jouée, pour qu’il n’épousât pas sa maitresse. Dolibran lui pardonne sa petite plaisanterie, et lui fait cadeau de deux mille écus : Victoire épouse André.

Cette comédie est très-jolie ; il y a beaucoup de comique, sur-tout dans le second acte. Le rôle de Dolibran, homme brusque, toujours affairé, et ne pensant qu’au commerce, est bien soutenu ; ce personnage a été supérieurement joué par M. Duchaume ; Mlle. Lescot a très-bien rendu le rôle de Victoire ; et M. Carpentier celui d’André ; MM. Henry, Vertpré, et madame Blosseville, les ont bien se condé [sic]. Cette pièce est en partie imitée du Mariage par letlre-de-change, comédie en un acte, en vers, de Philippe Poisson. Il y a des longueurs dans les premières scènes.

Le public a applaudi beaucoup de couplets, et entr’autres ceux-ci qu’il a fait répéter.

Couplet d’annonce chanté par M. Laporte, après Arlequin Afficheur :

Du Vaudeville un débiteur,
Nous donne avis par la présente,
De quelques effets au porteur,
Qu’au public il veut qu’on présente ;
Nous n’aurons en chaque billet
Une confiance absolue,
Que si vous daignez en effet
    Les accepter à vue.

André dit, en parlant de la fortune des parvenus :

Air : Ça fait la boule de neige.

( Du Mont Saint-Bernard ).

Mais à ces biens j’ai peu de foi,
Ce qui n’a pas ( dis-je à part moi )
L’estime et l’honneur pour cortège,
Dès qu’un jour plus beau chassera
Le nuage qui le protège......
Vienne un rayon, et ça fondra
Comme la boule de neige (bis).

Dolibran dit à Dorvieux :

    Air : Du vaudeville des Visitandines.

Eh bien ma course est inutile,
J’ai perdu mes pas et mes cris ;
Il aura trouvé quelqu’asile ;
Mon cher quel est donc ce pays (bis)
J’y vois des fripons par centaine.
Les uns pour nous faire enrager,
Et d’autres pour les protéger,
D’y venir c’étoit bien la peine (bis).

L’auteur de cette jolie comédie est M. Deschamps, auteur de Piron avec ses: amis, de la Revanche forcée , etc.

La Décade philosophique, littéraire et politique, an V, 4e trimestre, n° 31 (10 Thermidor an 5, 29 Juillet 1797, vieux style), p. 230-232 :

Théâtre du Vaudeville.

Le joli répertoire de ce théâtre vient de s'enrichir encore d'une nouvelle production du C. Deschamps ; elle est intitulée : Les Effets au porteur.

Un très-riche commerçant de l'île de France, a écrit à son correspondant de Brest de lui chercher, et de lui expédier, sans délai, une femme conditionnée comme il la désigne, et s'engage à l'épouser à quinze jours de vue.

Le correspondant qui connaît la triste situation de la fille d'un de ses amis de Rochefort, et qui sait que le père de cette jeune personne est aussi à l'île de France, trouve que ce serait double avantage pour elle, de lui procurer un bon hymen, et le bonheur de revoir son pere.

Mais la sensible Constance s'est attachée à Rochefort, au jeune Darnange.

Celui-ci n'a jamais pu la déterminer cependant à accepter sa main, précisément parce qu'il est riche, et cet excès de délicatesse le désespère.

Sur ces entrefaites, le négociant Daliban, toujours expéditif, a pensé qu'il valait mieux se rendre lui-même en France. Il a rencontré en route le père de Constance, s'est attaché à lui, et lui a demandé sa fille, espérant que son correspondant n'aura pas encore trouvé l'objet de sa demande, et se proposant de retirer sa lettre-de-change.

Daliban et le père de Constance arrivent donc à Rochefort, presqu'en même tems que la première lettre, et sans y être attendus le moins du monde.

Darnange qui sait que Constance ne le refuse que parce qu'elle n'est pas assez riche, et qui ne s'attend pas du tout au retour du père, imagine de feindre un message de ce père, qui est supposé apporter à Constance vingt mille écus.

C'est au moment même où elle reçoit ce message singulier, que son père arrive pour en être témoin ; ce qui produit la scène la plus comique.

D'un autre côté, Constance apprend par son père que Daliban a demandé sa main : nouveau sujet de désespoir pour les amans, lorsqu'une jeune villageoise aimée de Constance, qui a connaissance de la première lettre de Daliban au correspondant de Brest, imagine pour sauver son amie, de se présenter comme remplissant les conditions exigées.

Daliban, en homme d'honneur, se désiste de ses prétentions sur Constance ; mais on lui avoue que c'est une ruse, et on lui remet son effet au porteur, qu'il reprend en très-bonne personne, et le père de Constance, de son côté, touché du procédé de Darnange, lui accorde sa fille.

La marche de cette petite comédie, comme on voit, fourmille d'incidens que l'auteur a dû avoir beaucoup de peine à resserrer dans le cadre étroit de deux actes ; aussi l'intrigue a-t-elle quelquefois une sorte d'obscurité, comme le prouve la difficulté même de l'extrait ; mais les situations comiques y sont maniées avec esprit, et les couplets ont une facture qui annonce l'esprit le plus fin et la plume la plus exercée.

L'auteur a rajeuni, en les prenant, les situations d'une petite comédie, intitulée : le Mariage par lettre-de-change, et celle où le père de Constance se trouve témoin d'un prétendu message envoyé par lui, qui se trouve dans une pièce non représentée de Destouches, intitulée : le Trésor caché.

La pièce a fait et dû faire très-grand plaisir. On a, comme d'usage, applaudi quelques traits fort spirituellement lancés contre les nouvelles fortunes et les nouvelles mœurs : ces plaisanteries sont aujourd'hui le signal le plus certain de l'applaudissement général ; mais bientôt elles perdront tout leur sel, et les auteurs, qui comme le C. Deschamps ont assez de ressources dans l'esprit pour se passer de ce petit moyen, feront très-bien de ne pas toujours faire de ce genre d'esprit éphémère, la base de leurs succès.                  L. C.

Dans la base César, auteur inconnu. 20 représentations du 17 juillet 1797 au 22 janvier 1798, au Théâtre du Vaudeville.

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