Les Epoux portugais, ou l'Inquisition de Lisbonne

Les Epoux portugais, ou l'Inquisition de Lisbonne, drame en quatre actes, en prose ; par le C. Dejaure, 24 octobre 1792.

Théâtre du Marais.

Titre :

Epoux portugais (les), ou l’Inquisition de Lisbonne

Genre

drame

Nombre d'actes :

4

Vers / prose ?

en prose

Musique :

non

Date de création :

24 octobre 1792

Théâtre :

Théâtre du Marais

Auteur(s) des paroles :

Dejaure

L’Esprit des journaux français et étrangers, 1793, volume 2 (février 1793), p. 304-307 :

[Le compte rendu commence par s’indigner des crimes de l’inquisition, avant de résumer la pièce allemande qui sert de modèle à la pièce de Dejaure, qui a pourtant fait de grands changements, en particulier pour le dénouement, « qu’il a rendu plus satisfaisant ». Après le résumé d’une intrigue vraiment compliquée, le critique accumule les reproches : la pièce est plutôt manquée, parce que les situations n’y sont pas assez bien préparées et filées, parque l’action est « parfois obscure » et les mouvements « trop brusques ». Tout cela étant compensé par un réel intérêt, un caractère réussi (celui de l’archevêque), « des détails d’un style pur » et surtout le jeu de l’acteur qui joue le rôle de Ferdinand.]

Les Epoux Portugais, ou l'Inquisition de Lisbonne, drame en quatre actes, en prose ; par le C. Dejaure. (p. 304-307)

L’inquisition est un des plus cruels effets du fanatisme monacal & de la crédulité des sots. L'inquisition, tribunal de sang, créé par des moines féroces & par des prêtres ambitieux, a englouti autrefois plus de victimes qu'il n'a pu le faire depuis quelque tems : peu-à peu les yeux se sont dessillés, & l'on a senti que des ministres d'un Dieu de paix n'avoient pas le droit d'immoler des victimes à leur amour-propre, au nom de ce Dieu clément. Il faut espérer que les lumieres, qui vont se répandre sur toute la surface du globe, en feront disparoître pour jamais ce tribunal d'iniquité, qui ne porte ses coups que dans l'ombre, & qui a plongé tant de familles dans la douleur !... Il existe une piece allemande, intitulée : Don Diego e Leonor, où toutes les fureurs de ce tribunal monstrueux sont retracées avec la plus grande énergie. Deux jeunes époux, séparés par la barbarie d'un moine pervers, nommé San-Benito, terminent leurs jours dans les pleurs & dans le désespoir. Diego se rue dans les prisons du St.-Office, avant que l'archevêque, grand-inquisiteur, ait eu le tems de le reconnoître pour son fils ; & Leonor, arrachée pour jamais des bras de son époux, s'empoisonne, en maudissant le tribunal affreux qui cause ses malheurs. C'est ce drame allemand qui a fourni le sujet des Epoux Portugais ou l'Inquisition de Lisbonne, drame en 4 actes, en prose. L'auteur y a fait beaucoup de changemens, & sur-tout au dénouement qu'il a rendu plus satisfaisant.

Le pere Isidore, dominicain, dévoré par l'ambition, brûle du désir de voir son frere Don Alonzo, uni à Clémence, niece de l'archevêque de Lisbonne, chef du tribunal de l'inquisition : en conséquence il fait agir tous les ressorts que sa politique peut lui fournir. Cependant Clémence est unie secrètement avec Ferdinand, qui ne suit pas les mêmes dogmes de religion qu'elle. Ferdinand, qui est luthérien, n'a pu voir exercer une vexation de l'inquisition sur un homme de sa religion, sans en témoigner hautement un peu de mauvaise humeur. Cette imprudence donne au pere Isidore les moyens de faire arrêter Ferdinand au nom du St.-Office ; mais Ferdinand se sauve de la prison : il passe par-dessus un mur de la maison qu'habite son épouse, & veut lui faire ses tristes adieux avant de quitter le Portugal. On annonce le pere Isidore, Ferdinand se cache ; mais le moine parvient, en interrogeant & en effrayant tour-à-tour les domestiques, à découvrir la retraite de l'infortuné. Clémence, au désespoir, n'attend plus rien que de la bonté de son oncle : l'archevêque arrive bientôt ; íl ignore le mariage secret de sa niece avec Ferdinand ; mais il s'intéresse à ce jeune homme ; il est même sur le point de lui pardonner, lorsque le moine, furieux de voir sa proie prête à lui échapper, apporte à l'archevêque une lettre qu'il a interceptée : cette lettre renferme le projet qu'a formé Ferdinand de fuir avec Clémence. L'archevêque, indigné de ce que ce jeune homme cherchoit à lui enlever sa niece, le fait de nouveau plonger dans les cachots du St-Office. Ici don Alonzo, son rival, touché des malheurs dont il est la cause, vient, déguisé, offrir à Ferdinand de prendre sa place. Celui-ci le refuse. Clémence arrive, les deux époux, privés de tout espoir, veulent se donner mutuellement la mort, lorsque l'archevêque se présente : il a reconnu son fils : il sait son mariage, approuve tout & embrasse ses enfans. Le moine, pendant ce tems, a fait arrêter un homme qu'on a trouvé déguisé dans les avenues de la prison ; mais il reste pétrifié en reconnoissant dans cet inconnu, son frere don Alonzo, & en voyant le bonheur des deux infortunés qu'il avoit persécutés.

Cet ouvrage exciteroit plus d'intérêt, si plusieurs des principales situations y étoient plus ménagées, mieux préparées & mieux filées ; l'action y est quelquefois obscure, & les mouvemens y sont souvent trop brusques : on voit qu'il a été fait un peu trop à la hâte, & qu'en le travaillant davantage, l'auteur en auroit pu tirer un plus grand parti : cependant l'intérêt qui regne dans les deux derniers actes, la beauté du rôle de l'archevêque, des détails d'un style pur, & sur-tout le jeu étonnant du C. Baptiste dans le rôle de Ferdinand, tout a dû contribuer à son succès. On a demandé l'auteur, & Baptiste est venu nommer le C. Dejaure, à qui l'on doit, au théatre italien, les Epoux réunis, l'Incertitude maternelle & plusieurs autres pieces qui ont réussi. La C. Masson rend très intéressant le rôle secondaire d'Isabeìle , sœur de Clémence.

César : titre : les Epoux portugais, ou les Victimes de l'inquisition. Il considère la pièce comme étant d'auteur inconnu. 4 représentations en 1792 à compter du 24 octobre 1792, 16 en 1793. Puis elle est reprise pour 10 représentations en 1796, 1 en 1797, 10 en 1798.

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