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La Lampe merveilleuse (Faur)

La Lampe merveilleuse, pièce (comédie féerie) en cinq actes à grand spectacle, de Louis-François Faur, 20 frimaire an 13 [11 décembre 1804].

Théâtre de Jeunes Artistes.

Le Journal de Paris signale la première représentation le 20 frimaire an 13 [11 décembre 1804]. Elle est jouée très souvent dans les mois qui suivent. Elle fait l'objet d'un compte rendu le 27 nivôse an 13 [17 janvier 1805] dans le Journal des débats.

Journal des débats et loix du pouvoir législatif et des actes du gouvernement, 27 nivôse an 13 [17 janvier 1805], ,p. 2-4 :

[Le Journal des débats consacre un long article à cette nouvelle féerie, qui rivalise d'ailleurs avec une autre Lampe merveilleuse, jouée sur un autre théâtre. Dans un journal aussi sérieux que le Journal des débats – quasiment un journal officiel – le compte rendu de ce genre de pièce ne peut guère distant : impossible de nier le succès populaire, tout aussi impossible de prendre au sérieux cette adaptation d'un conte des Mille et une nuits qui utilise en plus le personnage traditionnel d'Arlequin. Pour l'essentiel, le critique choisit de donner une large place de son article au résumé d'une intrigue sans grande originalité (une fois de plus, en passant par les épisodes habituels de ce genre d'histoire, Arlequin réussit à triompher de son rival et épouse celle qu'on lui dispute  et une fois de plus, le conte oriental transporte le spectateur dans un monde merveilleux de magie, plein de génies aux pouvoirs extraordinaires). La pièce jouit bien sûr de toutes les richesses des machines, qui permettent de faire naître l'émerveillement. Le spectacle est sur ce plan très réussi, et le critique énumère toutes les merveilles dont le public est ébloui. Il souligne en particulier la virtuosité de l'acteur qui joue le rôle d'Arlequin, capable de transformations très rapides. Mais il regrette aussi qu'il soit aussi seul : les autres acteurs ne sont pas à la hauteur du talent de Foignet. Quant au théâtre, son étroitesse ne permet pas de déployer suffisamment les machines et les mouvements d'acteurs que la pièce exige. Mais tout cela n'empêche pas le succès de la pièce de Faur, qui doit connaître un très grand nombre de représentations, comme deux titres cités dans l'article, joués des centaines de fois. Grâce à lui, le Théâtre des Jeunes Artistes possède un deuxième auteur prolifique de pièces à succès (le premier étant Hapdé). Mais une dernière notation rappelle la nature des spectacles proposés : ce sont des « fictions puériles », que les spectateurs apprécient, mais qu'il faut ramener à leur juste valeur.]

THÉATRE DES JEUNES ARTISTES.

La Lampe merveilleuse.

Il y avoit déjà un Théâtre de la Gaieté une Lampe merveilleuse, qui même avoit du succès et qui en a encore, ce qui n'a pas empêché les Jeunes Artistes de produire ensuite une nouvelle Lampe , avec le plus grand éclat. Il y a donc aujourd'hui au Boulevard deux merveilles, et c'est encore bien peu pour le pays du merveilleux. Au reste, les Jeunes Artistes, en s'emparant de ce sujet de féerie, n'ont fait que reprendre leur bien ; car ils sont les représentans nés de tous les génies enchanteurs et sorciers de tous les contes possibles : ils laissent aux autres théâtres la terreur et la pitié des mélodrames ; mais ils s'attribuent l'admiration des prodiges de la magie.

Ce genre est parfaitement conforme aux goûts et aux idées de la classe de spectateurs qui fréquente ce petit théâtre. On va voir la Lampe merveilleuse, par le même principe qui fait qu'on met à la loterie ; pour se procurer des illusions, pour bâtir ces châteaux en Espagne, où, comme le dit ingénieusement Hamilton, les souhaits sont beaucoup mieux logés que le bon sens. Chacun imagine l'usage qu'il feroit de la lampe merveilleuse s'il en étoit possesseur : avec cette lampe, on est maître de toutes les richesses de l'univers ; on bâtit des palais en un clin d'œil, on se transporte où l'on veut en un moment, on n'a qu'à se montrer pour être aimé des belles ; et ce qui n'est pas moins flatteur, d'un mot on lève des armées invincibles. Plus l'homme se sent foible et dépendant, plus il est malheureux et pauvre, et plus il éprouve de charmes à sortir, par un songe, de cette situation pénible, pour se revêtir d'une paissance et d'une félicité presque divine.

Qu'on se figure donc Arlequin, un misérable, en possession de cette lampe précieuse. L'emploi qu'il fait de ce trésor est le sujet de la pièce, et pourroit en fournir un grand nombre d'autres. Arlequin, pour un homme de son état, a des vues assez nobles, car il ose lever les yeux sur la fille du sultan, et envoie sa mère la demander en mariage. La mère offre au sultan de superbes pierreries étalées sur un plat d'or ; mais la vue d'une femme du commun, courte et ragotte, grotesquement habillée, empêche que les diamans ne produisent leur effet. Le sultan, cependant, qui veut s'amuser, ne rejette pas la proposition ; il consent même à recevoir la visite d'Arlequin, et l'on voit bientôt arriver cet amant dans un équipage qui pourroit être plus magnifique. Pour un possesseur de la lampe, son train est fort mesquin ; mais il est aussi brillant et aussi riche qu'a pu le fournir le théâtre des Jeunes Artistes, et l'on s'aperçoit bien qu'en effet il ne possède pas la lampe merveilleuse. Le plus grand [?]unt de l'entrée d'Arlequin au palais, est un âne monté par son valet Pierrot : cet âne m'a paru avoir une bonne tenue, et assez d'intelligence ; ce n'est pas assurément le plus mauvais acteur de la pièce ; à voir son aisance et sa familiarité sur ce théâtre, on eût dit qu'il se croyoit en pays de connoissance.

Arlequin a un rival ; c'est le fils du grand-visir. Dans le conte des Mille et une Nuits, ce rival épouse sans en être plus heureux. La première nuit des noces, le possesseur de la lampe se fait apporter chez lui le lit nuptial avec les deux époux ; il envoie le fils du grand-visir coucher dans [?]le privé, et se met au lit à sa place à côté de la princesse, avec la précaution de lui tourner le dos, et de placer un sabre entre sa maitresse et lui : cela n'étoit ni praticable , ni intéressant au théatre. Arlequin, plus noble, se bat avec son rival, et après lui avoir arraché par la terreur un désistement de ses prétentions, il le retient en prison jusqu'à son mariage. Le sultan veut forcer Arlequin de découvrir le lien où il a transporté le fils du visir, et sur son refus, ordonne qu'il soit fusillé ; mais les soldats, prêts à tirer, sont fort étonnés de voir leurs fusils se ra[?] par le milieu. Le sultan lui-même a bientôt d'autres affaires : un roi s'en vient fondre sur sa capitale ; le généreux Arlequin lève aussitôt une armée pour secourir le sultan, qui vouloit le faire fusiller. Le nouveau général fait la revue de sa troupe, monté sur un joli petit cheval ; l'âne figure aussi dans cette marche militaire, mais avec bien moins d'avantage ; il est éclipsé par le cheval. Sérieusement, ces deux comédiens, très-bien exercés, s'acquittent de leur rôle de manière à persuader qu'ils ont beaucoup d'esprit : ils contribuent singulièrement au succès de la pièce.

Après la victoire, le sultan hésite encore à donner sa fille à l'invincible Arlequin ; mais il se détermine enfin quand il voit un palais mille fois plus magnifique que le sien s'élever au premier ordre de son gendre futur. C'est dommage que l'épouse d'Arleqnin soit superstitieuse et se laisse trop gouverner par son directeur ; car un maudit magicien, dévoré du desir d'avoir la lampe, se déguise en moine, s'introduit dans le palais auprès de la dévote princesse, et sous prétexte de diriger la conscience de la femme, enlève la lampe du mari.

La cupidité du magicien est insatiable. Maître de la lampe, il veut encore avoir la femme, et pour cet effet il la transporte à travers les airs dans un nouveau palais sur les confins de l'Afrique : la princesse fait des façons, quoiqu'un homme avec la lampe soit un assez bon parti. Arlequin, de ses anciennes richesses magiques, n'a gardé qu'un anneau, par la vertu duquel il se rend auprès de sa femme, qu'il trouve emprisonnée dam une espèce de cage de fer. Il lui conseille de s'humaniser un peu avec le magicien, afin de lui escamoter la lampe, qu'il porte toujours sous sa robe de peur d'accident ; il lui donne aussi une poudre pour l'endormir. La femme exécute assez adroitement ce plan de trahison ; cependant le magicien s'éveille au moment où elle porte la main sur la lampe. Arlequin, qui surveille l'exécution, déguisé en esclave du magicien, a recours à la danse : la princesse propose une walse à son magicien, amoureux et bien moins so[r]cier qu'elle. Pendant les évolutions de cette danse voluptueuse, elle trouve l'occasion de ravir la lampe, tant il est dangereux de walser avec une belle ! Le moins qu'elle puisse enlever à son danseur, c'est la raison, qui ne vaut pas à la vérité la lampe merveilleuse.

Ce qui rend cette représentation amusante, c'est la multitude des machines ; car les spectacles les plus frivoles sont précisément ceux qui ont le plus d'affinité avec les sciences : l'art de la mécanique, si souvent employé dans ces farces, doit faire rejaillir sur elles une partie de la considération qu'on accorde à la physique et aux mathématiques. Tantôt les acteurs descendent du ciel ; tantôt ils sortent des entrailles de la terre. Arlequin frotte sa lampe ou son anneau, il paroît un grand ou petit génie ; il demande de la lumière, on en apporte tout-à-coup, sans qu'on sache d'où elle vient ; il veut manger, il est servi sur-le-champ, sans avoir ni cuisine, ni cuisinier. C'est un enchantement continuel ; mais le plus grand de tous , c'est l'étonnante rapidité avec laquelle M. Foignet, qui joue l'Arlequin, change de costume : l'œil n'est pas assez prompt pour suivre ces métamorphoses, et l'on n'avoit point encore poussé cette espèce d'industrie à un si haut degré. Par malheur M. Foignet est presque le seul acteur de ce théâtre : on remarque après lui un Pierrot qui a fait rire, mais dont le comique est ignoble et ne convient qu'aux plus grossières parades. Il y a de la musique, et qui pis est, du chant dans la Lampe merveilleuse : c'est un ornement dont elle pourroit se passer. Le local n'est pas assez grand pour tant de machines ; les évolutions et les marches y sont trop resserrées, et ne produisent que peu d'effet. On compte déjà sur ce petit théâtre, quelques pièces fameuses par plusieurs centaines de représentation. On n'a point encore oublié Arlequin dans un Œuf, le Prince invisible, etc. M. Faure, auteur de la Lampe merveilleuse, est connu par des ouvrages d'un genre plus relevé ; mais si le mérite se mesure au nombre des représentations, il est probable que sa Lampe sera la plus brillante de ses productions. Avant de l'aller voir il ne faut pas manquer de lire le conte des Mille et une Nuits, qui porte le même titre ; on jugera mieux de l'art avec lequel l'auteur a su disposer ce sujet pour la scène. M. Faure se présente aux Jeunes Artistes, comme un rival de M. Hapdé. Ce n'est pas trop de deux auteurs pour alimenter ce théâtre, et la matière ne leur manquera pas, tant qu'il existera des contes arabes, indiens ou persans, et une bibliothèque des fées et des génies : ils peuvent compter sur autant de spectateurs qu'il y a de lecteurs de ces fictions puériles ; on aime à voir en action des merveilles dont le seul récit fait tant de plaisir.

Dans les journaux des mois précédents, on trouve l'annonce de nombreuses représentations d'une Lampe merveilleuse données au Théâtre de la Gaieté. L'article du Journal des débats y fait allusion.

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