Lodoïska (1791, de Jaure, Kreutzer)

Lodoïska, comédie en trois actes, en prose, mêlée d'arriettes, 1er août 1791, paroles de M. de Jaure, musique de Kreutzer.

Théâtre Italien.

Certaines sources donnent un sous-titre à la pièce : Lodoïska, ou les Tartares.

Titre :

Lodoïska

Genre

comédie mêlée d’ariettes

Nombre d'actes :

3

Vers / prose

prose, avec des couplets en vers

Musique :

oui

Date de création :

1er août 1791

Théâtre :

Théâtre Italien

Auteur(s) des paroles :

M. de Jaure

Compositeur(s) :

M. Kreutzer

Almanach des Muses 1792

Épisode du roman de Faublas, qui a été traité dans le même temps par un autre auteur, au théâtre de la rue Feydeau. La Lodoïska du théâtre Italien a plus d'intérêt, et la musique a de grandes beautés ; mais elle n'a pas l'originalité piquante de celle de M. Chérubini.

[Les Amours du chevalier de Faublas dont est issue Lodoïska sont un roman d'aventures publié en trois parties de 1787 à 1790 par Jean-Baptiste Louvet de Couvray : Une Année de la vie du chevalier de Faublas (1787), Six semaines de la vie du chevalier de Faublas (1788) et en la Fin des amours du chevalier de Faublas ( 1790).]

Sur la page de titre de la brochure, Paris, Bruxelles, chez J. L. de Boubers, 1792 :

Lodoïska, comédie en trois actes, en prose, mêlée d'ariettes, Représentée pour la première fois, par les Comédiens Italiens, ordinaires du Roi, le premier Août 1791. Paroles de M. de Jaure, Musique de M. Kreutzer.

Réimpression de l'ancien Moniteur, tome IX, Gazette nationale ou le Moniteur universel, n° 217 du Vendredi 5 Août 1791, p. 308 :

THÉATRE ITALIEN.

Le sujet de Lodoïska, déjà traité an théâtre de la rue Feydeau, et dont nous avons rendu compte, vient aussi d'être mis sur le théâtre Italien. Le premier acte de l'un et de l'autre ouvrage est à peu près semblable. Il y a des situations nouvelles et même neuves au second. Lorinski, certain que sa maîtresse est dans le château de son rival (qu'il a plu à l'auteur de nommer Boleslas), s'y présente comme envoyé du père de Lodoïska. Boleslas espère tirer parti de son arrivée ; il l'oblige de dire à cette jeune personne que son amant est mort. Lorinski, dans l'espoir de revoir ce qu'il aime, consent à tout. Il est en conséquence présenté à Lodoïska, qui, en l'apercevant, s'écrie : Ciel ! Lorinski ! — Lorinski n'est plus, répond son amant sans se déconcerter. Elle saisit tout de suite le sens de cette ruse, dont le tyran est la dupe. Mais l'arrivée du père de Lodoïska fait évanouir le stratagème. Il apprend tout ce qui s'est passé ; mécontent de la conduite de Boleslas avec sa fille, toujours furieux contre Lorinski, il la refuse à l'un et à l'autre. Pendant ce temps les Tartares s'emparent du château. Le généreux Tizikan laisse la liberté à Boleslas vaincu ; mais il confisque à son profit Lodoïska qu'il trouve fort jolie. Touché cependant de l'amonr de Lorinski, il la lui cède ; mais son père persiste dans les refus. Le perfide Boleslas, sur ces entrefaites, a fait une nouvelle tentative contre les Tartares. Vaincu de nouveau, il met lui-même le feu à son château, et s'ensevelit sons ses ruines. Lorinski sauve du milieu des flammes son amante : Tizikan rend le même service à son père, qui enfin devenu raisonnable consent à l'union des deux amants.

On a trouvé quelque embarras dans ce dénoûment, et en général on n'a pas été satisfait du caractère du père ; mais on a fort applaudi un grand nombre de situations pleines d'intérêt, et soutenu d'un style brillant et élégant. La musique a paru en général bien appropriée aux paroles. On y a distingué plusieurs morceaux de force et une romance d'un chant fort agréable. On n'a pas lutté dans cette pièce contre les décorations du théâtre de la rue Feydeau. Cependant l'incendie a fait un très bel effet, et ne le cède point à ce qu'on a vu ailleurs. La pièce est supérieurement jouée.

Mercure de France, tome CXXXIX, n° 41 du samedi 8 octobre 1791, p. 77-78 :

[Après être revenu sur le jugement qu’il avait porté sur la pièce homonyme jouée au Théâtre de la rue Feydeau, le critique entreprend de comparer les deux pièces, pour montrer la supériorité de la pièce du Théâtre Italien : une pièce avec « des intentions dramatiques [...] répandent beaucoup d'intérêt », au « style fort agréable & très-soigné », « qui, sans avoir de prétention, offre un chant gracieux & facile ». Seules les décorations sont un peu inférieures.]

Cette même Piece (la même au moins pour le sujet) s'exécute en même temps sur le Théâtre Italien. Il pourrait être curieux de les comparer l'une à l'autre ; mais c'est sur-tout en les voyant au Théâtre que le parallele serait intéressant.

Le premier Acte des deux Pieces est presque le même, parce qu'il apparient presque en entier au Roman. C'est du moment que Lovsinsky est entré dans le château, que les deux Auteurs ont suivi une route différente. Celui du Théâtre Italien a développé, dans ce second Acte, des intentions dramatiques qui y répandent beaucoup d'intérêt ; il a eu l'art de s'approprier son sujet. Lovsinsky, surpris par son rival, & un rival furieux, se tirant noblement d'un si mauvais pas ; ce même Lovsinsky, présenté à Lodoiska par son persécuteur sans qu'elle ait pu en être prévenue, & trouvant moyen de mettre à profit jusqu'au transport indiscret de celle qu'il aime, jusqu'à l'aveu qui devait le trahir : tels sont les moyens qui ont soutenu la Lodoiska au Théâtre Italien, aidés d'un style fort agréable & très-soigné, & d'une musique qui, sans avoir de prétention, offre un chant gracieux & facile. Les décorations n'ont pas cet effet presque magique de celles de la rue Feydeau, cependant l'incendie est fort bien exécuté ,& peut satisfaire pleinement ceux qui ne le comparent point à l'autre.

L’Esprit des journaux français et étrangers, 1791, volume 10 (octobre 1791), p. 329-332 :

[L’auteur du compte rendu ne le cache pas : cette nouvelle Lodoïska, après celle dont il a rendu compte le mois précédent, est supérieure à celle qui l’a précédée « relativement à la contexture de la piece ». Mais la musique de Kreutzer ne vaut pas celle de Chérubini : « fort bruyante : beaucoup de marches, beaucoup de combats & de grands effets », il n’y a que quelques romances pour reposer les spectateurs. Les incendies de la fin sont de qualité équivalente, et les acteurs ont été applaudis, et les auteurs demandés. On a là une pièce très réussie...]

Le lundi 1er. août, on a donné la premiere représentation de Lodoïska, comédie en trois actes & en prose, mêlée d'ariettes, paroles de M. de. Jore, musique de M. Creich.

Cette piece a une parfaite ressemblance avec celle du théatre de la rue Feydeau, annoncée dans notre dernier journal(*), quant au premier acte & au dénouement qui est un incendie. Ce sujet, comme nous l’avons dit, est tiré d'un épisode du roman de Faublas. L'auteur du nouvel opéra-comique y a inséré des incidens de son invention, qui augmentent beaucoup l'intérêt. Louzinski, à qui Boleslas, seigneur du château, a permis d'y rester pendant la nuit, est renfermé dans une salle basse. II ignore où est sa chere Lodoïska qu'il cherche depuis long-tems. Agité de chagrin & d'inquiétude, il brise les barreaux de sa chambre, & erre aux pieds de la tour. Boleslas, de son côté, vient faire sa ronde : alors Louzinski se soustrait à ses regards, en se plaçant dans un coin opposé. Lodoïska, qui ne dort pas davantage, paroît au haut de la tour, se plaint de la persécution de son tyran, & laisse échapper de son ame toute la tendresse qu'elle conserve pour Louzinski, ce jeune seigneur polonois apprend ainsi la retraits de sa maîtresse & sa fidélité. Cet amant s'est donné à Boleslas comme un émissaire de Lupanski, pere de Lodoïska. On se rappelle que Boleslas, devenu éperduement amoureux de sa prisonniere, veut l'épouser malgré elle. Il imagine de charger cet émissaire d'annoncer à Lodoïska la mort de son amant, afin de la déterminer ensuite plus facilement. On la fait venir. Louzinski, s'écrie-t-elle en l'appercevant ! Louzinski est mort, reprend-il avec vivacité. La reconnoissance est neuve, & produit beaucoup d'effet. Après cette scene, l'intérêt diminue : Lupanski, pere de Lodoïska, arrive dans le château, & reconnoît Louzinski : sa fille se plaint des odieuses persécutions qu'elle éprouve. Boleslas n'en persiste pas moins à vouloir l'épouser malgré elle & son pere, & à les retenir tous deux dans son château, lorsque les Tartares viennent l'attaquer & s'en emparent très-facilement. Tisikan, leur chef, reconnoît Louzinski qui lui a accordé la vie. Il ne sait pas que Lodoïska est sa maîtresse : il la regarde comme la meilleure portion du butin, & veut la garder lui-même. Puis il cherche à déterminer Lupanski à donner sa fille à son amant. Il lui échappe une foule de plaisanteries, telles qu'elles peuvent sortir de la bouche d'un chef de Tartares : elles sont tirées du roman, & tranchent beaucoup trop avec le ton du reste de la piece. Cependant Lupanski est prêt à se laisser fléchir, lorsqu'on apprend que Boleslas a préparé des mines dans un souterrein. Nouveau combat, où les Tartares remportent encore la victoire. A la fin un bel incendie. Louzinski arrache Lodoïska du souterrein, & la sauve au milieu des flammes. Le pere consent à leur union.

Cette analyse doit convaincre le lecteur que, relativement à la contexture de la piece, cette nouvelle Lodoïska est plus intéressante que celle du théatre de la rue Feydeau. Pour la musique, elle est aussi fort bruyante : beaucoup de marches, beaucoup de combats & de grands effets, après lesquels cependant quelques romances tendres reposent de tems-en-tems les spectateurs. Les morceaux d'ensemble ont de très-grandes beautés, mais n'ont point autant de caractere, ni une originalité aussi piquante que ceux de M. Cherubini. L'incendie de la fin est presque aussi magnifique qu'à l'autre théatre : ce sont de superbes feux d'artifice. Mme. St.-Aubin a joué avec le plus grand intérêt le rôle de Lodoïska, & a été fort applaudie, ainsi que M. Chénard dans celui de Tisìkan, & M. Michu dans Louzinski.

La piece a eu beaucoup de succès ; on a demandé les auteurs.

Annales dramatiques : ou Dictionnaire général des théâtres, tome cinquième, p. 385-386 :

LODOISKA, ou Les Tartares, comédie en trois actes,en prose, mêlée d'ariettes, par Dejaure, musique de M. Kreutzer, aux Italiens, 1791.

Le sujet de cette pièce est le même que celui de la précédente [Lodoïska, de Fillette-Loraux, musique de Cherubini] ; mais il fut infiniment mieux traité par Dejaure qu'il ne l'avait été par M. Fillette-Lauraux. Celle-ci est assez bien écrite ; celle-là l'est fort mal. Quant à la musique de ces deux pièces, les connaisseurs savent à quoi s'en tenir. Revenons au poëme. Dans celui-ci, les Tartares sont ce qu'ils doivent être, et ce qu'ils sont en effet ; des pillards, des brigands dévastateurs qui profitent des troubles de la Pologne pour y faire des excursions, et s'enrichir des dépouilles des malheureux habitans. Qui le croirait ? il existe de l'honneur et même de la grandeur d'âme chez ces Tartares. Titzikan, comme dans la pièce précédente, est désarmé par l'amant de Lodoiska, qui lui accorde la vie ; de même aussi Lowinski, s'introduit dans le château de Boleslas ; mais ici il parvient à lui en imposer, au point qu'il ne serait pas reconnu sans l'arrivée de Lupawski, père de Lodoiska. Tous les trois deviennent victimes de Boleslas : comme dans cette pièce encore, les Tartares donnent l'assaut et s'emparent du château. Boleslas vaincu y fait mettre le feu, dans l'intention de périr, et de faire périr avec lui Lodoiska et son père ; mais ce dernier est retiré des flammes par Titzikan, et Lodoiska en est arrachée par Lauwinski. Enfin, Lupawski, qui jusque là était demeuré inflexible, unit les deux amans.

Dans ces deux opéras, c'est un incendie avec écroulement, explosions et dépendances qui fait le principal coup de théâtre ; c'est aussi lui qui fit en quelque sorte les succès de ces deux ouvrages, d'ailleurs très-romanesques. Une dame émerveillée de quelques situations, disait, en sortant de la représentation de ce dernier: Il y a du pathétique dans cet opéra : j'ai senti.... Ma foi, répartit un plaisant, moi, je n'ai senti que la fumée.

D'après la base César, la pièce a été jouée 21 fois en 1791 (à partir du 1eraoût), 14 fois en 1792, 9 fois en 1793, 21 fois en 1794, 14 fois en 1795, 18 fois en 1796, 11 fois en 1797, 11 fois en 1798, 11 fois en 1799. Ces représentations ont lieu au Théâtre Italien, sauf une à Caen. Et un bon nombre de représentations à partir de 1794 sont simplement localisées à Paris, sans plus de précision.

(*) Pag. 328-332.

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