Mirabeau à son lit de mort, pièce d'actualité en un acte, par M. Pujoulx, auteur du Couvent, 24 mai 1791.
Théâtre de Monsieur.
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Titre :
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Mirabeau à son lit de mort
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Genre
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pièce d’actualité
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Nombre d'actes :
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1
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Vers / prose
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prose
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Musique :
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non
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Date de création :
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24 mai 1791
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Théâtre :
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Théâtre de Monsieur
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Auteur(s) des paroles :
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M. Pujoulx
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Gazette nationale, ou le Moniteur universel, n° 144 du 24 mai 1791, p. 1 :
[Le jour même de la première de la pièce, la Gazette nationale publie une lettre de l'auteur, non nommé, mais c'est bien sûr Pujoulx, qui justifie le choix qu'il a fait de montrer Mirabeau, mort le 2 avril 1791, sur son lit de mort, ce qui n'est pas un spectacle habituel. Il insiste beaucoup sur la précision de sa pièce : le costume est celui que portait Mirabeau, et les propos qu'il tient dans la pièce sont bien « ses dernières paroles » : Pujoulx a voulu être exact, sans se soucier de chercher le succès. Et la menace « d'une cabale puissante » ne l'a pas fait dévier de son projet.]
MÉLANGES.
Si la pièce que 1'on représente aujourd’hui au théâtre de Monsieur, sous le titre de Mirabeau à son lit de mort, ne s'écartait pas de la marche ordinaire des ouvrages dramatiques, j’attendrais en silence le jugement du public ; mais en voulant rendre un hommage pur à la mémoire du grand homme que la France vient de perdre, j'ai pu me méprendre sur l'effet théâtral, et il m’est important de prévenir les spectateurs sur l’objet et le but de cette tentative.
En rassemblant toutes les circonstances de la mort de Mirabeau, j'ai vu que ses derniers momens ont été aussi imposans que le cours de sa vie politique a été glorieux .et j ai pensé que le tableau le plus vrai de sa mort serait sa plus belle apothéose. Rempli de cette idée, j'ai consulté ses amis, et recueillant avec respect les dernieres paroles, je les ai placées dans un cadre simple et vrai : ainsi cette pièce est en grande partie l'ouvrage de Mirabeau lui-même ; son rôle en entier est de lui : ce sont littéralement ses expressions, et j’ai même rétabli dans leur pureté plusieurs traits cités diversement dans les journaux.
Le titre de l'ouvrage annonce que Mirabeau est dans son lit : j'ai osé en effet l’y représenter, avec son costume exact, et environné des personnes qui ont été les témoins de sa mort ; enfin je n’ai employé que les moyens dramatiques qui naissaient du sujet ; et pour m'exprimer franchement, j’ai mieux aimé risquer une chute en sacrifiant tout à la vérité, que de courir après un succès en mettant plus de mouvement dans un tableau qui n’aurait plus le mérite de l'exactitude.
Des lettres anonymes me menacent d’une cabale puissante, tant pis pour moi et peut être pour l’art en général. Je le répète, j’ai fait cet ouvrage en société avec Mirabeau : une chûte ne saurait m'humilier, et un succès ne saurait ajouter à la satisfaction que j’ai trouvée dans le motif qui me l'a dicté.
L'auteur de Mirabeau sur son lit de mort.
Mercure universel, tome 3, n° 86 du mercredi 25 mai 1791, p. 398-399 :
[La mort de Mirabeau a fait naître plusieurs pièces sur cet événement, et le critique ironise sur ces hommages de théâtre, des « pièces assez périssables » sur la mort « d'un homme immortel ». Les deux premières montrent Mirabeau arrivant aux Champs Élysées, la nouvelle selon Pujoulx son auteur choisit de se concentrer sur les derniers instants du grand homme. Il a recueilli les dernières paroles de Mirabeau et l'a montré entouré de ses amis. Le critique insiste sur la qualité des interprètes des rôles délicats, celui de son secrétaire, égaré, ou celui de Mirabeau lui-même. La pièce a été bien accueillie, mais peut-être pourrait-on la rendre plus forte en la rendant plus resserrée. Ce qu'a fait Pujoulx, c'est « mettre des récits en action ». Le critique s'interroge sur la permanence de l'opinion qu'il faut avoir sur ce grand homme (comme s'il sentait les difficultés qui allaient faire réévaluer le personnage de Mirabeau : l'allusion à une « correspondance secrette » est peut-être prémonitoire, même si l'effet attendu n'est pas celui qui s'est effectivement produit).
Les deux pièces précédentes, c'est Mirabeau aux Champs Élysées et l'Ombre de Mirabeau.]
Theatre de Monsieur.
Jusqu’ici la mort d’un homme immortel, avoit donné naissance à deux pièces assez périssables, dont nous avons rendu compte dans le tems. Quelques critiques s’attendoient à voir la troisième, donnée hier à ce théâtre, sous le titre de Mirabeau à son lit de mort, trouver la mort dans le lit même du malade. Mais l’auteur , M. Pujol, avoit prévenu le public par une lettre insérée dans plusieurs journaux, et nous rapporterons ici ses propres expressions :
« En rassemblant, dit-il,. toutes les circonstances de la mort de Mirabeau, j’ai vu que ses derniers momens ont été aussi imposans, que le cours de sa vie politique a été glorieux, et j’ai pensé que le tableau le plus vrai de sa rapport seroit sa plus belle apothéose.
Rempli de cette idée, M. Pujol a recueilli avec respect les dernières paroles de ce grand homme, et les a placées dans un cadre simple et vrai. Nous ne reviendrons pas sur des détails précieux connus de tout le monde, il nous suffira de dire qu’on les retrouve très-exactement suivis dans cet ouvrage, et que Mirabeau y reçoit les soins consolateurs de MM. Cabanis, Petit, et les témoignages touchans d’une vive amitié de MM. la Marck et l'évêque d'Autun. L’égarement de M. Combs son secrétaire y est fort bien rendu par M. Devigny qui a mis beaucoup de vérité dans le délire. M. Dalinval chargé du rôle imposant de Mirabeau, s’il n’a pas toujours parlé comme le démosthène françois, a du moins mis cette énergie d’expression, et cette force de sentiment qui caractérisoient ce grand personnage. Le public a paru satisfait, et a demandé l’auteur que nous avons déjà fait connoître. Nous pensons que s’il faisoit quelques sacrifices, et resserroit l’ensemble, l’impression seroit plus forte, la sensation plus durable. Au reste, il a montré que si l’on mettoit des actions en récit ; on pouvoit bien aussi mettre des récits en action, et peut-être a-t-il ouvert une route nouvelle aux auteurs dramatiques.
Sans vouloir ici rien préjuger sur le jugement de la postérité, nous pensons que Mirabeau, (auquel nous rendons d'ailleurs un juste tribut d’éloges pour ses grands talens) n'a pas encore, au milieu de l’engouement général été jugé sainement ; qu’un petit nombre de gens impartiaux a fixé à sa juste mesure l’opinion qu’on doit avoir de ce beau génie, et qu'enfin une correspondance secrette mise au jour, apprendra seule à apprécier cet homme extraordinaire, en descendant dans tous les replis d’une ame inaccessible, et en éclairant tous les détours cachés d’une politique aussi habile que savante.
L’Esprit des journaux français et étrangers, 1791, volume 7 (juillet 1791), p. 287-288 :
[Il s’agit de la reproduction de l’article du Journal de Paris, n° 146 du 26 mai 1791, p. 588. Le compte rendu insiste sur l’émotion que suscite la pièce, en bonne partie parce que sur la scène on voit des gens vivants, qu’on peut rencontrer : cela apparaît comme une révolution théâtrale. La pièce a du succès, mais le critique s’interroge sur la possibilité de multiplier des spectacles aussi éprouvants. Un seul reproche à la pièce : quelques longueurs.]
C'est une conception bien hardie que celle d'avoir présenté Mirabeau à son lit de mort, environné de ses médecins, de ses amis, des douleurs d'une longue agonie, & de ce grand courage qui l'aide à les supporter. L'effet de cette piece est terrible. Le sentiment qu'elle excite n'est pas sans doute celui que l'on vient ordinairement chercher au théâtre : peut-être n'aimeroit-on pas à l'y éprouver souvent ; mais le genre une fois excusé, on doit beaucoup d'éloges à la manière dont il est traité par l'auteur. Il a encadré avec beaucoup d'adresse tous les mots que cet homme célebre a laissé échapper les derniers jours de sa vie, & qu'on a recueillis avec une sorte de religion. Il a bien conservé le caractère connu des personnes qui l'ont approché dans ses derniers momens. Mais il paroìt un peu extraordinaire de voir représenter sur un théâtre des personnes vivantes, bien connues, & que l'on rencontre tous les jours dans la société, comme M. Cabanis , M. de la Marck, M. l'évêque d'Autun, &c. On a rendu jusqu'aux cris du peuple qu'on entend de la rue demander des nouvelles de Mirabeau, & qui sont peut-être pour le spectateur ce qu'il y a de plus déchirant.
L'auteur n'a pas oublié le désespoir de M. Combe qui l'a entraîné au point d'attenter à sa vie. Il a peint son délire avec la plus grande énergie, augmentée encore par la maniere dont l'acteur., M. de Vigny, l'a rendu. Cette scene toucheroit encore davantage si elle étoit moins prolongée. La piece a eu le plus grand succès ; & elle est de nature à n'en avoir pas un équivoque. On a demandé l'auteur, qui n'a pas voulu paroître ; on a nommé M. Pujoulx, auteur du Couvent, que l'on joue au même théâtre, & de quelques autres pieces qui ont réussi au théâtre italien.
Journal de la Cour et de la Ville, n° 15, vendredi 15 Juillet [1791], p. 118 :
[Un autre regard sur la pièce et son héros... Il semble qu'en quelques mois l'image de Mirabeau s'est fortement dégradée.]
Dans la piece de Mirabeau à son lit de mort, qui a eu quelques representations au théatre de Monsieur, d’Alainval jouoit le rôle du grand homme. Il s’est tellement identifié avec son personnage, qu’il vient de disparoître en faisant une banqueroute frauduleuse : s’il ne parvient pas parses talens à la hauteur sublime de son modele, il est au moins sur la route.
D’après la base César, la pièce de Pujoulx a connu 10 représentations au Théâtre de Monsieur / Théâtre Feydeau, du 24 mai au 8 septembre 1791.
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