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Le Portrait du duc

Le Portrait du duc, comédie en trois actes et en prose, par MM. Joseph Pain et Metz, 1er prairial an 13 [21 mai 1805].

Théâtre de l’Impératrice.

[Le coauteur est, d’après le Catalogue général de la BNF, Bilderbeck, Ludwig Benedict Franz von (1764?-1856?).]

Titre

Portrait du Duc (le)

Genre

comédie

Nombre d'actes :

3

Vers / prose ?

prose

Musique :

non

Date de création :

1er prairial an 13 (21 mai 1805)

Théâtre :

Théâtre de l’Impératrice

Auteur(s) des paroles :

MM. Joseph Pain et Metz

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, chez Barba, an XIII (1805) :

Le Portrait du Duc, comédie en trois actes et en prose, Par MM. Joseph Pain et Metz. Représentée, pour la première fois, sur le théâtre de l’Impératrice, le premier prairial an 13, 21 mai 1805.

Courrier des spectacles, n° 3018 du 2 prairial an 13 [22 mai 1805], p. 2-3 :

[Le début du compte rendu est intéressant par ce qu’il laisse entrevoir du monde du théâtre en ce temps-là. On est en pleine kotzebüemanie, et les amateurs de théâtres spéculent sur la pièce de l’illustre auteur allemand, jusqu’à ce que la représentation montre de quoi il retourne : une forte ressemblance avec la pièce d’Elleviou, l'illustre chanteur, tout juste créée. Les deux pièces reposent sur le même ressort, celui de la méprise. Le critique enchaîne avec l’analyse du sujet, qui met en scène une jeune fille amoureuse qui fait croire à sa tante que le portrait qu'elle a dans les mains et celui du duc, quand c’est banalement celui de son amant. Quand l’amant arrive, on le prend pour le duc, il pense tirer parti de la situation. L’arrivée imminente de son oncle manque de tout révéler, mais le contrat de mariage est signé à temps, et l’oncle ne peut que s’incliner, et il le fait avec beaucoup de générosité : « les amans ont le bonheur de voir leur union approuvée ». Le dernier paragraphe, celui du verdict, cultive avec soin l’art de la litote : « les idées principales ne sont pas neuves » (c’est bien le moins qu’on puisse dire), mais la pièce « a obtenu un succès assez brillant ». Sa qualité est d’être écrite « d’une manière correcte et souvent agréable ». On ne sait rien de l’interprétation, on a seulement le nom des auteurs, qui ont donc été nommés. Et c’est tout.]

Théâtre de l’Impératrice.

Le Portrait du Duc, première représentation.

On avoit bâti sur cette pièce beaucoup de suppositions; on prétendoit que son auteur étant allemand, elle devoit nécessairement n’être qu’une imitation de Kotzebüe. On citoit déjà la pièce que l’on avoit prise pour modèle. On prétendoit que nous aurions une copie de la Petite Ville du dramaturge allemand, qui lui-même avoit copié la Petite Ville de Picard ; de sorte qu’après de longs détours, nous devions voir cette pièce revenir au lieu de sa naissance. La représentation a détruit toutes les conjectures et dissipé les illusions. Il n’y a entre le Portrait du Duc et les Petites Villes, dont nous venons de parler, aucun trait de ressemblance ; mais il y en a beaucoup entre elle et la Delia de M. Elleviou ; c’est ici, comme à l’Opéra Comique, une méprise qui forme toute l’intrigue, et cette méprise est encore ici, comme à l’Opéra-Comique fondée sur un portrait.

Un Baron de Valtinburg, grand partisan de la chasse, ne rêvant que meute, chevaux et traque, a pour fille une jeune personne aimable et jolie qu’il se dispose à marier. La sœur du Baron, attaquée d’une autre manie, ne s’occupe que de médailles et d’antiquités ; elle a rassemblé dans un cabinet toutes les monnoies anciennes qu’elle a pu recueillir, et son principal objet est d’inspirer les mêmes goûts à sa nièce. Mais Caroline a déjà fait son choix, et ce n’est pas sur des médailles antiques qu il s’est porté ; son cœur est tout entier à un jeune officier nommé Lindorff, frère d’une ses amies de couvent. Elle a même le bonheur de posséder son portrait, dont sa jeune amie s’est défait en sa faveur.

Mlle. de Valtinburg, très-occupée de ses antiques, ne l’est pas moins de faire sa cour au jeune Duc son souverain, qui doit arriver sous peu de jours prendre possession de ses états. Elle a ordonné à un peintre de lui faire le portrait du Duc, et elle médite comme un trait d’excellente galanterie de paroître à la cour avec ce portrait, et de le suspendre à son col en médaillon, le jour où elle aura l’honneur d’être présentée. Il est rare qu’une jeune personne amoureuse fasse le même choix que ses pareils ; M. le Baron et sa sœur destinent pour époux à Caroline un gentilhomme allemand nommé Consteneblown ou Bounteneblown, qui a fait à Paris un cours de politesse pendant trois mois, et passe pour un homme vraimeut accompli ; mais quoiqu’il sache tout ce que l’on peut apprendre dans la capitale de l’Empire Français, qu’il ait fait des madrigaux, des calembourgs et de la gélatine, il n’en plaît pas davantage à Caroline. La jeune amante n’est occupée que de son cher Lindorff, et lorsqu’elle peut dérober un moment à la surveillance de sa tante, c’est pour regretter Lindorff et contempler son portrait. Dans un de ces momens, elle est surprise par sa tante ; que faire ? comment s’expliquer sur le portrait qu’elle tient à la main ? La méprise de la Tante la tire fort a-propos d’embarras. Mlle. de Valtinburg s’imagine que c’est le portrait du Duc qu’elle a commandé et que le peintre vient d’envoyer. Caroline se garde bien de la détromper.

Cependant Lindorff, qui est aussi occupé de Caroline que Caroline l’est de lui instruit qu’elle doit être mariée incessamment, se présente chez le Baron, avec des lettres de recommandation du Colonel Verner. Mlle, de Valtinburg, en le voyant, est frappée de sa ressemblance avec le portrait qu’elle a trouvé dans les mains de sa niece. Elle soupçonne du mystère. Seroit-ce le Duc qui seroit devenu amoureux de Caroline, et auroit pris un déguisement pour la voir ? cette idée est adroitement saisie par Casimir, confident de Lindorff, qui persuade à Mlle. de Valtinburg que c’est effectivement le Duc qu’elle a l’honneur de posséder chez elle ; que ce prince est passionnément amoureux de Caroline, et qu’il veut l’epouser. Jugez de la joie, des espérances, et des respects de Mlle. de Valtinbrug. Bientôt la confidence passe de bouche en bouche. Dès que Lindorff paroît, on le traite avec des égards extraordinaires ; tout le monde est à ses pieds. Le jeune officier ne comprend d’abord rien à tout cela ; mais bientôt instruit par son confident, il voit bien que le mieux est d’accepter sa souveraineté, et de jouir des honneurs suprêmes, puisqu’on le veut absolument. Malheureusement il apprend que le Baron est fort lié avec le Comte de Liffman, qui habite un château voisin, et que ce Comte doit venir chasser dans la journée. Comme ce Comte est son oncle, il est du plus grand intérêt pour lui de l’écarter. Casimir se charge de ce soin, en persuadant à Liffman que le Duc a des sujets de mécontentement contre lui, et qu’il est tombé dans une disgrâce totale. Liffman se hâte de partir pour aller se justifier devant le Duc. Dans l’intervalle, Lindorff profite de sa métamorphose pour écarter son rival. On dresse le contrat, et au moment où il vient d’être signé, Liffman, qu’on n’attendoit pas, reparoit.

Jugez de l’embarras de Lindorff, mais son oncle est si bon. qu’instruit de la supercherie de son neveu, il s’y prête un instant. Cependant il désabuse bientôt le baron, et pour tempérer le mécontentement qui doit résulter de la découverte, il donne à son neveu un régimeut et une dot considérable. La méprise du portrait s’explique, et les amans ont le bonheur de voir leur union approuvée.

Cet ouvrage, dont les idées principales ne sont point neuves, a obtenu un succès assez brillant ; il est écrit d'une manière correcte et souvent agréable. Les auteurs sont MM. Metz et Joseph Pain.

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, 10e année, 1805, tome III, p. 451 :

[Pas beaucoup de fonds, comme on dit alors, mais des détails qualifiés de jolis, et des caractères « bien suivis », dont l’un a droit même à un grand compliment : il « a fait plaisir ». L’intrigue est tellement convenue, que tout le monde connaît le dénouement sans qu’on ait besoin de l’expliquer.

Autre point important : la pièce est présentée comme une imitation d’une pièce allemande, due au prolifique Kotzebue (ce n'est pas ce que dit le critique du Courrier des spectacles).]

Théâtre Louvois.

Le Portrait du Duc.

Cette comédie en trois actes et en prose a réussi grâce à de jolis détails. Le fonds n'est pas neuf; on y trouve quelques réminiscences. Le quiproquo du portrait ne produit peut-être pas d'incidens assez gais ; il y a plutôt de l'esprit que du vrai comique. Cependant les caractères sont bien suivis, et celui d'une vieille antiquaire a fait plaisir.

L'ouvrage roule sur un quiproquo de portraits. Une jeune personne, qui a celui de son amant à l'insçu de ses parens, le laisse maladroitement surprendre par sa tante, et le lui donne comme le portrait du duc de Florence, dont cette tante attendoit une copie. L'amant, qui se présente ensuite, est pris pour le duc. Un oncle qui pourroit faire cesser le mystère, est éconduit sous prétexte de disgrâce. Il seroit impossible d'entrer dans tous les détails d'une
pièce dont les incidens font le mérite, et dont chaque scène est un incident nouveau. La méprise s'explique enfin, et le dénouement se fait comme à l'ordinaire. L'idée du quiproquo de portraits est tirée de la Petite Ville allemande de Kotzebue. M, Metz l'a fournie à M. Joseph Pain, qui a arrangé l'ouvrage pour la scène française.

Archives littéraires de l’Europe, tome sixième, Gazette littéraire, mai 1805, p. lviij-lix :

[Article qu’on retrouve dans l’Esprit des journaux français et étrangers, tome XI, thermidor an XIII [juillet 1805], p. 281-284

Curieux compte rendu, qui détaille longuement l’exposition, puis dit qu’il n’est pas nécessaire de donner « une analyse suivie ». La justification : la suite de la pièce est plutôt prévisible.]

Le Portrait du Duc, comédie en trois actes, en prose, de MM. Joseph Pain et Metz.

La scène se passe en Allemagne, comme dans l’Espoir de la. faveur ; mais ici, l'un des auteurs est allemand, aussi les mœurs et les convenances de son pays y sont-elles plus fidèlement gardées. Dans un château, voisin de la capitale d'un petit état d'Allemagne, vit un vieux baron de Waldembourg, grand chasseur, mais homme d'ailleurs assez nul. Il a près de lui sa fille, jeune personne fort aimable, et sa sœur, dont le goût dominant est pour les médailles et la science physionomique. Le nouveau souverain du pays est attendu d'Italie où il a voyagé ; Mlle. de Waldembourg, la tante, a fait copier son portrait en miniature pour le porter en médaillon. Caroline, sa nièce, a connu, pendant son séjour au couvent, le frère d'une de ses amies, nommé Charles Liudorf, officier des gardes ; et cette amie, lorsqu'elles se sont séparées, lui a fait présent du portrait de Charles Lindorf. Pendant que Caroline, seule sur la scène, le contemple et reproche à l'original son oubli, arrive un domestique qui apporte à Mlle. de Waldembourg le portrait du prince ; Caroline le reçoit, et continue à s'occuper du portrait de son amant. Surprise par sa tante, qui, heureusement prend le portrait de l'amant pour celui du duc, n'ayant jamais vu ni l'un ni l’autre, Caroline est forcée de la laisser dans son erreur. On fait paraître ensuite un chevalier de Guntersblum, qui a voyagé en France, et n'en a rapporté que des ridicules, mais qui doit épouser Caroline le lendemain. Il fait ses arrangemens avec le père, lorsque Lindorf arrive à son tour. Mlle. de Waldembourg le prend pour le duc ; il le nie et s'en rapporte à Caroline qui entre, pour certifier qu'il est bien Lindorf. Mais quelle est sa surprise, lorsqu'il l'entend l'appeler, comme les autres, votre Altesse et Monseigneur ! Il en apprend bientôt la raison, et se voit forcé comme elle à laisser subsister l'erreur générale. Nous n'entrerons point dans les détails de toutes les scènes plaisantes que cette méprise fait naître. On sent bien que la vérité doit enfin sa découvrir, que Guntersblum est renvoyé, et que Lindorf épouse Caroline. Il y a dans cette pièce deux autres personnages assez plaisans, et qui sont essentiels à l'intrigue, un oncle de Lindorf et son valet. Le dialogue est gai et naturel ; et nous savons très-bon gré aux auteurs d'y avoir épargné les pointes, les antithèses, et ce qu'on appelle aujourd'hui le trait, sans trop pouvoir définir ce que c'est. Mais cette pièce, malgré le succès qu'elle a obtenu et qu'elle mérite, n'est pas assez importante pour que nous en donnions une analyse suivie. Si nous en avons détaillé l'exposition, c'est qu'elle offre un exemple peut-être unique d'une fourberie, commencée et soutenue sans qu'on puisse rien reprocher à la délicatesse des acteurs. Il était en effet bien difficile que Caroline, devant épouser le lendemain Guntersblum, avouât à sa tante qu'elle avait le portrait de Lindorf ; et quant à Lindorf, il était de sa délicatesse et de son honneur de ne pas démentir Caroline.

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