Le Roi et le pèlerin (opéra, Lavallée, Foignet)

Le Roi et le pélerin, opéra en deux actes, paroles de Lavallée, musique de Foignet, 2 juin 1792.

Théâtre de mademoiselle Montansier.

Pièce à ne pas confondre à la comédie presque homonyme de Joseph Pain et de Dumersan, le Pèlerin et le roi jouée au Théâtre du Vaudeville le 28 juin 1809.

Titre :

Roi et le pèlerin (le)

Genre

opéra

Nombre d'actes :

2

Vers / prose

prose avec des couplets en vers

Musique :

oui

Date de création :

2 juin 1792

Théâtre :

Théâtre de Mademoiselle Montansier

Auteur(s) des paroles :

M. Lavallée

Compositeur(s) :

M. Foignet

Mercure universel, tome 16, n° 462 du lundi 1 juin 1792, p. 63-64 :

[Le nouvel opéra a eu « beaucoup de succès, mais le critique trouve qu'il a beaucoup de défauts, puisqu'il met en scène « un roi, ami du peuple, protecteur du foible » qui retrouve un ministre (le pèlerin) tombé en disgrâce et à qui il rend sa confiance tout en lui faisant recouvrer son fils « dont il avoit été séparé depuis sa naissance. ». Ce qui choque le critique, c'est l'utilisation de « maximes de politique et de morale » d'un autre temps, comme s'il n'y avait pas eu de révolution. L'auteur est invité à « s’élever à la hauteur de la révolution » : le temps où le sort des peuples dépendait « des caprices et des passions d'un seul » est terminé. Sinon, la pièce comporte « des couplets agréablement tournés » fort bien interprétés, la musique a plu, avec des airs prouvant le talent de leur auteur, malgré d'autres qui « ne sont pas en situation ». Les auteurs, paroles et musique, ont été nommés.

On note avec intérêt l'insistance du critique sur la nécessaire adhésion aux idéaux de la révolution : le théâtre doit refléter les idées nouvelles.]

Theatre de Mademoiselle Montensier.

Le Roi et le Pèlerin, opéra en 2 actes, donné vendredi, a obtenu beaucoup de succès.

Il y a tant d’objections à faire contre la manière dont l'auteur a tissu sa fable, que pour n’avoir pas la fatigue de la réfuter, nous dirons succintement que cette pièce offre un roi, ami du peuple, protecteur du foible, qui va souper incognito chez un cultivateur, afin d'avoir l’occasion de réparer une injustice ; le hasard y amene un Pèlerin, jadis son ministre, maintenant disgracié, il lie conversation avec le roi, le suit à la cour où il trouve la reine et le prince royal, démasque un traître qui abusoit de la confiance du monarque, et récouvre avec son rang un fils chéri

L’auteur a placé des maximes de politique et de morale dans la bouche du prince royal, semblables à peu-près à celles dont Mentor cherche à nourrir l'esprit de Télémaque. C’est bien le cas d’appliquer ce proverbe vulgaire : il n'y plus d'enfant.

Nous ne chercherons pas à suspecter le patriotisme de l’auteur, mais nous dirons que l’importance qu’il attache aux moindres actions des rois, est devenue un peu hors de saison, et bien gothique, depuis qu'il est démontré, que le sort des peuples ne peut et ne doit dépendre des caprices et des passions d’un seul. Un auteur dramatique ne peut-il donc s’élever à la hauteur de la révolution ?

On a vivement applaudi des couplets agréablement tournés et chantés avec ame, par M. Amiel ; il possède l’art d'animer ses rôles.

La musique a fait grand plaisir ; l’ouverture est bien faite, quelques airs annoncent du talent, d’autres morceaux. On a demandé les auteurs ; M. la Vallée est celui du poëme, M. Foigné celui de la musique ; il avoit déja donné à ce théâtre l'Apoticaire.

L’Esprit des journaux français et étrangers, 1792, volume 8 (août 1792), p. 308-312 :

[Le compte rendu commence par un long développement sur le noyautage des premières représentations par les « amis de l'auteur, des acteurs, ou de l'administration » : une partie du public admire à grands cris des propos ou des situations sans intérêt. Succès illusoire : cette tentative de tromper ne peut durer bien longtemps, et la réalité de ce qu’est la pièce apparaît bien vite. Notons que, dans ce passage, il n’est pas question d’argent...

Puis on parle de la pièce du jour : elle ne semble pas originale. Le critique lui trouve quelques qualités (« de l’intérêt ») et beaucoup de faiblesses (longueurs, « manque de développements et de convenances théâtrales », style négligé, de nombreux lieux communs). Mais elle a connu un vif succès : le début de la chronique trouve là une application immédiate ! Sinon, la musique est jugée favorablement, et les acteurs sont simplement cités, sans jugement.]

Le samedi 2 juin, on a donné la premiere représentation du Roi & le pèlerin, opéra en deux actes, paroles de M. Lavallée, musique de M. Foignet.

On est toujours tenté de croire qu'une partie du public qui assiste aux premieres représentations de pieces, sur certains théatres, n'a jamais rien lu, rien vu, ni rien su ; il semble que ce soit toujours pour la premiere fois qu'elle entend les pensées les plus triviales, les maximes les plus rebattues & les adages les plus anciens : les situations même les plus communes frappent cette partie du public, comme si elle ne les connoissoit pas ; on la voit s'ébranler, se livrer à la joie la plus vive, & jetter des cris d'admiration, quand un auteur a répété bien souvent dans sa piece, les mots honneur, cœur & vertu.... Est-ce là la partie saine du public dont l'avis fait loi pour juger le mérite d'un ouvrage ? Non, ces déclamateurs outrés, ces admirateurs enthousiastes sont presque toujours les amis de l'auteur, des acteurs, ou de l'administration : ils entraînent, quand ils sont en grand nombre, une autre partie du public, impartiale, mais facile à suivre l'impulsion qu'on lui donne ; & voilà le succès d'une piece établi.... Mais, comme ce succès est trompeur ! L'auteur lui-même, qui en a été la dupe, en devient bientôt la victime : le public, connoisseur, se venge de l'ennui qu'on lui a fait éprouver, en abandonnant la piece à ceux qui l'ont trouvée superbe ; & ces derniers, ou ne peuvent pas revenir tous les jours, ou n'augmentent pas de beaucoup le produit de la recette. On a souvent l'exemple de ce que nous avançons : il n'est pas rare de voir une piece qui a fait du bruit, dont on a demandé à grands cris l'auteur à la premiere représentation, abandonnée au bout de cinq à six jours : dans ce cas, des juges séveres & impartiaux rendent donc un plus grand service à un jeune auteur, que des amis flatteurs, complaisans, enthousiastes ou exaltés ? C'est généralement pour tous les ouvrages de théatre, que nous avons tracé ces réflexions, dont nous croyons que tous les amateurs du spectacle sentiront la justesse : maintenant, nous allons parler de la premiere représentation du Roi & le Pèlerin, donnée avec le plus grand succès.

Le sujet de cette piece, qui ressemble à plusieurs anecdotes connues, nous a paru tiré particulierement d'un ouvrage fait il y a cinq ou six ans, & intitulé : le Roi voyageur. Traçons-le sommairement. Un roi de Naples se repent d'avoir disgracié Lotario, son ministre, accusé de malversations & que les loix ont chassé de ses états: Lotario, au moment de fuir, n'a eu que le tems de confier son fils Théobaldo à Henriquez, son ami, qui, lui-même, a remis l'enfant à un paysan nommé Zanetto. Zanetto a élevé le petit Theobaldo comme son fils, & devenu homme, il va l'unir à Violette sa fille, lorsque le roi, qui a appris ce mystere, vient incognito lui demander Theobaldo, pour le conduire à la cour du roi de Naples, & le combler d'honneurs. Sur ces entrefaites, un pèlerin se présente ; c'est Lotarìo : il a reconnu le roi, sans être decouvert ; & par suite de la conversation, le roi parie qu'il est plus heureux que lui. Lotario soutient le contraire, & suit le roi & son fils à la cour, où la reine le comble de bontés. Cependant un t[r]aître, nommé Pamphili, qui jouit de toute la faveur dont il a fait dépouiller Lotario, apprend que ce ministre disgracié a soupé chez Zanetto. Zanetto est arrêté, interrogé par Pamphili : mais la sagesse des réponses du bon paysan, fait rougir le traître, qui ne s'attache plus qu'à perdre le pèlerin, qu'il ignore être Lotarìo. Ce dernier feint d'être sorcier, lui dévoile un[e] partie de ses crimes, & le force même à remettre devant lui, au roi, une lettre dans laquelle le monarque trouve toutes le[s] preuves de l'innocence de Lotario & des calomnies de Pamphili. Celui ci est chassé, Lotario reprend sa place, & son fils Theoialdo n'en épouse pas moins Violette, fille du vertueux Zanetto.

Tel est le sujet de cette piece, qui offre souvent de l'intérêt au milieu de quelques longueurs, quoiqu'elle manque de développemens & de convenances théâtrales. Le style n'en est pas non plus très-soigné : mais il y a quelquefois du sentiment, & puis des sentences, des maximes, des adages, des redites, que bien des gens pourroient regarder comme des lieux communs, mais qui sont bien placées, puisqu'elles ont été applaudies avec ivresse. Quoi qu'il en soit, cet ouvrage, qui d'ailleurs offre des tableaux & du spectacle, a réussi, & l'on en a demandé les auteurs : La musique offre des morceaux très-bien faits, & en général de la verve & du goût. Le public a fait répéter plusieurs couplets d'un joli chant, & dont les vers sont aussi très-bien tournés. MM. César, Micalef, Amiel, Lebrun, & Mesd. Ferrieres, Cifolelli & Sara jouent les premiers rôles dans cette piece.

D’après la base César, la pièce a connu 17 représentations, du 2 juin au 27 août 1792.

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