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Richard Cœur de Lion

Richard Coeur de Lion, comédie en trois actes mêlée d’ariettes; de Sedaine, musique de Grétry, 21 octobre 1784.

Comédie Italienne.

Il s’agit de la reprise qui a eu lieu le 20 mars 1806, au Théâtre de l'Opéra-Comique.

Titre :

Richard Cœur de Lion

Genre

comédie mêlée d’ariettes

Nombre d'actes :

3

Vers ou prose ,

en prose, avec des couplets en vers

Musique :

ariettes

Date de création :

21 octobre 1784

Théâtre :

Comédie Italienne

Auteur(s) des paroles :

Sedaine

Compositeur(s) :

Grétry

Courrier des spectacles, n° 3332 du 21 mars 1806, p. 2 :

[La reprise de Richard Cœur de Lion est saulée avec beaucoup de plaisir par le critique, qui la compare avec celle d’une autre œuvre du duo Sedaine-Grétry, Raoul Barbe-Bleue, jugée moins intéressante sur le plan musical, mais aussi sur celui de l’intérêt : comment comparer une pièce mélodramatique montrant « un barbare » tueur de ses épouses et un roi couvert de gloire et qu'un naufrage réduit à une vie d’esclave ? Le critique remarque combien cette pièce incite au « devoir d’ètre fidèle à son Prince et de s’intéresser à son sort », combien c’est « un spectacle vraiment national », dont la musique est « dans le cœur de tous les Français » : pièce qui compte par sa valeur musicale, mais aussi par sa signification politique. Elle est aussi vue comme « une espèce de mélodrame », et qui pourrait être considérée comme l'œuvre du créateur du genre, imitée aujourd'hui par la majorité des mélodrames. Elle est supérieure par la musique, mais ses ballets sont jugés mesquins par rapport à ce qu’on voit dans le temple du mélodrame qu’est « le Théâtre de la Porte Saint-Martin », qui ne serait pas aussi considéré s’il se contentait de si modestes accessoires. Sinon, « la pièce est montée avec beaucoup de soin », et ses décors sont remarquables. Quant à l’interprétation, elle est excellente pour « la plûpart des acteurs », et Elleviou est mis en avant, avant quelques-uns de ses camarades. Bien sûr, il y avait foule.]

Théâtre de 1’Opéra-Comique.

Richard-Cœur-de-Lion.

Voici un sujet d'un mérite musical bien plus brillant que Barbe-Bleue, mais d’un genre bien autrement intéressant. Eh ! quel plaisir trouver en effet dans la vue, les discours et la conduite d’un barbare qui tient les cadavres de ses femmes suspendus dans un cabinet, et qui traîne par les cheveux une nouvelle et jeune épouse pour l’égorger, comme les autres, parce qu’elle a eu le malheur d’être curieuse, et d’entrer dans ce cabinet ? De combien de meurtres ne faudroit-il pas couvrir le monde entier, si l’on devoit toujours punir la curiosité de cette manière ? Cet ouvrage a eu quelque succès, parce qu’il tient au souvenir de notre enfance, et qu’on aime à voir en action ce qu’on s’est plu à entendre en récit.

Mais un Prince, la gloire de son siècle, un Roi dont l’intrépidité a fait trembler toute l’Asie, qui, après avoir vaincu des armées innombrables, avoir rempli le monde entier du bruit de son nom, est réduit après un naufrage à se couvrir de lambeaux, à errer de village en village comme un fugitif, à se noircir la figure avec de la suie, dans la crainte d’être reconnu, qui ne peut échapper à son mauvais sort, que l’on saisit occupé à tourner la broche, que l’on vend comme un vil esclave, qui gémit dans la captivité, voilà assurément un sujet digne de toucher. Richard Cœur-de-Lion est une des productions de Sédaine qui aient eu le plus de succès, et cet ouvrage méritoit mieux que Barbe-Bleue d’être enrichi de toute la fécondité du génie de Grétry.. Depuis plus de quinze ans -qu’il n’a été joué, tout le monde en sait encore la musique par cœur, car les œuvres du génie bravent tous les obstacles. Aujourd’hui que non-seulement il est permis, mais que c’est un devoir d’ètre fidèle à son Prince et de s’intéresser à son sort, avec quel plaisir ne devoit-on pas assister à un spectacle vraiment national, et répéter des airs qui sont dans le cœur de tous les Français, et auxquels la gloire du chef de l’Empire ajoute encore un nouveau degré d’intérêt ?

Richard Cœur-de-Lion est une espèce de mélodrame ; il a le genre d’intérêt qui s’attache à ces sortes de pièces ; et si l’on vouloit trouver le véritable inventeur du mélodrame, peut-être pourroit-ou faire honneur de ce mérite à Sedaine. C’est, en effet, sur ses ouvrages que sont calqués la plûpart de ceux qui depuis quelque tems, enrichissent les théâtres de nos Boulevards.

Si sous le rapport de la musique, Richard est bien au-dessus de tous les mélodrames connus, il faut avouer aussi que ceux-ci l’emportent de beaucoup sur lui sous le rapport de la pompe théâtrale. Les ballets sont mesquins ; et le Théâtre de la Porte St.-Martin ne croiroit pas avoir satisfait à sa réputation et à sa gloire, s’il ne déployoit pas plus de richesses dans ces parties accessoires que le public recherche souvent autant que la pièce même.

A cela près, la pièce est montée avec beaucoup de soin ; la deuxième décoration du troisième acte est d’une grande beauté, et répond à ce qu’on pouvoit attendre du talent de M. Denon.

Les rôles ont été joués avec une grande distinction par la plûpart des acteurs. Elleviou a chanté avec un rare talent celui de Blondel; tous les airs ont été entendus avec une espece d’enthousiasme. Mad. St. Aubin, Chenard et Gavaudan, Mad. Gonthier, Juliet, ont contribué aussi par leurs talens au succès de cette représentation. La foule des spectateurs étoit immense.

L’Esprit des journaux français et étrangers, tome V, mai 1806, p. 283-286 :

[Il s’agit de la reprise d’un opéra comique de Sédaine et Grétry, jouée pour la première fois par les Comédiens Italiens le 21 octobre 1784. L'œuvre a gardé ses qualités, le rôle de Blondel est passé de main en main, et ce n’est pas un progrès, au moins pour le dernier chanteur cité. Cette reprise est l’occasion de stigmatiser l’attitude de l’Opéra-Comique, qui a demandé à madame Sédaine un document permettant de savoir si la veuve du librettiste a encore des droits sur l'œuvre de son mari (dix ans après la mort d’un auteur, une œuvre tombe dans le domaine public). Le Théâtre Français a fait preuve de plus d’élégance.]

THÉATRE DE L'OPÉRA-COMIQUE.

Tout est maintenant éclipsé à ce théâtre par la reprise de Richard Cœur de Lion. Depuis long-temps peut-être on n'avait été témoin d’une aussi prodigieuse affluence : on s'y attendait. Indépendamment du mérite réel de l'ouvrage, dont le second acte est peut-être une des situations les plus intéressantes du théatre ; indépendamment d'une musique enchanteresse que l'on sait encore par cœur et qu'on était ravi d'entendre de nouveau, plusieurs autres motifs faisaient préjuger le succès de la reprise de Richard ; succès presqu'aussi grand que celui de ses premières représentations en 178....

Elléviou a remplacé Clairval dans le rôle du troubadour Blondel, et pour bien des gens il y paraît supérieur : cette supériorité-là pourrait bien n'être que de circonstance. Par malheur une indisposition est venue, fort à contre-temps, interrompre ce succès dès la troisième représentation; et Jausserand a remplacé à son tour celui qui remplaçait Clairval. Les degrés de l'échelle me paraissent un peu trop écartés.

Je ne puis m'empêcher, à l'occasion de cette reprise, de parler d'un fait dont je voudrais bien qu'on pût démentir la réalité pour l'honneur de l'administration. On assure que la veille de la première représentation, on a fait prier la veuve de Sédaine d'envoyer l'extrait mortuaire de son époux pour s'assurer que les dix ans de jouissance accordés par la loi aux héritiers n'étaient pas expirés. J'aimerai mieux me refuser à croire cet excès de cupidité vile et cette violation manifeste de convenances : mais ce bruit même doit éclairer le gouvernement sur la nécessité d'arracher promptement les auteurs dramatiques à cet abus par une mesure qui leur assure enfin la propriété inaliénable de leur esprit et de leurs ouvrages.

Au moment où l'on me racontait ce procédé inoui dans le fond et dans la forme, je me disais au contraire : si le malheur voulait que les héritiers de Sédaine, après l'interruption malheureuse de Richard, fussent déchus de leurs droits, je suis bien sûr que les comédiens s'empresseraient délicatement de les en dédommager en les rappellant au partage. Comment croire qu'on eût la barbarie de priver les héritiers d'un homme, qui a fait vivre ce théâtre, d'une modique rétribution ? Supposé même que la pensée de s'approprier les produits entiers de ce succès eût entraîné l'administration, n'était-il pas possible de s'assurer par tout autre moyen de l'époque du décès de Sédaine, plutôt que de tomber dans la double inconvenance d'en rappeller, à propos d'intérêt pécuniaire, la perte à son épouse, et de laisser voir le désir vil et barbare de la dépouiller !

Quelle différence entre ce procédé et celui des comédiens français, qui, sur la première demande de Mme. Sédaine de transporter ses entrées à l'un de ses enfans, ont mis toute la délicatesse et toute la grace imaginables dans leur réponse ! – Auri sacra fames !

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