La Sorcière (vaudeville)

La Sorcière, vaudeville, d'Antoine André Ravrio, 28 fructidor an 7 [14 septembre 1799].

Théâtre du Vaudeville.

Titre :

Sorcière (la)

Genre

comédie-vaudeville

Nombre d'actes :

1

Vers / prose

prose, avec des couplets en vers

Musique :

vaudevilles

Date de création :

28 fructidor an 7 (14 septembre 1799)

Théâtre :

Théâtre du Vaudeville

Auteur(s) des paroles :

Antione André Ravrio

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, chez Huet et chez Charon, an VIII :

La Sorcière, comédie-vaudeville, en un acte et en prose ; Par le C.en R*****. Représentée, pour la première fois, au Théâtre du Vaudeville, le 28 Fructidor an VII.

Courrier des spectacles, n° 936 du 29 fructidor an 7 [15 septembre 1799], p. 2 :

[La pièce nouvelle unit ce qui est le plus précieux au théâtre, la gaîté et la morale, et l’auteur a eu bien tort de garder modestement l’anonymat. Sa pièce s’en prend à « un ridicule nouveau », dangereux et surtout « chez le beau sexe » auquel il n’apporte pas de charme supplémentaire, c’est la cartomancie. L’intrigue met en scène une jeune femme qui veut savoir sisa jalousie est fodnée, et elle va voir une cartomancienne, une Sorcière. Mais son mari vient à connaître son projet, et il décide substituer à la Sorcière son oncle, pourvu d’instructions précises. La consultation impressionne beaucoup Elise, à qui la fausse cartomancienne révèle ce qu’on lui a dit de dire, elle fait même apparaître un portrait grandeur nature de son mari. Celui-ci arrive à ce moment et brise l’enchantement : que fait-elle chez un homme travesti ? Pour finir la pièce, il faut bien un mariage, et ce sera celui du serviteur du mari avec la servante de la sorcière, tous deux épris l’un de l’autre. La pièce permet de montrer plusieurs originaux dans des scènes à tiroir, mais les couplets saillants y sont rares, sauf dans la scène où l’oncle tire les carets à sa nière. Et l’apparition du mari chez la sorcière ne se justifie en rien.]

Théâtre du Vaudeville.

Il n'est pas très-commun de voir allier au théâtre la moralité à la gaité : on n’en doit savoir que plus de gré à l’auteur, qui y a parfaitement réussi dans la pièce jouée hier pour la première fois, et avec beaucoup de succès, sous le titre de la Sorcière. S'il est un reproche à lui faire , c’est d’avoir montré trop de modestie, en gardant l’anonyme.

Un ridicule nouveau, et qui n'est pas sans danger, s’est manifesté depuis quelque tems à Paris, et doit être reconnu avec d’autant plus de peine chez le beau sexe, qu’il n’a pas pour excuse d’ajouter à ses charmes : c’est la Cartomancie. Plusieurs tireuses de cartes répandues dans cette ville, attirent chez elles nombre de femmes guidées par le désir de se faire dire la bonne-aventure. Voici comment l’auteur, animé sans doute du désir d’ètre utile en amusant, a cru devoir présenter ce sujet :

La jeune Elise , mariée depuis un an à Dorlange , est en proie à la jalousie. De fréquentes sorties que son mari fait les matins, alimentent ses soupçons. Elle n’a pas la folie de croire aux sorcières ; mais sa foiblesse, qu’elle ne peut surmonter, lui inspire celle d’aller consulter Martine, très-fameuse dans l'art de tirer les cartes. Elle envoie Jacquinot, son valet, lui demander l’heure à laquelle elle pourra la trouver. Dorlange lui-même arrive chez la Sorcière peu de tems après Jacquinot, qui, avant de s’acquitter de sa commission auprès de Martine, avoit quel que chose à dire, pour son compte, à sa suivante Manette, de qui il est amoureux. Envain Jacquinot a dit à son maître qu’il alloit faire un achat pour sa maîtresse, il est forcé d’avouer la vérité. Dorlange, instruit du projet de sa femme, forme celui de la plaisanter, en faisant prendre la place de la Sorcière à son oncle, qui vient d’arriver, et qu’Elise n’a jamais vu. Vingt-cinq louis gagnent Martine ; une robe donne à l’oncle l’air d’une vraie Sorcière, et quelques instructions de son neveu le mettent en état d’en remplir merveilleusement l’emploi. Aussi n’est-ce pas sans le plus vif étonnement qu’Elise s’entend dire qu’il n’y a qu’un an qu’elle est mariée ; que passionnément éprise pour son mari, elle a, par jalousie, chassé depuis peu une femme-de-chambre à laquelle elle n’a voit aucun reproche à faire ; enfin qu’elle est récemment enceinte. Ce dernier point sur-tout, qu’elle sait n’être connu que de son mari, ne lui permet plus de douter du grand sçavoir de la Sorcière. Celle-ci la surprend bien davantage en lui offrant de lui montrer le portrait de sou mari. Elise croit la chose impossible : elle coupe les cartes, et l’image de Dorlange s’offre à ses yeux. Frappée d’un tel prodige, elle est bientôt témoin d’un autre : la fausse Martine tire un rideau ; Dorlange paroît en un tableau de grandeur naturelle. Sa jeune épouse, saisie d’effroi, se trouble ; il profite de ce moment pour sortir et rentrer, comme s’il arrivoit dans la maison ; il témoigne à Elise son étonnement de la trouver chez un homme travesti. Cette imprudente épouse frémit du danger qu’elle a couru, mais elle est bientôt rassurée en apprenant que ce personnage a été joué par l’oncle de son mari qui ne sortoit tous les matins, que pour faire faire son portrait, dans le dessein de lui en faire cadeau. Le mariage de Jacquinot avec Manette termine cette petite pièce dans laquelle paroissent plusieurs originaux qui offrent des scènes à tiroir assez piquantes.

On trouve peu de couplets saillans dans cet ouvrage, mais la scène où l’oncle tire les cartes à Elise en fournit plusieurs agréables, dont un sur le bonheur de la maternité a été redemandé.

Un défaut assez frappant dans ce vaudeville, d’ailleurs très-joli, c’est l’arrivée de Dorlange chez Martine ; nous n’avons rien vu qui puisse la motiver.

Le Pan.          

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, 5e année, 1799, tome III, p. 549-551 :

THÉATRE DU VAUDEVILLE.

La Sorcière.

Depuis quelque temps la Cartomancie est devenue, à Paris, surtout chez les femmes, une véritable manie. Plusieurs tireuses de cartes font distribuer leur adresse dans les quartiers fréquentés, et attirent chez elles beaucoup de femmes, guidées par le desir de se faire dire la bonne aventure. L'auteur de la pièce jouée avec succès, le 28 fructidor, sous le titre de la Sorcière, a. cru devoir mettre sur la scène ce nouveau ridicule, plus dangereux sans doute qu'on ne pense.

Dorlange, marié depuis un an avec la jeune Elise, sort depuis quelque temps tous les matins ; et ces fréquentes absences inspirent de la jalousie à son épouse. Quoiqu'elle ne croie pas aux sorcières, elle ne peut cependant pas surmonter le desir d'aller consulter une femme, appelée Martine, très-renommée dans l'art de tirer les cartes. Elle y envoie son domestique, Jacquinot, pour savoir quand elle la trouvera. Dorlange lui-même arrive chez la sorcière peu de temps après Jacquinot, qui s'étoit encore arrêté auprès de son amante Manette, suivante de Martine. Instruit du projet de sa femme, par l'aveu qu'il a su tirer de Jacquinot, Dorlange forme celui de la plaisanter, en faisant prendre la place de la sorcière à son oncle, qui vient d"arriver, et qu’Elise n'a jamais vu. Vingt-cinq louis gagnent Martine ; une robe donne à l'oncle l'air d'une vraie sorcière, et quelques instructions de son neveu le mettent en état d'en remplir merveilleusement l'emploi. Aussi n'est-ce pas sans le plus vif étonnement qu'Elise s'entend dire, qu'il n'y a qu'un an qu'elle est mariée ; que, passionnément éprise pour son mari, elle a, par jalousie, chassé depuis peu une femme-de-chambre à laquelle elle n'avoit aucun reproche à faire ; enfin , qu'elle est récemment enceinte. Ce dernier point surtout, qu'elle sait n'être connu que de son mari, ne lui permet plus de douter du grand savoir de la sorcière. Celle-ci la surprend bien davantage, en lui offrant de lui montrer le portrait de son mari. Elise le croit impossible ; mais, en coupant les cartes, elle voit l'image de Dorlange. La sorcière lui montre ensuite son époux en un tableau de grandeur naturelle, caché derrière un rideau. Elise est saisie du plus grand trouble à l'aspect d'un tel prodige, et pendant ce temps Dorlange sort et rentre comme s'il venoit d'arriver. Il est étonné de trouver sa femme chez un homme déguisé. Elise frémit du danger auquel elle s’étoit exposée ; mais son mari, qui n'étoit sorti tous les matins que pour faire faire son portrait, dont il vouloit lui faire présent, la rassure, en lui faisant connoître celui qui a joué le rôle de la sorcière. Plusieurs originaux, qui paroissent dans cette petite pièce, fournissent des scènes à tiroir qui ont fait beaucoup de plaisir. Elle se termine par le mariage de Jacquinot avec Manette.

La scène où la fausse Martine tire les cartes à Elise, contient plusieurs couplets agréables ; le public a redemandé celui qui peint le bonheur de la maternité.

L'auteur a été demandé; mais il a gardé l'anonyme.

La base César attribue la pièce à Sewrin, quand le catalogue général de la BNF (qui a raison dans cette affaire) la donne à Antoine André Ravrio. 10 représentations au Théâtre du Vaudeville du 14 septembre au 13 octobre 1799. Les représentations au Théâtre de la Cité en 1797 concernent la pièce de Sewrin. En fait, la base César confond allègrement les deux Sorcières, parodie de Sewrin et vaudeville de Ravrio.

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