Le Siège de Tolède, ou Don Sanche de Castille

Le Siège de Tolède, ou Don Sanche de Castille, mélodrame en trois actes, en prose et à spectacle, orné de danses, chants, combats, tableaux, etc., de J.-A.-M. Monperlier, musique de Louis fils, 11 août 1812.

Théâtre des Célestins, Lyon.

Sur la page de titre de la brochure, à Lyon, chez Maucherat-Longpré, 1812 :

Le Siége de Tolède, ou Don Sanche de Castille, mélodrame En trois actes, en prose et à spectacle ; orné de danses, chants, combats, tableaux, etc. Par J.-A.-M. MONPERLIER. Musique de M. LOUIS fils, élève de M. Dreuilh. Mis en Scène par M. VICHERAT. Représenté pour la première fois sur le Théâtre des Célestins à Lyon, le 11 Août 1812. Sous la direction de M. LAINÉ.

Je n'ai pas trouvé dans le Journal de Lyon de compte rendu du Siège de Tolède créé, selon la brochure, le 11 août 1812. Sa première mention apparaît le 5 septembre dans une lettre datée du 20 août d'un anonyme, C***, qui rend compte de l'actualité du Théâtre des Célestins avec un peu de retard. Cette lettre, qui cite plusieurs pièces, dont le fameux Misanthropie et repentir, traité avec beaucoup de sévérité, a suscité une réponse très vigoureuse, d'une ironie mordante, de la part du critique, tout aussi anonyme, du journal, le 22 septembre.

Journal de Lyon et du département du Rhône, n° 107, quatrième année, 5 septembre 1812, p. 2 :

Théâtre des Célestins.

A M. le Rédacteur.

Lyon, 20 août 1812.          

Le Régisseur de ce Théâtre (M. Vicherat) a l'art d'attirer du monde à son spectacle, malgré la faiblesse de sa troupe, à laquelle il manque plusieurs emplois ; on doit à son activité, à son intelligence, et sur-tout à son bon goût, un spectacle varié et choisi ; on est étonné même que, montant aussi peu de mélodrames, il ait l'art d'intéresser ses spectateurs par des scènes qui se rapprochent du bon genre. Dans l'espace de huit jours, on a monté cinq ouvrages, dont deux nouveaux ; le Siége de Tolède fait honneur au talent de M. Monperlier, qui doit être accoutumé aux succès, et dont la verve est d'une grande fertilité ; on y retrouve, comme dans son Château de Pierre-Scise, des situations fortes, de l'imagination, et sur-tout beaucoup d'intérêt; on a remarqué quelques longueurs à la première représentation de son ouvrage ; mais il a su les faire disparaître, et maintenant l'action marche mieux. On doit des éloges à MM. Vicherat, Thérigni, Lancelin, Parent, et à Mme. Camus, pour la manière dont ils ont rempli leurs rôles. Le Diner aux Brotteaux joué le même jour, a mérité le peu de succès qu'il a obtenu. Cette pièce, dont l'action est nulle, a paru d'un comique par-trop trivial ; d'ailleurs, les couplets étaient loin d'être assez saillans pour relever ce Vaudeville du peu d'intérêt qu'il a. Cependant ce qui pourrait excuser les Auteurs, qui dans d'autres circonstances ont prouvé leur talent, c'est d'avoir fait le plan de cette pièce à la suite d'un diné, et de l'avoir achevée en huit jours. M. Parent a offert une caricature très-plaisante dans le rôle d'un Marchand de tisane ; et nous ne pouvons que le féliciter de se plier à tous les genres. Mercredi 19, la représentation au bénéfice de Mme. Lecordier avait attiré beaucoup du monde ; on était curieux de voir à ce théâtre le mauvais drame de Misanthropie et Repentir, qui dans sa nouveauté avait attiré plus d'affluence encore que toutes les Cendrillons réunies. Cette production germanique a été jouée avec beaucoup d'ensemble. D'ailleurs, la réunion de talens aussi marquans que ceux de MM. Bié, Dugrenet, Revelle, Mmes. Lecordier, Berger, etc., devait ajouter à l'intérêt général ; ils ont joué avec naturel et franchise. Madame Lecordier surtout a mérité des éloges pour la sensibilité et la décence qu'elle a mise dans Mme. Miller. Me voilà arrivé à la partie la plus pénible de mon article. J'ai à rendre compte de la manière dont le principal rôle de cet ouvrage a été joué ; et je ne puis le faire sans blesser l'amour-propre d'un acteur qui, du reste, a de l'ame, de l'intelligence et beaucoup de chaleur, mais qui entre rarement dans l'esprit de ses rôles. M. Thérigni a été d'un contre-sens choquant dans celui de Mainau ; sa sensibilité a été factice et ses gestes forcés ; nous avons été habitués à voir bien jouer ce rôle. Le public quelquefois malin a observé que notre misanthrope avait un grain de coqueterie, car il était coiffé et poudré comme dans un jour de céremonie. Les Faux Maris et le Procès du Fandango, sont deux pièces assez piquantes, qui n'ont fait qu'ajouter au plaisir de cette soirée.

C***.          

Journal de Paris, n° 260 du 16 septembre 1812, p. 4 :

[Reprise pure et simple des informations de l'article du Journal de Lyon avec un air d'approbation : une pièce soutenue, une pièce condamnée.]

Le Journal de Lyon dit que la troupe du théâtre des Célestins de cette ville attire beaucoup de monde quoiqu'elle monte peu de mélodrames. Voulez-vous savoir pourquoi cette troupe incomplète et très faible est constamment suivie ? C'est parce qu'elle fait précisément tout le contraire de ce que fout les sociétaires du premier théâtre national. Elle varie son répertoire et donne souvent des nouveautés. Dans l'espace de huit jours, elle a monté cinq ouvrages, dont deux nouveaux. L'un de ces derniers est le Siege de Tolede, par M. Monperlier, auteur du mélodrame du Château de Pierre-Scise, qui attire toujours la foule au théatre de l'Ambigu-Comique, à Paris. On a remarqué dans le Siege de Tolede des situations fortes, de l'imagination, de l'intérêt. La seconde nouveauté est le Dîner aux Brotteaux, qui n'a point eu de succès. Cette pièce, dont l'action est nulle, les couplets d'une faiblesse extrême, a paru d'un comique par trop trivial. On croit excuser les auteurs d'avoir fait une mauvaise pièce, en disant qu'ils en avaient tracé le plan à la suite d'un dîner, et qu'ils l'ont achevée en huit jours ; mais cette excuse n'est d'aucun poids pour le public : impitoyable juge, il s'embarrasse fort peu du temps que l'on a mis à la composition d'un ouvrage ; il ne tient compte que du talent qu'on y a déployé.

Journal de Lyon et du département du Rhône, n° 114, quatrième année, 22 septembre 1812, p. 3-4 :

Théâtre des Célestins.

Le Régisseur de ce théâtre, M. Vicherat, a l'art d'attirer du monde à son spectacle, malgré la faiblesse de sa troupe, à laquelle il manque plusieurs emplois. (Quelle heureuse application du mot faiblesse !... Avant M. C******, on croyait bonnement que ce mot ne signifiait que manque de forces, et en parlant d'une troupe de comédiens, défaut de talens; mais désormais, nous saurons que faiblesse veut dire aussi petit nombre.) On doit à son activité, à son intelligence, et sur-tout à son bon goût, un spectacle varié et choisi. (On ne saurait révoquer en doute l'intelligence, l'activité et le bon goût de M. Vicherat, qui est depuis long-temps et à juste titre aimé du public ; mais on soupçonne dans cet éloge de M. C******, car il est très-avare de louanges, on soupçonne, dis-je, qu'il a quelque jolie production pleine de finesse et de grâce à présenter au Théâtre des Célestins, et en faveur de laquelle il reclame d'avance le bon goût de M. Vicherat.) On est étonné même que, montant aussi peu de mélodrames, il ait l'art d'intéresser ses spectateurs par des scènes qui se rapprochent du bon genre. (Admirez d'abord l'élégante répétition des mots Spectacle, Spectacle et Spectateurs dans une phrase de huit lignes !.... Voyez ensuite cette manière neuve et piquante de s'exprimer !.... Qui ne croirait que M. Vicherat choisit dans les ouvrages les endroits les plus dignes d'intéresser, et ne donne à ses spectateurs que ces scènes décousues ?.... Cela ne ferait-il pas le plus joli effet du monde ?........) Dans l'espace de huit jours, on a monté cinq ouvrages, dont deux nouveaux. (Les plus grands hommes sont sujets à l'erreur ; M. C****** me permettra donc de lui dire que dans ce court espace on a monté sept pièces, dont quatre nouvelles ; le Siége de Tolède, le Dîner aux Brotteaux, l'Intermède pour la fête de S. M. l'Empereur, et les Faux Maris.) Le Siége de Tolède fait honneur au talent de M. Monperlier, qui doit être accoutumé aux succès (M. C****** ne tardera pas à contracter cette douce habitude), et dont la verve est d'une grande fertilité. (Cela ne vaut pas encore celle de M. C******.) On y retrouve comme dans son Château de Pierre-Scise, des situations fortes, de l'imagination, et sur-tout beaucoup d'intérêt. (On avait cru jusqu'à ce jour qu'il se pouvait que, sans situations fortes, il y eût de l'intérêt dans une pièce de théâtre ; mais on ignorait qu'il pût sans intérêt y avoir des situations fortes. Voilà ce que nous apprend M. C******, puisqu'après avoir parlé de ces fortes situations, il ajoute : et sur-tout beaucoup d'intérêt. Que d'obligations nous aurions à M. C****** s'il voulait nous permettre d'aller quelque temps à l'école chez lui ! C'est particulièrement M. Monperlier qui doit le remercier d'avoir bien voulu faire du Siége de Tolède un éloge aussi complet. Le journal de Lyon était jusqu'alors resté muet à l'égard de ce Mélodrame, et personne assurément n'en pouvait mieux rendre compte que M. C******, qui s'en est acquitté en six lignes, de manière à ce que M. Monperlier n'ait plus rien à désirer, et ne puisse pas dire des louanges de M. C******.

Mieux me vaudrait perdre ma renommée,
Que les cueillir d'aussi chétif aloi.)

On a remarqué quelques longueurs à la première représentation de son ouvrage; mais il a su les faire disparaître, et maintenant l'action marche mieux. (Autrefois, on aurait dit bonnement : l'action est plus rapide ; mais comme ce marche mieux marche mieux !...) On doit des éloges à MM. Vicherat, Thérigny, Lancelin, Parent, et Mme. Camus, pour la manière dont ils ont rempli leurs rôles. (Jadis, non-seulement par politesse, mais encore par respect pour la langue, on aurait commencé cette nomenclature par la Dame, et évité ainsi l'effet, que l'on trouvait désagréable, du pronom ils après un féminin. Mais M. C...... est bien au-dessus de ces petitesses; on sait d'ailleurs qu'il a un fort penchant pour ce pronom ils, qu'il mit naguères en concordance avec la Parque.) Le Dîner aux Brotteaux, joué le même jour, a mérité le peu de succès qu'il a obtenu. (Comme M. C.............. s'est adroitement servi de cette phrase à double sens !.. Pour ne pas blesser l'irritable amour-propre d'auteur, il lui donne à entendre que la pièce a mérité et obtenu un peu de succès d'un autre côté, pour payer tribut au malin, il semble dire au public : Le Dîner aux Brotteaux n'a point eu de succès et n'en méritait point. De cette leçon, tout le monde est content ; et M. C...... n'est pas le premier critique. qui ait trouvé ce secret. Cette pièce est nulle, a paru d'un comique trivial ; d'ailleurs les couplets étaient loin d'être assez saillans pour relever ce Vaudeville du peu d'intérêt qu'il a. (En vérité, M. C...... est inexorable sur le chapitre de l'intérêt ; il en veut jusques dans une bouffonnerie ; il y veut même des situations fortes, puisque, selon lui, il n'y a point d'intérêt sans cela. Le public avait cru trouver dans cette folie grivoise, deux ou trois couplets saillans et bien tournés ; mais M. C...... qui les fait sûrement beaucoup mieux, nous apprend à nous y connaître, et donne le droit d'être un jour d'autant plus exigeant envers lui, qu'il se montre aujourd'hui plus connaisseur.)

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