Sémiramis (Semiramide)

Sémiramis (Semiramide), opéra seria en deux actes, livret de Fernandino Moretti, musique de Bianchi, 19 août 1811.

Théâtre de l’Odéon, Opera Buffa.

Titre :

Sémiramis (Semiramide)

Genre

opera seria

Nombre d'actes :

2

Vers / prose

vers

Musique :

oui

Date de création :

19 août 1811 (en 1798 à Vienne)

Théâtre :

Théâtre de l’Odéon, Opera Buffa

Auteur(s) des paroles :

Fernandino Moretti

Compositeur(s) :

Francesco Bianchi (et de nombreux emprunts)

La Semiramide de Bianchi a été créée à Venise en 1798.

Mercure de France, journal littéraire et politique,tome quarante-huitième, n° DXXIX (samedi 7 septembre 1811), p. 466-467 :

[Premier article concernant Semiramide, article très négatif, sur le livret (mais l’auteur croit qu’il n’y a pas de bons livrets dans les opéras italiens : «  ne sait-on pas que le canevas d'un poëme italien, est la dernière chose dont l'auteur s'occupe ? »), sur la musique, qui n’est qu’une « Macédoine » composée de morceaux de divers compositeurs, sur la mise en scène brièvement exécutée (rien ne va). Seuls les interprètes sont félicités, sauf une, qui n’est pas à sa place dans l’opera seria.

Ce premier article, comme ceux qui paraissent en même temps dans la revue, montrent l’intensité de la « guerre musicale » qui règne alors à Paris autour de l’opéra, entre partisans de Gluck et partisans de Piccini.]

Théâtre de l'Impératrice. Opéra séria.— Depuis la guerre musicale entre les Gluckistes et les Piccinistes, il a toujours été très-délicat d'exprimer son opinion sur la musique ; cet art qui, selon l'expression d'un ancien, devrait adoucir les mœurs, a produit de tels enthousiastes que l'on a vu les gens les plus sages, les plus modérés, devenir furieux lorsqu'ils traitaient cette matière, et ne garder aucune mesure lorsque l'on contrariait leur opinion, ou même qu'on ne la partageait pas entièrement. Marsyas fut écorché vif par Apollon, pour n'avoir pas goûté sa musique ; quelques compositeurs se contentent de nous écorcher les oreilles, ce qui est moins sérieux. Quelles qu'en puissent être les suites, je dirai franchement ce que j'ai éprouvé à la représentation de la Semiramide.

L'Opéra séria parviendra-t-il à obtenir des lettres de naturalisation à Paris ? Voilà la question que se font les amateurs de musique ; d'après la représentation de Sémiramis, on serait tenté de conclure pour la négative. Le poëme est calqué sur la Sémiramis de Voltaire, l'intrigue est étranglée en deux actes ; nous ne ferons pas à nos lecteurs l'injure de leur en donner l'analyse; ne sait-on pas que le canevas d'un poëme italien, est la dernière chose dont l'auteur s'occupe ? La musique, point capital dans ces sortes d'ouvrages, est de Bianchi, à ce que j'ai lu sur l'affiche ; cependant, j'ai reconnu des morceaux de Mayer, de Zingarelli et même de Spontini. Bianchi n'est connu en Italie que par l'opéra de la Vilanella rapita, joué à Paris par la troupe dite de Monsieur ; cet ouvrage dut le succès qu'il obtint, à des circonstances étrangères à la musique, au jeu des acteurs, sur-tout à celui de Mandini, à l'introduction, dans cet opéra, d'un duo de Chérubini, des Viaggiatori felici. C'est donc à dire que M. Bianchi, italien, doit son plus grand succès, dans la Vilanella, à un professeur de notre Conservatoire. Ce qui contribua aussi à la vogue de ce premier ouvrage de Bianchi, c'est un air fameux de Paësiello, l'amorosa farfaletta, que Mandini avait cousu à son rôle, selon la coutume des Italiens de faire d'un opéra une Macédoine de musique où l'on a peine à retrouver un ou deux morceaux du compositeur annoncé sur l'affiche.

Crivelli, dans le rôle d'Arsace, fait preuve d'un beau talent, et comme chanteur et comme acteur ; on n'avait pas encore eu l'occasion de l'apprécier à sa juste valeur ; sa voix est pure, étendue et très-expressive ; les applaudissemens que le public lui a donnés, doivent l'encourager, et faire naître entre lui et Tachinardi une noble émulation qui tournera au profit de nos plaisirs.

Que ne puis-je adresser les mêmes éloges à Mme Festa, à laquelle je me suis souvent plû à rendre justice ? quand on est accoutumée à n'enfler que de modestes pipeaux, on ne saurait emboucher la trompette héroïque.

Ne forçons pas notre talent,
Nous ne ferions rien avec grâce.

Je ne veux pas affliger Mme Festa en motivant mon opinion, mais je pense qu'elle devrait renoncer à l'opéra séria ; il vaut mieux être très-applaudie dans un genre que tolérée dans l'autre.

Porto et Angrisani qui représentent l'un Assur, l'autre Oroës, ont déployé de beaux moyens dans leurs rôles.

Les costumes sont brillans, mais peu exacts ; la décoration manque de perspective ; les plans sont mal gradués.

Mercure de France, journal littéraire et politique,tome quarante-huitième, n° DXXX (samedi 14 septembre 1811), p. 511-513 :

[Réponse par un autre rédacteur, qui porte surtout sur la réputation de Bianchi, qui n’est pas l'obscur compositeur décrit dans l’article précédent, et sur celle de Mme Festa, critiquée injustement, elle aussi. Mais pas grand chose sur la valeur de l’opéra lui-même.]

L'un des Rédacteurs du Mercure de France à ses confrères sur un article inséré dans le N° du 7 septembre, au sujet de la Semiramide.

Messieurs, tous les journaux parlent de l'opéra italien, et la plupart le font de manière à prouver qu'ils s'entendent ou très-peu ou très-mal en musique. Je ne suis nullement tenté de les contredire ; on devine aisément pourquoi. Le peu d'articles que je vois paraître sur cet objet dans le Mercure ne me laissent point dans la même indifférence ; il n'est pas non plus difficile d'en deviner la raison. Quelques expressions qui me parurent peu mesurées dans l'article Chronique de Paris me portèrent à vous écrire il y a quelques mois (1) : il en résulta une petite discussion avec M. Y., et je me trouvai engagé à vous parler, dans six lettres consécutives, de Pirro, de la Griselda, et des concerts de l'Odéon.

Depuis ce tems, des nouveautés importantes ont paru sur ce théâtre, sans que nous en ayons rendu compte. La Distruzion di Gierusalemme, quoique d'un genre austère, a obtenu un succès brillant et soutenu. M. Tachinardi s'y est fait une grande et juste réputation, comme chanteur et comme acteur ; nous n'avons rien dit ni de lui, ni de la musique, qui est à quelques morceaux près, toute entière du plus savant compositeur qui reste aujourd'hui à l'Italie, de M. Zingarelli (2).

On a fait, il faut l'avouer, une faute, en donnant avec de la musique médiocre, Adolpho et Chiara, pièce maladroitement imitée d'une pièce française : aussitôt il en a paru un article (3) plein d'égards, il est vrai, et dans lequel on use avec une modération très-louable des avantages que l'on pouvait prendre ; mais enfin, sans traiter trop rigoureusement cette faute, on l'a constatée, et il est plus à observer qu'on ne le croit peut-être que pendant une année si remarquable dans l'histoire du théâtre italien à Paris, il n'ait obtenu dans le Mercure d'autre article ex-professo que celui-là.

En voici cependant un second au sujet de la Semiramide de Bianchi, et qui n'est pas de la même main que le premier. Je ne veux point à ce propos me faire une seconde querelle. Je prendrai seulement la liberté de dire que l'auteur de cet article n'apporte point dans cette affaire les dispositions d'esprit où il faut être pour en bien juger ; qu'avec beaucoup d'autres connaissances sans doute, il ne paraît point en avoir assez en musique, et sur-tout en musique italienne ; que cela saute aux yeux les moins exercés, et qu'il en résulte peu de confiance dans ses jugemens.

Il paraît, en commençant, craindre de grandes mésaventures ; il parle de la fureur où entrent quelquefois les gens les plus sages ou les plus modérés quand on contrarie leurs opinions en musique, et il en cite un exemple fameux tiré de la fable ; quelles qu'en puissent être les suites, ajoute-t-il enfin, il dira franchement ce qu'il pense de la nouvelle Sémiramis. Hélas ! ces suites sont assez fâcheuses en effet, mais ne ressemblent en rien à ce qu'il paraît craindre. Il est toujours triste pour un homme d'esprit d'avoir commis avec assurance de graves erreurs de fait. Je laisse à part tout ce qui est opinion, et ne demande à M. B. que la permission de lui dénoncer à lui-même le fait important sur lequel il s'est trompé.

La Vilanella rapita, selon lui, n'a dû son succès à Paris qu'au jeu de Mandini, à un air de Paësiello et à un duo de Chérubini : « C'est donc à dire, conclut-il, que M. Bianchi, italien, doit son plus grand succès dans la Vilamella à un professeur de notre Conservatoire. » Je pourrais bien incidenter là-dessus et lui demander de quel pays est ce savant professeur, et dans quel conservatoire il a puisé la science dont il surveille l'enseignement dans le nôtre. Mais ce n'est point encore là le fait dont il s'agit ; ce fait, le voici : « Bianchi, dit en propres mots M. B., n'est connu en Italie que par la Vilanella rapita. » Qu'il me permette de le rectifier ainsi   Bianchi est reconnu en Italie pour un de ses plus savans compositeurs ; outre la Vilanella et plusieurs autres opere-buffe, outre sa Sémiramis dans le genre sérieux, on a son Inès de Castro, son Arbace et d'autres encore. On connaît de lui de très-belle musique d'église, et il était peut-être, avec M. Zingarelli, le seul maître qui sût encore traiter convenablement, et dans leur style propre, les trois genres très-distincts de la musique di chiesa (d'église), d'opera seria et d'opera buffa. Géomètre et calculateur profond, il avait beaucoup médité sur son art. Il a même créé un nouveau système, sur lequel il a laissé un ouvrage qu'il comptait donner au public. Il soumit, il y a 8 à 9 ans, cette savante production à l'Institut de France. L'Institut nomma pour l’examiner trois de ses membres, M. le comte de Lacépède, M. de Prony et moi. Nous nous en occupâmes assez pour pouvoir assurer qu'on s ne doit point parler légèrement d'un homme capable de concevoir et d'exécuter un tel ouvrage, quand cet homme ne serait pas un praticien et un compositeur célèbre. Prony s'était chargé du rapport. Les changemens arrivés dans la constitution de l'Institut et d'autres causes l’ont empêché de le faire. Le manuscrit a été remis à un ami de M. Bianchi; et ce maître, estimable à tant d'égards, est mort assez récemment, d'une manière funeste, à Londres où il vivait depuis plusieurs années, et où l'on savait l'apprécier.

Je n'en dirai pas davantage, et ne demande plus à M. B. que la permission de n'être pas du tout de son avis sur Mme Festa. Au lieu de désirer comme lui qu'elle renonce à l'opera seria, le plaisir qu'elle m'a fait dans le rôle de Polixène et dans celui-ci, me donne le vif désir qu'elle y reparaisse souvent ; et l'accueil mérité qu'elle reçoit du public dans ces deux rôles me le fait espérer autant que je le désire.

(1) V. le Mercure du 23 février de cette année.

(2) Cet habile maitre vient d'arriver à Paris. Un heureux hasard me fit assister auprès de lui, samedi dernier , à une représentation de Sémiramis; et je puis dire qu'en général il en a parut [sic] très-satisfait.

(3) V. le Mercure du 15 juin.

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, 16e année, 1811, tome IV, p. 393-396 :

[Article très élogieux, qui voit dans cet opéra un apport important pour l’acclimatation de l’opera seria en France, dans laquelle l’auteur voit «  une nouvelle conquête pour les Français ».

A noter, la multiplicité des sources pour la musique (au moins cinq compositeurs) n’est pas jugée de façon négative, même si la musique de Bianchi, le compositeur principal, très applaudie, a «  la couleur convenable au sujet ».]

Odéon, Opera Buffa.

Semiramide (Sémiramis), opera seria en deux actes.

Cet opéra est, comme celui de MM. Deriaux et Catel, calqué sur la Sémiramis de Voltaire.

Le théâtre représente le portique du temple de Belus ; d'un côté, on voit la tombe de Ninus ; de l'autre, le trône de Sémiramis ; au fond, la ville de Babylone.

Sémiramis ouvre la scène ; elle se livre à l'effroi que lui cause la voix menaçante de l'ombre de Ninus. Elle a fait consulter l'oracle d'Ammon : le Dieu a déclaré que les maux de la reine finiront quand elle apaisera l'ombre de Ninus en contractant un nouvel hyménée. Oroës, grand-prêtre de Belus, annonce à cette princesse que l'oracle ne tardera pas à s'accomplir. Assur paroît, et se montre surpris des alarmes auxquelles Sémiramis est livrée. Azéma vient annoncer l'arrivée d'Arsace, qui s'avance ensuite escorté de ses guerriers et du peuple. La présence de ce héros ramène le calme et la joie dans le cœur de la reine ; elle lui parle avec l'accent de la plus vive tendresse. Assur et Azéma découvrent déja qu'elle aime Arsace. Assur, furieux, songe à se venger, et veut engager Azéma à le seconder. Cette tendre amante est désespérée, mais elle est incapable de former un complot contre celui qu'elle aime, tout infidèle qu'elle le croit. Bientôt Arsace la détrompe ; il ne soupçonne pas que Sémiramis ait jeté les yeux sur lui, quand elle entre suivie des grands du royaume, des mages, du peuple et des guerriers. Serment d'obéir au nouveau roi que la reine va nommer, quel qu'il soit. Assur fait ce serment : Sémiramis nomme ce héros. Soudain l'éclair brille, le tonnerre gronde ; l'ombre de Ninus paroît, et demande vengeance à Arsace, en lui ordonnant de suivre les conseils d'Oroës. Sémiramis est en proie au trouble le plus cruel.

Au second acte, Arsace vient d'apprendre que Ninias, fils de Ninus et de Sémiramis, n'est pas mort ainsi qu'on le croyoit. Le grand-prêtre Oroës, suivi des mages, entre sur la scène. Oroés donne à Arsace l'épée de Ninus, lui met le diadême sur le front, lui fait lire le billet où Ninus mourant accuse son épouse et le traitre Assur de sa mort, et lui révèle qu'il est Ninias, fils de ce grand roi. Le jeune héros jure de venger son père sur l'indigne Assur. A cette scène succède celle de la reconnoissance entre Sémiramis et Ninias ; cette scène est presque mot-à-mot traduite de celle de Voltaire. Arsace sorti, Azéma vient apprendre à la reine qu'Assur s'est introduit dans le tombeau de Ninus, dans l'intention d'y attendre Ninias et de l'assassiner. Sémiramis entre dans le mausolée pour défendre son fils. Arsace y descend bientôt à son tour. Peu d'instans après, il revient avec son épée ensanglantée, et tourmenté de remords, quoique son cœur soit pur. Mais le grand-prêtre a fait saisir Assur qui paroît désarmé au milieu des gardes. Quelle est donc la victime que Ninias vient d'immoler ? C'est sa mère ; elle se traîne mourante au pied du tombeau. Douleur d'Arsace ; Sémiramis meurt en bénissant son fils, et l'unit à Azéma.

On voit que l'auteur italien doit tout à Voltaire ; son travail s'est borné à resserrer les événemens dans la mesure de deux actes.

Cet opéra a obtenu le plus grand succès. Les morceaux de la musique de Bianchi, qui ont été conservés, ont été fort applaudis, parce qu'ils avoient la couleur convenable au sujet. Les autres morceaux qui. selon l'usage établi, y ont été intercalés, ont été reconnus comme appartenant à Paëziello, à Mayer, à Farinelli, à Zingarelli, etc.

Une partie des chœurs semble avoir été composée pour les scènes nouvelles du poème, et se ressentent un peu de la manière de l'opéra français. L'on a remarqué qu'au second acte on a supprimé un air avec un beau chœur de Bianchi, dont l'effet a toujours été grand sur les théâtres d'Italie.... Il y a aussi dans le second acte de la partition de Bianchi un récitatif très-beau, dans le rôle de Sémiramis, et qui a été supprimé. C'est le moment où la reine de Babylone est agitée par le remords, et hésite à aller dans le tombeau, où le bras vengeur de la Divinité la pousse invisiblement. Ce récitatif, qui est très scénique, est accompagné par un chœur bien composé, et convenable à la situation.

Quant à l'exécution, les acteurs se sont distingués en rivalisant de talent et d'expression. Madame Festa a donné beaucoup de noblesse et de pathétique au rôle de Sémiramis : elle a eu de très beaux momens. Porto a chanté avec un talent remarquable le duo du second acte avec Crivelli. Ce duo est de Mayer. Le rôle du grand-prêtre a été bien rendu par Angrisani. Le rôle d'Azéma est peu de chose : il a été joué par Mademoiselle Gregori. Mais c'est principalement Crivelli qui a établi le grand succès de cet opéra. Il a chanté et joué d'une manière pleine de dignité, de verve et d'expression dramatique. Il a été très-applaudi dans les belles situations du premier acte et dans la scène la plus difficile du second, c'est-à-dire le moment où il fait lire à la reine l'écrit que lui a remis le grand-prêtre Oroës. Cet acteur est à la fois chanteur et tragédien. Cette réunion de talens contribuera sans doute beaucoup à naturaliser en France l'Opera seria des Italiens, et ce sera une nouvelle conquête pour les Français. Les costumes et les décorations sont de la plus grande beauté, et d'un effet très-pittoresque.

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