L'Héritière, ou les Champs & la cour

L'Héritière, ou les Champs & la cour, comédie en cinq actes et en vers, de M. Fabre d'Églantine, 9 novembre 1791.

Théâtre de la rue de Richelieu.

Titre incertain : l’Héritière, ou les champs et la cour / l’Héritière, ou les champs et la ville...

Titre :

Héritière (l’), ou les Champs et la cour

Genre

comédie

Nombre d'actes :

5

Vers / prose

en vers

Musique :

non

Date de création :

9 novembre 1791

Théâtre :

Théâtre de la rue de Richelieu

Auteur(s) des paroles :

M. Fabre d'Églantine

L’Esprit des journaux français et étrangers, 1792, volume 1 (janvier 1792), p. 337-340 :

[A la lecture de ce compte rendu, on peut hésiter entre l’impression que Fabre a été victime d’une cabale, le parterre étant animé de « dispositions hostiles », et le sentiment que la pièce n’est pas bonne : longueurs, intérêt insuffisant, dénouement « brusque & mal amené ». C’est à partir du quatrième acte que le public a commencé à manifester (une tirade contre l’hôtel des Invalides « a redoublé les murmures »). Pourtant la pièce n’est pas sans qualités : des caractères « bien soutenus », « des tirades agréables ». De plus, l’interprétation a été remarquable. La conclusion du compte rendu est plutôt sévère : Fabre d'Églantineest invité à « se défier de sa facilité » et à soigner le style de ses pièces : « il n’y a que le style qui fasse vivre les ouvrages ».]

Le mercredi 9 novembre, on a donné la premiere représentation de l'Héritiere ou les champs & la ville, comédie en cinq actes & en vers, de M. Fabre d'Eglantine.

Cette représentation a été fort orageuse : les dispositions hostiles étoient évidentes, & l'auteur a droit d'en appeller du parterre en tumulte au parterre attentif. On peut convenir qu'il y a des longueurs dans l'ouvrage, & que la base de l'intérêt n'est pas assez forte pour soutenir des développemens aussi multipliés ; mais les caracteres y sont bien soutenus, & l'on peut faire disparoître ce qui a nui au succès de la premiere représentation.

M. de Lussan, qui s'est enrichi au Mexique ; revient dans sa patrie après une longue absence ; il y retrouve son ami Monval & Sophie, sa fille, embellie de toutes les graces & de toutes les vertus, & digne de toute sa tendresse. Une marquise d'Alfort qui a flairé la succession, est venue s'établir dans la terre de Lussan, & a réussi à mettre de son parti Mélise, sa sœur, en faisant briller à ses yeux tout l'éclat de la cour. Son fils est avec elle ; c'est la copie de ces fats modernes, beaucoup plus ridicules que les anciens, parce qu'ils n'en ont point les graces, & dont la fatuité consiste dans un grasseyement enfantin qui contraste avec leur air capable. Germeuil, fils d'un officier invalide, & secrétaire de la marquise, n'a pu se défendre des charmes de Sophie ; mais il souffre dans le silence, & tout lui défend d'espérer. Hélene, femme-de-chambre de Sophie, a pénétré son secret, & est sa seule confidente.

Lussan ne voit pas de trop bon œil l'alliance projettée. Il presse sa fille de lui ouvrir son cœur ; elle hésite, & pour la mettre à son aise, son pere lui propose de l'instruire du choix qu'elle a fait. Sophie se conforme à cette idée, & remet à Hélene un billet pour Germeuil. Le marquis, qui a lieu de se croire aimé, survient, & prétend, avec assez de fondement, que le billet est pour lui. Lussan est désolé de ce choix & du malheur de perdre sa fille, qui va entrer dans un monde nouveau. La marquise triomphe, Mélise est en extase. On envoie chercher Sophie ; elle arrive, & son cœur est cruellement blessé du qui-pro-quo. Elle déclare à son pere que c'est à Germeuil qu'elle a adressé le billet. La marquise se retire, en cachant son dépit sous le masque de la hauteur, & Germeuil qui ignoroit son bonheur, & que ses amis ramenent, passe en un instant du désespoir au comble de l'ivresse.

Cette piece a été fort applaudie pendant les trois premiers actes. Dans le 4e., où l'intérêt doit aller en croissant, il a paru se ralentir. Le moyen employé par l'auteur, c'est-à-dire, le moment où Sophie force sa femme-de-chambre à lui révéler le secret de Germeuil, & cela d'un ton fort dur, a indisposé les spectateurs. Une tirade contre les abus de l'hôtel des invalides, a redoublé les murmures.

Des longueurs interminables ont achevé de fatiguer l'attention. Le dénouement a paru brusque & mal amené. On retrouve cependant dans cet ouvrage le cachet de l'auteur. Il y a des tirades agréables, mais encore beaucoup de négligences. Mlle. Lange a joué avec beaucoup d'intérêt le rôle de Sophie ; M. Monvel avec beaucoup d'ame celui du pere, & M. Sainclair a mérité des éloges dans celui de Germeuil. Mlle. Candeille a donné, à celui de la marquise, le caractere de noblesse & d'insinuation qui lui convenoit. M. Talma a saisi parfaitement toutes les nuances & tous les ridicules, soit pour le ton, soit pour le costume des merveilleux qui brillent dans les foyers ; & M. Michaut a rendu, avec un naturel charmant, la brusque & bonne franchise de Monval.

Ce succès moins heureux ne doit pas décourager l'auteur. C'est de tous nos écrivains celui qui paroît avoir la tête la plus dramatique. C'est en même tems le plus fécond, il est fait pour aller au grand. Mais il doit se défier de sa facilité, & sur-tout se souvenir qu'il n'y a que le style qui fasse vivre les ouvrages.

D’après la base César, le titre est L’Héritière, ou les Champs et la cour (et non pas la ville...). C’est ce titre qu’on retrouve dans le Mercure universel (le 9 novembre) et dans la Gazette nationale (les 6, 7, 9, 11 novembre, dans les annonces de spectacles). La pièce a eu 2 représentations seulement, les 9 et 11 novembre 1791.

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