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Jean de Paris (1812, Saint-Just)

Jean de Paris, opéra-comique en deux actes, de Saint-Just [Godard], musique de Boyeldieu, 4 avril 1812.

Théâtre de l'Opéra-Comique.

Titre :

Jean de Paris

Genre

opéra comique

Nombre d'actes :

2

Vers ou prose ?

en prose, avec des couplets en vers

Musique :

oui

Date de création :

4 avril 1812

Théâtre :

Théâtre de l’Opéra-Comique

Auteur(s) des paroles :

Saint-Just

Compositeur(s) :

Boïeldieu

Almanach des Muses 1813.

Sujet tiré d'un conte populaire portant le même titre, et déjà traité avec succès à la Porte-Saint-Martin ; conception faible qui rappelle un peu trop souvent le Calife de Bagdad ; dialogue vif et spirituel, musique charmante ; succès complet.

Sur la page de titre de la brochure, Paris, chez Vente, 1812 :

Jean de Paris, opéra en deux actes, paroles de M. Saint-Just, musique de M. Boieldieu ; Représenté, pour la première fois, sur le Théâtre Impérial de l'Opéra-Comique, par les comédiens ordinaires de Sa Majesté l'Empereur et Roi, le 4 avril 1812.

L’Esprit des journaux français et étrangers, tome V, mai 1812, p. 285-291 :

[L’article s’ouvre sur l'analyse du sujet, faite sur un ton mi-sérieux, mi-humoristique, ne ménageant guère le pauvre sénéchal et faisant preuve d’une grande indulgence envers le couple principal, dont on ne critiquera la précipitation que lorsqu’il s’agira de juger la pièce (et c’est moins la princesse qui sera blâmée que l’auteur, dont la pièce s’achève trop vite au goût du critique). Le jugement porté est d'abord très positif : plan simple, mais ce sont les détails et accessoires qui font la qualité de la pièce : « les détails sont fort amusans, le style très-gai, le personnage de Jean est d'un bon comique ; celui d'un sénéchal forme un contraste plaisant ». Quelques reproches toutefois : heureusement que la princesse est donnée comme veuve, sinon on ne peut imaginer qu’elle voyage seule, et surtout sa rapidité à se laisser courtiser ne peut s’expliquer que par la hâte de l’auteur de terminer sa pièce, qui est longue à se mettre en train : la rencontre de Jean et de la princesse a lieu dans l’avant-dernière scène de l’acte 2 (et dernier) : il aurait fallu un troisième acte pour permettre à la princesse de se ressaisir (avant de céder tout de même aux avances du beau jeune homme : le critique n’ose pas le préciser) : « l'honneur de son sexe et celui de son rang l'exigeaient également ». En fait, on peut reprocher à l’auteur d’avoir fait passer l’accessoire avant l’action principale, trop vite traitée. Pleine « de gaieté, de détails agréables, de mots piquants », elle a obtenu un succès flatteur. L’éloge fait de la musique de Boyeldieu, fraichement revenu de l'étranger et dont c’est la vraie rentrée parisienne est encore plus fort : sa musique n’a que des qualités : « l’élégance, la légèreté, le ton local, la conformité au sujet ». Plus encore, elle convient à tous les publics, les savants comme les moins avertis, « elle est d'une clarté parfaite, à portée de toutes les intelligences, et flatteuse pour toutes les oreilles ». Elle est ainsi la synthèse parfaite de tout ce que peut apporter à l’opéra-comique la connaissance de la musique italienne moderne (ne surtout pas oublier l’adjectif !). Tous les morceaux ont été applaudis, et le critique a bien du mal à trouver un élément un peu contestable (ce duo du 2e acte, un peu hors sujet. Sinon, tout est digne d’être retenu. On voit que Boyeldieu est considéré comme le maître de l’opéra-comique, à la fois œuvre musicale et œuvre théâtrale, ni une œuvre savante ni une œuvre trop facile (pas de « flon-flon gothique »). C’est un équilibre subtil que le critique veut ici mettre en avant, quand beaucoup d’opéras-comiques pèchent par un déséquilibre entre musique et livret (sans parler des opéra bouffes italiens, où la nullité du livret est presque la règle, et où seule la musique intéresse les connaisseurs).]

THÉATRE DE L'OPÉRA-COMIQUE.

Jean de Paris.

Passant de France en Espagne, Jean de Paris voyage avec un train magnifique, précédé d'une musique nombreuse, répandant l'or à pleines mains sur sa route : il arrive sur les frontières de la Navarre, et choisit pour descendre la seule hôtellerie qui soit sur la route. Quel est le dessein de ce Jean, se disant bourgeois de Paris ; mais en effet, de ce fils de Philippe de Valois, ce prince héréditaire de France qui depuis....., mais alors il était jeune et heureux : il se rend à la cour du roi de Navarre pour y demander la main de la belle princesse, sœur de ce roi, déjà veuve, et dont la main est désirée par tous les princes de l'Europe. Jean veut la connaître sans en être connu, et avant de se déclarer, savoir jusqu'à quel point la renommée a été fidèle dans l'adorable portrait qu'elle fait de la princesse.

Celle-ci voyage aussi de son côté ; son père la rappelle à sa cour pour la déterminer à choisir sou second époux; son grand sénéchal a retenu toute l'hôtellerie ; maïs à force d'or, Jean s'en est emparé, et voici le sénéchal de la princesse de Navarre aux prises avec un soi-disant bourgeois de Paris, voyageant comme jamais il n'est arrivé à aucun prince du temps.

Le sénéchal veut que le bourgeois cède la place, le bourgeois est entêté; il déclare qu'il restera, et pousse l'audace jusqu'à dire qu'il offrira à la princesse même de partager le repas dont il ordonne les apprêts : le sénéchal jette les hauts cris ; Jean l'invite lui-même à être de ce repas : au milieu de ce débat, la princesse arrive ; elle a été prévenue par la cour de France et par le roi son père, de la ruse du prince héréditaire, et elle le reconnaît précisément au déguisement qu'il a choisi pour garder l’incognito.

La princesse jette à peine les yeux sur le faux bourgeois de Paris, qu'elle trouve toute sa personne digne du rang auguste auquel il est appellé à monter un jour : décidée dés-lors à agréer un tel hommage, elle ne veut plus que prolonger la situation et rendre épreuve pour épreuve, elle accepte donc sans façon, dit-elle, l'invitation polie du bourgeois, et s'assied, en effet, à une table magnifiquement servie ; des danses, et une musique charmante embellissent le repas. La princesse feint de s'étonner de tant de magnificence ; à la cour de son pèredit-elle, elle serait servie avec moins d'éclat ; ses remercîmens engagent un entretien dans lequel la galanterie du prince héréditaire lui fait un peu trahir son incognito ; la princesse s'amuse de son embarras, se venge en allarmant sa jalousie, la calme ensuite par le plus tendre aveu ; et lorsque le sénéchal revient annoncer que la princesse peut se remettre en voyage, il trouve à ses pieds le bourgeois de Paris, qu'elle nomme son époux.

Tel est en substance le plan de l'ouvrage nouveau, donné à l'opéra-comique avec le plus grand succès ; nous n'indiquons que le dessein de ce plan ; on voit qu'il est fort simple, et que tout l'agrément qu'il peut offrir existe dans les développemens donnés au sujet, dans les détails, les moyens de préparation, les rôles accessoires, les détails sont fort amusans, le style très-gai, le personnage de Jean est d'un bon comique ; celui d'un sénéchal forme un contraste plaisant, c'est une figure grotesque placée à côté d'une très-belle figure, et qui fait ressortir tous les avantages de celle-ci.

Il y aurait cependant bien quelques doutes à soumettre à l'auteur, s'il n'eût gardé l'anonyme, et s'il n'eût interdit à la critique le droit de le comparer à lui-même ; par exemple, il a fait la princesse de Navarre veuve, et c'est très-sage à lui, car la manière de voyager de cette princesse, et sur-tout d'accueillir les voyageurs qui se présentent à elle, n'appartient qu'à cet état ; cependant toute veuve qu'elle est, et quelque séduisant que l'on puisse supposer Jean de Paris, il semble que la princesse lui laisse désirer son aveu bien peu de temps : si elle était de la condition qu'affecte Jean de Paris, on dirait d'elle, bourgeoisement, qu'elle se jette à sa tête ; le premier acte, en effet, est tout en préparation ; la moitié du second n'engage pas l'action davantage ; cette action ne commence réellement qu'à la scène où Jean et la princesse restent seuls, et cette scène est l'avant-dernière de l'ouvrage. On sent que l'ouvrage tourne trop court, on eût désiré plus de développemens, un troisième acte était nécessaire : la princesse devait ressaisir, dans cet acte, tous les avantages qu'elle a laissé prendre sur elle au second ; l'honneur de son sexe et celui de son rang l'exigeaient également.

Quelques critiques de détail pourraient ici trouver leur place ; mais la principale consiste à dire que les accessoires l'emportent trop dans l'ouvrage sur le principal ; qu'après avoir abordé fort gaiement son sujet, l'auteur a négligé d'en traiter la partie difficile, et qu'on est surpris autant que fâché de voir la pièce finie, au moment où, à proprement parler, elle commence. Mais ce qu'elle offre de gaieté, de détails agréables, de mots piquans, dédommage bien de l’irrégularité des proportions. Si l'auteur eût voulu tirer de son sujet tout le parti qui semblait s'offrir à un esprit tel que le sien, il aurait fait trop de jaloux de son succès, et celui qu'il a mérité est déjà trés-flatteur.

Depuis son retour à Paris, M. Boyeldieu n'avait fait entendre qu'un petit opéra composé, je crois, chez l'étranger, pour une cantatrice française très-habile. Il devait faire une rentrée plus brillante au théâtre qu'il a déjà enrichi d'ouvrages charmans, et il ne pouvait mieux réussir qu'en plaçant la partition de Jean de Paris à la suite de celles du Calife de Bagdad, de Zoraïme et de ma Tante Aurore.

L'élégance, la légèreté, le ton local, la conformité au sujet paraissent être les caractères distinctifs de cette composition vraiment distinguée : elle est d'une clarté parfaite, à portée de toutes les intelligences, et flatteuse pour toutes les oreilles. Elle nous semble un heureux exemple de la mesure, suivant laquelle un goût délicat permet l'application du style de l'école italienne moderne à la scène de l'opéra-comique français.

Il n'est aucun morceau qui n'ait été applaudi vivement ; mais nous citerons particulièrement le premier air du page, dont le Sei Morelli de Cimarosa a pu donner l'idée ; le duo entre le même page et Jean de Paris, duo remarquable par un mélange heureux d'énergie et de délicatesse ; l'air du Sénéchal, et tout le final du premier acte, dont la coupe décèle un homme exercé à étudier les maîtres italiens.

Le premier duo du 2e. acte est hors hors d'œuvre ; il atténue le contraste que le compositeur s'est proposé dans la scène du festin, où ce même contraste est bien plus naturellement placé : l'air d'Elleviou, qui suit, mérite aussi le reproche d'être peu en situation ; on y remarque le motif d'un rondo charmant, mais le sujet est encore, comme au premier acte, l'honneur et la chevalerie, et dans cet instant, il était temps qu'il ne fût plus question que de la princesse. La romance du banquet fera fortune, même en la détachant du morceau piquant qui la suit : le duo de là conversation termine l'œuvre à merveille, c'est une production pleine de délicatesse et de charme ; le dialogue en est extrêmement naturel, et, le chant très-heureux.

M. Boyeldieu vient de prouver, de nouveau, qu'il connaît et apprécie bien ce que lui permet,. ce que lui défend le genre qu'il traite, ce qu’il doit aux oreilles musicales, ce qu'il doit aussi à la vérité dramatique ; il n'a pas écrit un ouvrage dédié aux seuls amis de la science, mais il n'a pas non plus sacrifié les ressources les plus aimables de son art, au goût de ceux qui voient les limites de cet art dans un flon-flon gothique, ou dans un vaudeville suranné. M. Boyeldieu a fait un véritable opéra comique ; un œuvre riche, complet et agréable à-la-fois. En sortant, on répétait déjà ses plus jolis motifs ; sorte de succès qui ne devrait pas être dédaigné puisqu'il est si rarement obtenu.

S......          

Jean de Paris a eu les honneurs de la parodie avec Jean de Passy.

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