Penelope

Penelope, opéra seria en deux actes, livret italien de Giuseppe Maria Diodati, musique de Cimarosa, 10 mai 1815

Théâtre de l’Impératrice.

Titre :

Penelope

Genre

opera seria

Nombre d'actes :

2

Vers / prose ?

en vers

Musique :

oui

Date de création :

10 mai 1815

Théâtre :

Théâtre de l’Impératrice

Auteur(s) des paroles :

Giuseppe Maria Diodati

Compositeur(s) :

Cimarosa

La première de cet opéra a eu lieu au Teatro del Fondo de Naples, le 26 décembre 1794. L’article que lui consacre le Wikipedia italien donne comme nom du librettiste Giuseppe Maria Diodati.

Journal de l’Empire, 13 mai 1815, p. 4 :

[Pendant les Cent-Jours, le Journal des débats politiques et littéraires a repris le titre de Journal de l’Empire, abandonné en 1814.]

THEATRE DE L’IMPERATRICE.

Première représentation de Pénélope, opéra séria en deux actes, musique de Cimarosa.

Le début de Mlle Humbert m’a empêché de voir cette première représentation. Je rendrai compte de la seconde ; mais je puis annoncer avec certitude que cet opéra a eu le plus grand succès, et que Crivelli surtout s’y est surpassé.

Journal de l’Empire, 22 mai 1815, p. 3-4 :

[Le compte rendu promis le 13 mai paraît le 22 mai, mais on est à un moment où les feuilletons laissent souvent la place à la politique dans le Journal de l’Empire. Il commence par une profession de foi : devant la pauvreté des livrets d’opéras italiens, le critique ne parlera désormais plus que de la musique et de son interprétation, décision mise en œuvre dès cet article qui présente de ce fait une structure étonnante une suite de paragraphes sur les différents morceaux remarqués, l’ouverture, remarquée, puis une série d’airs évalués pour eux-mêmes, avec une exception notable, celle d’un air qui n’a pas été chanté, ce qui permet une critique un rien ironique sur une pratique tout de même contestable. Le trio final de l’acte I est celui qui s’attire les remarques les plus acerbes : les actions et les propos des personnages sont invraisemblables, et la musique qu’on plaque dessus ne peut répondre aux critères d’une musique d’opéra, qui est d’être « imitative et théâtrale » pour être belle. Le jugement global porté sur la musique est positif : « un des plus beaux ouvrages que l'administration de l’Odéon ait transplantés parmi nous ». Tant les airs de Cimarsa que les chœurs de Paër qu’on y a ajoutés (pratique qui ne choque pas le critique) sont d’une « noble et majestueuse simplicité ». Les interprètes ne sont pas tout à fait au niveau de la grandeur tragique de l’opéra, car ils sont plus à l’aise dans l’opéra buffa, leur domaine habituel. Mais certains sont tout de même bien jugés, et la tonalité d’ensemble est positive : « En général, tous les rôles sont bien chantés, et c’est une des pièces où il y a le plus d’ensemble », deux appréciations que le critique ne porte pas si souvent aux spectacles qu’il présente. Un dernier paragraphe exprime l’espoir de voir le théâtre de l’Odéon continuer sa résurrection, avec les nouveaux talents qu’il embauche et la promesse d’un nouvel opéra « qui passe pour le chef-d'œuvre de M. Paër.]

Pénélope, opéra séria en deux actes, musique de Cimarosa.

Puisqu’il est convenu que les opéras modernes de l’Italie ne doivent avoir rien de commun avec ceux de Zeno et de Métastase, je passerai dorénavant condamnation sur les paroles des opéras dont je rendrai compte, et mon jugement ne portera désormais que sur la musique et sur la manière dont elle aura été exécutée.

L’ouverture est une belle symphonie, d’un effet large et harmonieux; elle peint à grands traits les agitations dont la cour d’Ithaque est le théâtre, les inquiétudes de Pénélope, les fureurs d’Evenor, l’un de ses principaux prétendants, les menaces et la vengeance d’Ulysse : un solo de cor y a été habilement ménagé, comme pour exprimer les soupirs de l’épouse fidèle qui invoque le retour de son époux.

Le premier air de Pénélope, Va non ti temo, o barbaro ! m’a paru d’une facture commune, et Mme Morandiauroit pu mettre plus de dignité dans ce passage dont l’expression lui étoit dictée par le sens : D’une Regina il core giammai non hz.

Le débarquement d’Ulysse s’annonce par une cavatine dont M. Paër est l’auteur, et qui ne forme aucune disparate avec la musique de Cimarosa. L’air Voi ch’ alle patrie sponde est aussi bien chanté par Crivelli qu’il a été heureusement conçu par le compositeur.

On m’avoit beaucoup vanté celui d’Evenor, Agitato dal furore : mais Porto a jugé à propos de le passer à la seconde représentation. C’est une licence assez fréquente aujourd’hui dans tous les théâtres chantans, et je ne sais point de remède, puisque le public, les administrateurs et l’autorité proissent s’entendre pour la tolérer. J’en ai vu bien d’autres au théâtre Feydeau.

L’air de Télémaque, Ah ! serena, o madre, il ciglio, respire l’innocence de la jeunesse, et la vivacité de la piété filiale.

Le trio qui compose le finale du premier acte est bien, et seroit mieux encore, s’il étoit placé plus convenablement. Pénélope accourt au moment où Télémaque, méconnoissant Ulysse, va le percer de son épée : Arrête, s’écrie-t-elle, tu égorges ton père! » Télémaque, au lieu de vler dans les bras d’Ulysse, s’amuse à commencer son trio ; Pénélope et Ulysse exécutent tranquillement la reprise : j’ignore comme il est possible de faire une musique vraiment belle, une musique imitative et théâtrale sur une situation dans laquelle aucun des personnages ne fait ce qu’il doit faire, et ne dit pas ce qu’il doit dire.

Les plus beaux morceaux du second acte sont l’air de Pénélope: Nel moi core appaga; la cavatine d’Ulysse, Smarrita quest’ alma; l’air de Télémaque, Ah! per noi la bella Aurora; le chœur, Viva l’eroe benefico, et le chœur général qui termine la pièce.

Considérée sous le rapport de la musique, la Pénélope me paroît un des plus beaux ouvrages que l'administration de l’Odéon ait transplantés parmi nous. Le génie de Cimarosa y brille dans sa noble et majestueuse simplicité, et les chœurs que M. Paër y a ajoutés n’auroient pas été désavoués par le principal compositeur.

Le seul reproche qu’on puisse adresser aux acteurs, c’est qu’habitués au ton et aux manières de l’opera buffa, ils ont de la peine à se monter à la dignité du cothurne. Mme Morandi, si agréable dans la Meunière, porte avec quelque embarras le manteau royal ; la même réflexion s’applique avec plus de justesse encore, à Porto, qui n’est pas même assez sérieux et assez grave dans le villageois de la Griselda. Mme Mainvielle est un très joli Télémaque, et Crivelli ne laisse rien à désirer dans le rôle d’Ulysse. En général, tous les rôles sont bien chantés, et c’est une des pièces où il y a le plus d’ensemble.

L’administration, dégagée des craintes et des entraves qu’on lui avoit imposées, vient d’ajouter aux talens qu’elle possède déjà, d’autres talens non moins précieux, dont le public jouira sous très peu de temps. Un nouveau tenor arrive d’Italie, et doit débuter incessamment. Mme Camporesi, première chanteuse des concerts de S. M., est également engagée à ce théâtre : elle joint à une très belle voix une excellente méthode ; elle paroîtra pour la première fois dans l’opéra d’Achille, qui passe pour le chef-d'œuvre de M. Paër. Ce début fera attendre plus patiemment la représentation de la Jeunesse de Henri V.

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