Les Pêcheurs danois

Les Pêcheurs danois, vaudeville historique en un acte, de MM. Théaulon et Armand Dartois, 3 février 1810.

Théâtre du Vaudeville.

Titre :

Pêcheurs danois (les)

Genre

vaudeville historique

Nombre d'actes :

1

Vers ou prose ?

en prose, avec des couplets en vers

Musique :

vaudevilles

Date de création :

3 février 1810

Théâtre :

Théâtre du Vaudeville

Auteur(s) des paroles :

Théaulon et Armand Dartois

Almanach des Muses 1811.

Sur la page de titre de la brochure, Paris, chez Martinet, 1810 :

Les Pêcheurs danois, vaudeville historique en un acte, Par MM. Théaulon et Armand Dartois.

Le partage d'une couronne
A toujours de tristes effets.
Plusieurs rois surchargent un trône,
Qui s'écroule sur leurs sujets.

      Scène première de la pièce.

Représenté pour la première fois à Paris, sur le Théâtre du Vaudeville, le 3 février 1810.

Mercure de France, journal littéraire et politique, tome quarantième, n° CCCCXLVII, samedi 10 Février 1810, p. 370 :

[De l'importance de faire jouer sa pièce dans le théâtre qui lui convient : ce qui échoue au Vaudeville a peut-être sa place sur le boulevard...]

Théâtre du Vaudeville. Les Pêcheurs Danois, vaudeville historique en un acte, de MM. Théaulon et Dartois.

Un niais, un enfant qui parle mieux que les grands niais qui l'écoulent, une noce de village, une ronde, que dis-je ? deux rondes, des pécheurs, des soldats, des barques et la mer en perspective, des paysans qui raisonnent sur le bonheur, un roi de Danemarck déguisé, qui fait danser des paysans et qui fuit les persécutions d'un usurpateur : voilà l'analyse exacte du vaudeville nouveau. Qui le croirait ? un ouvrage qui contient d'aussi belles choses, a été froidement accueilli ; mais aussi pourquoi les auteurs ne l'ont-ils pas fait représenter sur un des théâtres du boulevard ? il y aurait pu rivaliser le succès des Mines de Pologne, des Pêcheurs Catalans, de la Tête de Bronze, et peut-être de Jean de Calais, tandis qu'au Théâtre, du Vaudeville son mérite n'est pas apprécié.

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, année 1810, tome I (janvier 1810), p. 379 :

THÉÂTRE DU VAUDEVILLE.

Les Pêcheurs Danois, vaudeville historique en un acte, joué le 3 février.

Waldémar, l'un des trois rois qui se partagèrent le Danemarck, vient d'échapper à la fureur de Suénon qui a voulu le faire. assassiner, afin de régner seul ; il parcourt la Fionie déguisé en musicien, et cherchant les moyens de passer dans le Jutland pour y rejoindre son armée ;. accueilli par des pêcheurs qui se préparent à marier leurs enfans, il les fait danser en présence de ceux mêmes que Suénon a envoyés à sa poursuite ; et prêt à voir combler ses vœux, il est à la fois trahi par l'étourderie d'un enfant de 15 ans, et sauvé par la générosité d'un jeune pêcheur qui se laisse emmener à sa place, et par la bravoure d'un de ses officiers qui vient d'armer les provinces en sa faveur.

On n'a trouvé dans les situations qu'une réminiscence des mille et un mélodrames qui font fortune au boulevart; mais qui ne peuvent la faire que là. Les auteurs sont MM. Theaulon et Dartois.

Voici un couplet qu'on a fait répéter.

Esbern, vieux pêcheur, ne veut point consentir à laisser le roi s'exposer seul sur une barque.

Aîr : Le magistrat irréprochable.

Au gré d'une mer infidelle,
Sans pilote pour vous guider,
Sur une fragile nacelle,
Seul, vous voulez vous hasarder!

Waldemar

Ne crains pas qu'au hasard je flotte,
Bon vieillard, calme ton effroi ;
La Providence est un pilote
Qui connoit la mer mieux que toi.

L’Esprit des journaux français et étrangers, tome IV, avril 1810, 278-284 :

[On a essayé de faire croire qu’on avait affaire à « un vaudeville historique », et le critique fait semblant d’y croire, signalant simplement son incompétence en histoire danoise. Et il fait semblant de résumer une intrigue qu’il prend en fait plaisir à ridiculiser : c’est un tissu de clichés qui sont le propre du mélodrame, mais un mélodrame qui ne dit pas son nom. Le critique multiplie les marques d’ironie et se moque ouvertement d’un enchaînement très dense d’incidents vus dans tous les mélodrames. Arrivé au dénouement, il feint de regretter que la pièce n’ait pas trois actes comme les vrais les mélodrames, mais un seul, et que le dénouement soit si rapide (et si arbitraire). Pas de signe de mécontentement dans le public, qui a même écouté sans broncher le vaudeville. Les auteurs ont été nommés : ce sont des gens d’expérience, et on attend qu’ils fassent mieux, en écrivant de vrais vaudevilles, car le leur n’est qu’un mélodrame manqué, puisqu’il y manque les vrais ingrédients de ce genre, « des combats, des ballets, des brigands, des changemens de décoration à vue », et que le Théâtre du Vaudeville, « le conservateur de la bonne gaieté française », est au-dessus de ces moyens indignes de lui.]

Les Pêcheurs Danois.

L'affiche annonçait cette nouveauté comme un vaudeville historique : nous ne lui contesterons pas l'épithète, quoique nous ne soyons point assez versés dans l'histoire du Danemarck pour la confirmer. Mais quant au titre de vaudeville, il est évidemment trop modeste. La première scène d'exposition nous apprend, en effet, que trois princes, qui apparemment avaient des droits égaux au royaume de Danemarck, en ont partagé les provinces ; que Suénon doit régner en Scanie, Waldemar en Fionie et en Zélande, et Canut dans le Jutland. On nous apprend encore que Suénon, sous prétexte de solemniser ce traité de partage, a invité ses concurrens à une fête, que pendant cette fête il a fait venir des gens armés pour s'emparer d'eux, mais que Waldemar a eu le bonheur d'échapper à cet indigne piège. C'est de nuit et sur le bord de la mer qu'on nous fait le récit de ces grands événemens ; c'est Waldemar lui-même qui les raconte à son confident, le fidèle Hérald. Tout cela n'annonce-t-il pas pour le moins une tragédie ? Et n'est-il pas même permis de croire que les auteurs auraient pu s'approprier jusqu'au titre de mélodrame, pour peu qu'il eût flatté leur ambition ? Rien ne l'aurait démenti dans les scènes suivantes. Le roi et son écuyer se retirent, selon l'usage, après leur récit, l'un pour se cacher, l'autre pour se rendre à Assens, petite ville voisine, où il espère rassembler assez de partisans de l'infortuné monarque pour le faire passer en Jutland. Aussitôt la scène est occupée par une noce, conduite encore, selon l'usage, par une espèce de niais. On chante et l'on danse; puis l'on s'en va, puis on revient; puis un petit espiègle, frère du marié, vient annoncer qu'il a rencontré sur le rivage un homme mourant de faim et de lassitude, que cet homme est un musicien et qu'il l'a invité à la noce. On se doute bien que le prétendu musicien n'est autre que Waldemar. On veut qu'il joue et qu'il chante une ronde sur son cistre, mais il est plus pressé de manger que de chanter. Cependant tandis qu'on lui prépare à déjeûner, des soldats arrivent, et il se décide, pour les mieux tromper, à faire son métier de musicien. On le fait monter sur une table ; on chante et l'on danse de nouveau ; puis les soldats, qui se sont emparés du déjeûner du musicien, consentent à l'admettre à leur table. Le danger est pressant ; gare la reconnaissance ! heureusement elle n'a pas lieu, et les soldats se contentent de défendre aux pêcheurs de passer personne en Jutland jusqu'à nouvel ordre.

Après leur départ, Waldemar prie le chef des pêcheurs de faire retirer la noce, afin de le sonder en particulier, de se découvrir à lui et de réclamer son secours. Le vieux pêcheur reçoit on ne peut mieux la confidence ; il parle fort bien de la Providence, Waldemar en parle aussi ; seulement ils oublient tous les deux de faire une prière à genoux comme à l'Ambigu-Comique. Ils délibèrent ensuite sur le moyen de sauver le roi; ils conviennent qu'il ne serait pas sûr de partir de jour à cause des bâtimens gardes-côtes, mais qu'il n'y aura rien de plus facile que de passer le prince en Jutland dès qu'il fera nuit. En attendant, le vieux pêcheur fait cacher Waldemar dans la cabane de son futur gendre.

Tout va donc fort bien; mais on sait que, dans un mélodrame, on ne doit pas avoir un moment de tranquillité, même pendant les ballets. Nos auteurs n'ont pas négligé cette règle essentielle. La conversation du roi et du pêcheur a été écoutée, toujours selon l'usage ; mais ce qui empêche l'imitation d'être trop servile, c'est que le curieux qui a surpris les secrets de Waldemar n'est pas le niais qui menait la danse, mais bien le petit espiègle dont nous avons déjà parié : nous laisserons aux tragiques des boulevarts le soin d'examiner jusqu'à quel point cette innovation est méritoire. En analysant ces sortes d'ouvrages, comme en les voyant, on n'a pas le temps de réfléchir, tant les incidens se pressent ! En voici un, par exemple, auquel on ne s'attendait pas. Le nouveau marié arrive tout effaré auprès de son beau-père, lui raconte que Waldemar a été tué et qu'on cherche par-tout son meurtrier qui trompe la loyauté des Danois, en implorant leur compassion sous le nom de Waldemar lui-même. Il y avait là de quoi inspirer quelques doutes au vieux pécheur sur le fugitif auquel il vient d'accorder un asyle ; mais il se croit trop bon physionomiste pour s'être laissé tromper ; il communique sa confiance au jeune homme qui ne demande plus qu'à sauver son roi, et dont la générosité est aussitôt mise à l'épreuve. L'indiscrétion du petit espiègle a produit son effet. Tout le monde sait que le prétendu musicien s'est donné pour le roi de Zélande et Fionie, et les soldats se présentent pour l'arrêter. Le jeune pêcheur n'hésite pas ; il entre dans sa cabane, reparaît presque aussitôt couvert du manteau et du chapeau de Waldemar, et se livre aux soldats qui le cherchent. Peut-être ne sera-t-il pas inutile d'observer ici qu'une action aussi magnanime n'a fait qu'une très-légère impression sur le public. Tel est le privilège du mélodrame ; les beaux traits y sont toujours si peu motivés, si peu développés, qu'ils glissent en quelque sorte sur l'ame des spectateurs, et l'on doit s'en féliciter, car ces traits sont toujours si multipliés qu'on n'en saurait soutenir l'assaut avec un cœur un peu sensible, s'ils n'étaient aussi heureusement émoussés. On aurait peut-être alors la faiblesse d'y pleurer tout comme à une tragédie.

Mais revenons à notre sujet. Les soldats s'étant éloignés de nouveau, Waldemar reparaît, mais sans savoir ce qui vient de se passer, car il dormait profondément lorsque son libérateur l'a dépouillé pour sauver sa vie. Le récit qu'on en fait lui prouve qu'il n'y a pas un moment à perdre. Les pécheurs font avancer une barque, il se retourne pour s'en approcher...., et se trouve pour la troisième fois environné de satellites.

C'est ici que nos lecteurs vont sûrement regretter avec nous que les auteurs n'aient pas traité pour le théâtre de la Gaieté un sujet aussi sérieux et aussi tragique. Voilà sans doute un premier acte de mélodrame on ne peut mieux conditionné ; et pour épuiser le sujet, il en faudrait au moins deux autres. Le niais n'a encore eu qu'une ou deux scènes ; le tyran Suénon n'a même pas paru ; la décoration n'a point été changée.... Mais comment profiter de tant d'avantages précieux dans un petit acte de vaudeville ? Le plus pressé était de finir, et les auteurs se sont acquittés de ce devoir avec une promptitude merveilleuse. Au moment où Waldemar s'écrie : Je suis entouré ! son confident se montre et lui répond : de vos sujets. En effet, tout s'est arrangé pendant la sommeil de ce bon prince. Suénon est retourné en Scanie ; le brave Hérald a fait reconnaître Waldemar des habitans d'Assens. Il n'a plus qu'à récompenser les pêcheurs qui l'ont accueilli, à doter les jeunes gens dont il a retardé le mariage, et à reprendra le gouvernement de ses états.

Le public a trouvé ce dénouement un peu brusque ; mais il s'est contenté d'en rire ; il n'a donné aucun signe de mécontentement pendant la pièce, et a même écouté fort tranquillement le vaudeville final où MM. les pêcheurs, après avoir pris la vérité et le bonheur dans leurs filets, manifestent l'intention d'y prendre aussi le parterre.

Nous doutons qu'ils y réussissent, quoique les auteurs aient été demandés et nommés ; ce sont MM. Tholon et Dartois à qui ce théâtre doit des ouvrages plus agréables. Il ne tiendra qu'à eux sans doute d'en faire d'autres, pourvu qu'ils ne tentent plus d'excursions dans le domaine du mélodrame. On ne peut l'exploiter avantageusement qu'avec des combats, des ballets, des brigands, des changemens de décoration à vue, et ce sont là des moyens indignes d'un théâtre qui doit sa gloire et ses succès au bon esprit qu'il a eu de se constituer le conservateur de la bonne gaieté française.                G.

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