La Revanche

La Revanche, comédie en trois actes, en prose, de François Roger et Augustin Creuzé de Lesser ; 15 juillet 1809.

Théâtre Français.

Titre :

Revanche (la)

Genre

comédie

Nombre d'actes :

3

Vers ou prose ?

en prose

Musique :

non

Date de création :

15 juillet 1809

Théâtre :

Théâtre Français

Auteur(s) des paroles :

François Roger et Augustin Creuzé de Lesser

Almanach des Muses 1810.

Le comte Sigismond de Lovinski s'est retiré avec sa fille, loin des grandeurs et des intrigues de la cour ; mais le jeune roi de Pologne Bolestas, tourmenté du désir de se faire aimer de la belle Eliska, se déguise et vient le trouver sous le nom d'un simple chevalier. Il devient éperdument amoureux d'Eliska ; Sigismond s'en apperçoit, et veut le congédier ; mais son écuyer lui apprend que c'est un grand seigneur ; et Sigismond, le prenant pour le duc de Kalitz, le garde chez lui. Boleslas ne cherche pas à détromper Sigismond. Cependant le duc de Kalitz était l'époux destiné à Eliska ; il arrive, et malheureusement il trouve un rival. Il se décide alors à prendre le nom du roi, comme le roi a pris le sien. Le roi se prête à la plaisanterie ; Sigismond, qui a promis sa fille à un duc, croit pouvoir manquer à sa parole en faveur d'un roi. Les deux rivaux se disputent avec courtoisie le cœur de leur belle ; mais le duc s'apperçoit que le roi est aimé, et abdique fort plaisamment la royauté en faveur de son rival. Boleslas, reconnu pour roi, fait sa maîtresse reine de Pologne, le duc capitaine de ses gardes, et Sigismond premier gentilhomme de sa chambre.

Sujet déjà mis plusieurs fois sur la scène française. Situations amenées avec beaucoup d'art ; dialogue vit et semé de traits piquants. Succès complet.

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, chez Vente, août 1809 :

La Revanche, comédie en trois actes, et en prose,, par MM. ***. Représentée, pour la première fois, sur le Théâtre Français, Par les Comédiens ordinaires de S. M. l'Empereur et Roi, le 15 juillet 1809.

Par pari referre non est injuria.

Sur la page de titre de la brochure de la « nouvelle édition », Paris, 1817 :

La Revanche, comédie en trois actes, et en prose,, par MM. Roger et Creuzé de Lessert ; représentée, pour la première fois, sur le Théâtre Français, Par les Comédiens ordinaires du Roi, le 15 juillet 1809. Nouvelle édition, seule conforme à la représentation.

Par pari referre non est injuria.

La mention des « Comédiens ordinaires du Roi » s'explique par la date d'édition de la brochure, 1817...

Une autre édition est présente sur Internet, celle réalisée en 1831, dans la collection du Théâtre français à Berlin (la Revanche y porte ne numéro 74).

L'Esprit des journaux français et étrangers, année 1809, tome IX (septembre 1809), p. 279-286 :

[La Revanche ne contient aucune idée d'hostilité : non pas une « revanche forcée », mais une revanche spirituelle, « donnée de bonne grace », et pas trop invraisemblable (mais un peu quand même). Après avoir promu la loi du talion, « la plus juste » des peines qu’on peut faire subir, le critique entreprend le traditionnel résumé de l’intrigue, avant de montrer combien la pièce n’est pas neuve, en donnant toute une liste de pièces ayant fourni des éléments à la pièce nouvelle. Mais ces emprunts sont bien employés, les bons mots volés sont mis dans le contexte qui leur convient. L’auteur sait tenir l’équilibre entre « piquant de la scène » et convenance (« que le roi ne soit jamais blessé, et son courtisan jamais avili »). Ce genre d’ouvrages a besoin pour réussir « d’être joués avec toute l'élégance, toute la facilité, et toutes les petites finesses de l'art », et c’est ce qu’on su faire les acteurs du Théâtre Français. Ce qui permet de présager que le succès sera durable. Bien sûr, on a fait « à l’auteur quelques critiques » : le choix de l’époque des croisades, qu’on ne retrouve guère dans le style, sans doute trop policé pour cette rude époque ; et bien sûr aussi, des longueurs, des scènes un peu vides, mais elles pourront être corrigées. L’auteur ne s’est pas fait connaître : le critique cherche à expliquer cette modestie peut-être plus apparente que réelle.]

Théâtre Français.

La Revanche, comédie en trois actes et en prose.

Cette pièce qui, en ce moment jouit d'un succès brillant au Théâtre-Français, n'est pas une Revanche forcée, comme celle comique et piquante que l'un de nos plus aimables littérateurs, M. Deschamps, donna au Vaudeville, dans un temps où ce genre tout-à-fait français était constamment traité dans son véritable esprit et n'avait subi aucune altération. La Revanche dont il s'agit est demandée d'une manière fort spirituelle et donnée de très-bonne grace ; l'idée est vive sans trop d'invraisemblance, elle s'exécute avec art, avec délicatesse et avec ce tact très-fin des convenances qu'il y fallait garder. Cette dernière condition était ici de rigueur ; c'est sur un roi que s'exerce la revanche ; on conçoit qu'il faut quelque précaution à bien choisir son temps et son lieu pour la prendre, et un moyen d'adresse dans les moyens, et de délicatesse dans les expressions pour se faire pardonner de l'avoir prise.

Toute revanche suppose une partie déjà gagnée, ou un tour joué qu'il faut payer par un autre, en même monnaie s'il est possible. La peine du talion est une des meilleures qu'on puisse faire subir, elle est la plus juste : cette arme est la moins récusable, puisqu'elle est la plus égale ; ici par exemple elle est heureusement employée : un jeune roi, auquel on peut supposer toutes les vertus de Scipion, moins une, voyage incognito, devient amoureux, et pour savoir s'il est aimé pour lui-même se cache sous l'habit d'un simple chevalier, puis bientôt prend le nom d'un des grands de sa cour; celui-ci que le même motif conduit, voyant le roi installé sous son nom, prend le nom du roi, et soutient l'épreuve en demandant pardon, comme le Suisse au chevalier de Grammont de la liberté grande ; il met un moment l'entreprise du roi en péril, allarme son amour, inquiète son amour-propre, ne fait juste que ce qu'il faut pour n'être pas préféré, et assure le succès de son maître sans trop compromettre son propre honneur : le roi trouve le moyen fort original, en rit le premier, soutient la gageure et la gagne. Voilà ce qu'on ne voit guères dans telle cour que ce soit, mais ce qu'il est agréable, piquant et gai de voir à la comédie.

Ce sujet n'est pas d'invention ; il appartient à la scène italienne, mine féconde que le goût peut exploiter utilement, que le génie même n'a pas dédaigné, et qui a fourni d'excellens canevas comiques. Dans l'auteur italien, le sujet était traité d'une manière assez grave. Notre auteur, en se l'appropriant, l'a adopté à notre scène d'une toute autre manière ; fort heureusement il n'a eu recours qu'à des moyens comiques : sa pièce est extrêmement amusante ; il a un peu chassé sur les domaines de l'auteur de Henri V ; les Châteaux en Espagne ne lui ont pas été inutiles : on salue dans son ouvrage quelques personnes dont on a remarqué la physionomie ou certains traits dans les Châteaux en Espagne, les Projets de mariage, Amphytrion, le premier Venu, les Effets de la Faveur, les Ricochets, les Marionnettes ; mais le tout est si bien lié, si bien adapté, et les matériaux, choisis comme on voit, dans des mines assez abondantes sont si bien employés, que le tout semble appartenir en propre à l'auteur : c'est un habile metteur en œuvre ; enchassé par lui, plus d'un faux brillant a paru une pierre précieuse ; plus d'un mot a paru piquant, parce qu'il l'avait bien mis à sa place. Ce n'est pas là, si l'on veut, un don de l'imagination ; c'est plus rare peut être ; c'est le résultat de l'observation, le fruit de l'expérience, c'est plus encore, c'est le secret du talent ; dire juste ce que la situation et le rôle commandent, ce que le piquant de la scène permet, en même temps que ce que la convenance ordonne ; faire si bien que le roi ne soit jamais blessé, et son courtisan jamais avili, que le roi donne noblement la revanche, et que cette revanche soit si heureusement prise que le roi gagne une seconde fois ; c'est dans un tel sujet réunir tout ce qu'il est possible de désirer d'art, d'esprit et de connaissance de la scène.

Un avantage inappréciable pour des ouvrages de ce genre, et indispensable tout-à-la fois, c'est d'être joués avec toute l'élégance, toute la facilité, et toutes les petites finesses de l'art que savent y déployer de bons acteurs : ce genre est peu difficile, les acteurs y sont très à leur aise ; on ne leur demande ni une grande vérité historique, ni une grande vérité de caractère ; ils sont à-peu-près ce qu'ils veulent être, et, adaptant leurs rôles à leurs physionomies, à leurs moyens, ils sont toujours sûrs d'être bien sans effort, et de réussir presque sans étude. La Revanche a réuni dans ces dispositions les meilleurs sujets de la Comédie Française ; elle est jouée avec autant d'ensemble et à-peu-près par les mêmes acteurs que cette Jeunesse de Henri V, qu'on ne se lasse point de revoir : la Revanche doit plaire aux amateurs fidèles à cette jolie pièce ; c'est le même genre, la même manière d'envisager un sujet et de le traiter, la même sorte de liberté théâtrale, la même variété de ton, le même mélange de dignité et de comique, de délicatesse et de bouffonnerie ; dans tout cela, la plante exotique, et l'art indigène qui la cultive se font également reconnaître ; l'un est nécessaire à l'autre : réunis, ils peuvent être très-agréables, et ce nouvel exemple le prouve.

Dans la Revanche, tous les rôles sont agréables à jouer ; la pièce le sera donc souvent ; or, le public aime celles que les acteurs préfèrent, et les acteurs peuvent être crus à cet égard sur parole. Le rôle du roi est tracé d'une manière élégante, noble, délicate et polie, et Damas y est tout cela ; son rival a tout l'esprit qu'exige sa situation, et tout celui que Fleury sait donner à un rôle ; le confident des plaisirs du roi a la gaîté et la flexibilité de caractère requis pour son emploi ; on remarque que ce rôle de jeune courtisan, est très-bien joué par Vigny, chargé des rôles à manteau, et qui, ici, par extraordinaire, porte celui du prince avec toute la bonne grace possible : par contraire, Baptiste aîné, qui joue d'ordinaire les rôles graves de la comédie, les pères sérieux ou nobles, donne ici une physionomie fort originale à un comte Sigismond, philosophe prétendu, qui ne veut point aller à la cour, ne reçoit point ceux qui y vont, cite Aristote, lequel, s'il allait à la cour, conseillait au moins de ne pas y aller, et qui, toujours en garde contre les illusions du pouvoir et les séductions de la faveur, ne voit ou ne croit voir le roi pour la première fois, que pour lui demander tout simplement la place de premier gentilhomme de la chambre. Ce rôle est fort comique, c'est-à-dire très-vrai : quelques personnes l'ont traité de Cassandre : soit : Cassandre est comique, et n'a d'autre défaut que de présenter une figure banale pour un ridicule qui n'est pas toujours le même : au surplus, Baptiste est très-plaisant dans le rôle ; qu'il y force un peu la nuance de la prétention philosophique et de la vanité dissimulée : qu'il diminue celle de la crédulité et de la sottise, et l'on rira beaucoup du comte Sigismond, sans y reconnaître le burlesque vieillard de la parade.
On a fait à l'auteur quelques critiques qui caractérisent très-bien la délicatesse d'observation et la finesse du goût de l'écrivain auquel elles sont dues; nous avons à-peu-près répété ses éloges, pour-quoi ne pas répéter ses critiques ? Un même esprit les a dictées ; nous voulons parler de l'époque choisie par l'auteur pour traiter son sujet ; quel besoin de le faire remonter aux Croisades, et de convertir en chevalier partant pour la Palestine ce roi et son écuyer, qui, galans voyageurs, courent le pays plutôt pour se donner quelques torts que pour en redresser ? Rien dans le style n'a la couleur des temps chevaleresques. Certes, le langage d'Eliska, celui sur-tout de Sigismond n'y appartiennent guères, et il est permis de croire qu'à cette époque les Croisés polonais avaient moins de délicatesse dans le langage, un sentiment moins exquis des bienséances ; que leur courtoisie avait moins d'élégance et de légèreté ; qu'enfin la cour de Boleslas était polie et galante, mais d'un autre ton que celles de nos cours modernes. Ce défaut d'accord entre l'époque et l'action et le ton général du dialogue, a frappé beaucoup de personnes à la représentation ; il n'y a, pour le faire disparaître, que quelques mots à supprimer. Il y avait bien aussi quelques longueurs et des scènes un peu vides : le grand jour de la représentation les a indiquées a l'auteur, et les défauts ont facilement été corrigés.

L'auteur a cru devoir garder l'anonyme : est-ce parce qu'il a fait preuve de talent dans un meilleur genre ? Ne veut-il avouer que les ouvrages écrits en vers ? Des motifs de convenances qu'il serait difficile de débattre ici, commanderaient-ils à l'homme public de cacher l'homme de lettres, et y aurait-il en effet entre l'esprit des lettres et l'esprit des affaires cette incompatibilité à laquelle Beaumarchais avait de fortes raisons pour ne pas croire ? Nous l'ignorons : mais par excès de modestie ou de délicatesse, on peut être ainsi la dupe de soi-même ; et notre auteur s'efforçant de se dérober à un succès flatteur, se refusant à l'avouer, nous paraît faire un rare sacrifice, à moins qu'en effet les triomphes à demi-secrets n'aient un charme particulier que ne peuvent désirer et connaître le grand nombre de ceux qui, moins prudens, proclament leur nom avant leur succès, et s'établissent à l'avance les coryphées de leur gloire prématurée.                  S....

D’après la base La Grange de la Comédie Française, la Revanche, comédie en trois actes, en prose, de François Roger et Augustin Creuzé de Lesser, a été créée le 15 juillet 1809 et a connu 83 représentations jusqu’en 1827.

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