La Prise de Toulon

La Prise de Toulon.

L'Almanach des Muses signale, en 1794 et en 1795, deux pièces portant ce titre :

La Prise de Toulon, tableau historique, en un acte, en prose, mêlé d'ariettes. paroles de Picard, musique de d'Aleyrac. (13 pluviôse [an 2]). Huet et Denné.

Théâtre de la rue Feydeau

Almanach des Muses 1794

La Prise de Toulon, fait historique en 1 acte, en prose, par Coriande Mittié, jacobin de Paris. Toubon, galerie du théâtre de la république.

Pièce non représentée.

Almanach des Muses 1795.

Antoine Parès, archiviste de la ville de Toulon a soumis à la Société archéologique, scientifique et littéraire de Béziers (Bulletin de 1927, en ligne sur Gallica) un mémoire sur La Reprise de Toulon au Théâtre dont on trouve le compte rendu aux pages 137-146 de ce bulletin, et qui énumère les différentes pièces suscitées par cette fameuse prise de Toulon.

Les pièces concernant la (re)prise de Toulon sont énumérées aux p. 139-145 :

Dans le mémoire qu'il a adressé à la Société Archéologique, M. Parès, se souvenant qu'il était auteur dramatique et bibliographe autant qu'archiviste, a entrepris de passer en revue toutes les pièces de théâtre inspirées par les événements historiques qui se déroulèrent à Toulon en 1793.

Vous rappellerai-je ces événements: les troubles et les massacres qui marquèrent le début de la Révolution à Toulon, la ville livrée aux Anglais par leshabitants, mise hors la loi par la Convention qui change son nom en celui de Port-la-Montagne, puis le siège de Toulon dirigé par le Général Dugommier el où un jeune commandant d'artillerie, par son habile tactique décida du succès. Enfin la reprise de Toulon par les républicains, les vaisseaux de l'amiral Hood et de l'amiral Langara dispersés et mis en fuite, et plus tard la brillante carrière du commandant d'artillerie, alors à ses débuts, qui s'appelait Napoléon Bonaparte.

Le théâtre étant, comme le dit M. Parès, le miroir des époques, les événements toulonnais ne pouvaient manquer de susciter toute une floraison d’œuvres dramatiques. Ces pièces de circonstance de valeur littéraire assez médiocre, n'eurent pour la plupart qu'un petit nombre de représentations et, certaines, même, ne furent jamais mises à la scène.

L'auteur passe successivement en revue par ordre chronologique, les pièces représentées à Paris et en province et les pièces non représentées.

Pièces représentées à Paris : Dès le 23 Décembre 1793, au Théâtre National de la Rue de la Loi, trois couplets de circonstance, sur l'air de.la Marseillaise annonçaient au public la prise de Toulon.

Quelque temps après, le même théâtre donnait la première de La Prise de Toulon par les Français, opéra en trois actes mêlés de prose, de vers et de chants, par le citoyen Louis Auguste Berlin d'Antilly.

Dans un avant-propos, l'auteur se félicite de voir que le vol, le rapt, l'escroquerie n'occupent plus le premier plan au théâtre et sont remplacés par les vertus privées et publiques. Il formule enfin le vœu suivant:

« Il est malheureux qu'il n'existe pas un jury dramatique chargé de l'épurement de l'ancien théâtre, car, à coup sûr, celui de Regnard que l'on peut appeler le scandale de la scène française, en serait proscrit pour toujours ».

Ainsi pour plaire au citoyen d'Antilly, il aurait fallu sacrifier : le Joueur, les Folies Amoureuses, le Légataire Universel, et se contenter de la Prise de Toulon où nous relevons ce chœur de forçats :

Redoublons de force et d'ardeur !
Amis, redoublons de courage !
Un peu d'argent, beaucoup d'ouvrage,
Du pauvre voilà le bonheur !
Bientôt un excellent breuvage
Viendra ranimer nos esprits :
Un peu d'argent, beaucoup d'ouvrage,
Nous serons heureux à ce prix.

Le 9 Janvier 1793, le théâtre des Sans-Culottes ci-devant Molière, joue l'Heureuse Nouvelle ou la Reprise de Toulon, du citoyen Fabre d'Olivet.

L'auteur y menace les Toulonnais qui ont pactisé avec les Anglais.

Trop longtemps votre insolence,
Votre orgueil nous a bravé,
Mais enfin de la vengeance
Voici le jour arrivé !
Tremblez, habitants rebelles,
Tremble, perfide Toulon,
Et vous, villes criminelles,
Craignez le sort de Lyon !

Le 21 Janvier 1794, Alexandre Duval, ancien acteur du Théâtre du Faubourg St-Germain, fit représenter sur le Théâtre de l'Opéra-Comique La Prise de Toulon par les Français.

Le 23 Janvier 1794, le Théâtre Lyrique des Amis de la Patrie, ci-devant de la Rue de Valois, annonçait la première représentation d'une Reprise de Toulon ou la Fête du Port-de-la-Montagne.

Le 10 Février 1794, Louis Benoît Picard, qui devait être plus tard l'académicien Picard, fit pour le Théâtre de la Rue Feydeau, un « tableau patriotique en un acte mêlé d'ariettes » : La Prise de Toulon ; ce qui fit le succès de cette pièce continué pendant plus de cent représentations, ce fut la plaisante caricature de Monsieur, frère du Roi, joué par Prévost, qui avait su imiter la démarche, le ton et les manières de l'original ; on dit même qu'il lui avait pris jusqu'à son habit. Pendant la Restauration, Monsieur étant devenu Louis XVIII, on chercha à faire disparaître les exemplaires de l'édition originale.

Le « Tableau patriotique », de Picard, était une pièce à grand spectacle dont la mise en scène devait comporter de réelles difficultés. Ne devait-on pas y voir, en effet, « le Général du Pape apparaître suivi de plusieurs moines et soldats le fusil sur l'épaule et le parapluie sous le bras, accompagnés d'un convoi de bœufs, de cochons, de moutons ! Aux troupes grotesques succédaient les soldais français couverts de sueur et trempés de pluie ! »

Pour le dénouement, il n'était guère plus facile de suivre les prescriptions du livret nous informant qu' « un corps de troupes attaque les remparts qui sont dans le fond du théâtre ; les bombes tombent dessus, le rempart s'écroule et laisse voir dans le fond la mer et plusieurs vaisseaux embrasés. La ville brûle. On voit une chaloupe d'émigrés s'enfoncer, on distingue plusieurs forçais qui cherchent à éteindre le feu ». Et la toile baisse sur un

Chœur général

Nous n'avons pas fini la guerre,
Marchons à de nouveaux combats :
Des vils tyrans, de leurs soldats
Français, il faut purger la terre.

Suivant l'annonce des spectacles de Paris, nous voyons que le 22 Pluviôse An II (10 Février 1794),. le Théâtre de la Cité-Variétés joua Le Pari de 24 heures, ou la Nouvelle de la Prise de Toulon, opéra en un acte, dont le journal Le Salut Public, fait un chaleureux éloge ; il donne sur l'attitude de l'auteur, à la fin de la pièce, ce détail assez piquant : « Après la représentation, le public a demandé l'auteur. Aristide Valcourt a paru sur le théâtre avec l'attitude d'un homme libre ; il n'a pas, selon l'ancien usage, humblement remercié les spectateurs de leurs applaudissements, il n'a prononcé que quelques phrases, mais elles étaient brûlantes de patriotisme ». Malgré les éloges prodigués à cette pièce, elle n'eut que trois représentations.

Enfin, c'est le Théâtre de l'Opéra qui ferme le cycle théâtral parisien relatif aux événements toulonnais en faisant représenter le 14 Ventôse, An II (4 Mars 1794, Toulon soumis, paroles du citoyen Fabre d'Olivet, musique du citoyen Rochefort, dont la bibliothèque nationale de l'Opéra conserve encore la partition d'orchestre et de ballet.

Pièces jouées en province : Seuls les théâtres de Marseille, de Toulouse, de Rouen semblent avoir créé des œuvres inspirées par la victoire des armées républicaines sur les coalisés. Les autres scènes provinciales se contentèrent pour commémorer cet événement, d'adopter la coutume pratiquée à Paris, consistant à corser le spectacle par l'audition de chants patriotiques de circonstance.

A Marseille, trois pièces originales furent représentées.

Les Anglais à Toulon et Marseille sauvée, du citoyen Gérault-Lapérière, à la fois auteur et acteur, qui joue dans la pièce le rôle du Maire de Toulon. « Ouvrage médiocre, nous dit M. Parés, où la prosodie est outragée, presque aussi souvent que la langue et le sens commun », et il nous cite ces deux vers dits par un brave garde national marseillais :

                 J'ai bien monté ma garde,
J'exécutai la loi, même quand j'eus un grade.

Le Siège de Toulon, drame héroïque et révolutionnaire en 3 actes, par le sans-culotte Ricard, alors juge au Tribunal du district de Marseille et qui devint plus tard, après s'être rallié à l'ordre, le Président du Tribunal Civil de cette ville.

La mise en scène de cette pièce n'était pas facilement réalisable si nous en jugeons par le final du 2e acte : « Aux cris de : Sauve qui peut ! Voici les ennemis ! Ils sont entrés ! » les habitants de Toulon se précipitent dans des bateaux... notre escadre brûle... celle des ennemis part... Cette scène imposante doit être exécutée avec toute l'illusion que le théâtre peut produire. »

La Prise de Toulon, par Mittié fils, ex-commissaire national du Comité du Salut Public de la Convention, fait historique en un acte et en prose.

A Toulouse, en Pluviôse An II, le théâtre donnait la Prise de Toulon, drame en 3 actes, où l'auteur, le citoyen Pellet-Desbarreaux, acteur de son métier, tenait un rôle.

« La pièce n'est ni meilleure ni pire, nous dit M. Parés, que toutes celles du même genre où la plupart dès personnages font assaut de républicanisme dans un style dont voici un aperçu » :

Sauvons la Patrie, dit le représentant Salicetti à Dugommier.

Elle l'est ! répond le général, sabrant la grammaire avant de canonner les Toulonnais.

A Rouen, les deux théâtres dénommés en 1793, Théâtre de la République et Théâtre de la Montagne (connu depuis 1794 sous le nom de Théâtre des Arts), firent entendre dès le 6 Nivôse, jour de la proclamation officielle de la prise de Toulon, des couplets de circonstance dont voici un aperçu :

Air de la Montagne.

Français, braves républicains,
jouissez de votre conquête ;
des lauriers cueillis par vos mains
vous allez orner votre tête.
Quand la victoire suit vos pas,
qu'elle est toujours votre compagne,
la gloire aussi vous tend les bras
du haut de la montagne.

Peuple franc, abandonne-toi
aux doux transports de ton délire ;
chante l'égalité, la loi
et la liberté qui t'inspire.
Pour détruire tes ennemis
il ne te faut qu'une campagne ;
va, reviens trouver tes amis,
Ils sont sur la Montagne !

Le Théâtre de la République donna le 13 Nivôse, An II (2 Janvier 1794), Le Cachot de Beauvais, par l'acteur-directeur Ribié.

Le Théâtre de la Montagne joua une Prise de Toulon, attribuée à Kreutzer.

A Dijon, un concert donné le 11 Janvier 1794, fut composé de parodies de circonstance adaptées à des airs d'opéra alors en vogue.

Pièces non représentées : Opéras : Le Dictionnaire des Opéras enregistre une Reprise de Toulon, de Gossec, et un Toulon soumis, paroles de Moline et Bouquier, musique de Porta.

Comédies : La Prise de Toulon, par les citoyens Bizet et Faciolle.

Depuis l'époque révolutionnaire, dit M. Parès, la Reprise de Toulon n'a plus tenté nos auteurs modernes ; cependant, à propos du centenaire de cet événement historique, trois écrivains toulonnais, MM. Sénés, Amoretli et Henseling firent le 30 Décembre 1893, représenter sur le Théâtre de Toulon, une pièce en 2 actes et 3 tableaux, sous le titre de : Le Siège de Toulon en 1793, avec un prologue en vers de Jean Aicard. Cette poésie n'eut qu'une seule représentation, mais fut très bien accueillie du public d'après les journaux locaux de l'époque.

Telle fut cette littérature lyrico-dramatique de circonstance, née spontanément sous l'impulsion des événements ; œuvres hâtives, inspirées par la fièvre et l'exaltation du moment, et qui n'eurent pour la plupart, qu'une durée éphémère ; pièces en général mal écrites et mal composées, pleines de situations invraisemblables, de caractères faux, de détails puérils, le tout enveloppé dans la phraséologie ampoulée et bizarre qui fut chère à cette époque.

Le mémoire de M. Parès a obtenu une médaille de bronze de la société de Béziers.

La base César connaît 11 pièces sur le sujet de la prise de Toulon, datées en tre 1794 et 1797 :

  • Le Pari de 24 heures, ou la nouvelle prise de Toulon, opéra en un acte, d'auteur inconnu, joué 15 fois du 10 février au 2 juin 1794 au Palais des Variétés ;

  • la Prise de Toulon, vaudeville historique en prose, de Bizet et C. A. Faciolle, dont on ne connaît pas de représentation ; la pièce figure dans la Bibliothèque de Soleinne, parmi les « Pièces relatives aux deux sièges de Toulon » (n° 2454) ;

  • la Prise de Toulon, du citoyen Briois, dit M. de Belleroche ; on la trouve aussi dans le n° 2454 de la Bibliothèque de Soleinne ; elle a été jouée 39 fois au théâtre de la Gaieté, du 22 février 1794 au 19 février 1795 ;

  • la Prise de Toulon, tableau patriotique en prose en 1 acte, d'Alexandre Duval, dit Alexandre-Vincent Pineu, musique de Jean-Frédéric-Auguste Lemière de Corvey, joué 42 fois du 21 janvier 1794 au 11 janvier 1796 au Théâtre Italien (salle Favart), sauf 1 représentation au théâtre de la Gaieté ;

  • la Prise de Toulon, tableau patriotique en prose en 1 acte, de Louis-Benoît Picard, musique de Nicolas Dalayrac ; 21 représentations, au théâtre Feydeau (avec trois exceptions, 1 représentation au théâtre du Lycée des Arts et 2 au Théâtre de la Montagne) ; 1 représentation à Toulouse ;

  • la Prise de Toulon, tableau patriotique en prose en 1 acte, d'auteur inconnu, représenté une seule fois le 25 décembre 1794 aux Variétés Amusantes, Comiques et Lyriques ;

  • la Prise de Toulon, drame héroïque en 3 actes en prose, de Hiacinthe Pellet-Desbarreaux, joué en janvier 1794 à Toulouse (Théâtre de l’Égalité et de la Liberté) ;

  • la Prise de Toulon par les Français, opéra en 3 actes, d'Auguste-Louis Bertin d'Antilly, sans représentation, mais dont la brochure figure dans la collection Marandet de l'Université de Warwick (sur la page de titre, indication d'une représentation sur le Théâtre National de la rue de la Loi, l'an deuxième) ;

  • la Reprise de Toulon, ou les Patriotes provinciaux, pièce historique en 2 actes, d'André Pépin Bellement, jouée 7 fois au Théâtre Italien (salle Favart), du 3 décembre 1797 au 11 mars 1798 ;

  • Toulon reconquis, ou la Fête du port, pièce historique en 1 acte, d'auteur inconnu, représenté3 fois au Théâtre des amis de la Patrie, le 23, 24 et 25 janvier 1794 ;

  • Toulon soumis, opéra historique en 1 acte, d'Antoine Fabre d'Oliver, musique de Jean-Baptiste Rochefort, figurant dans la Bibliothèqye de Soleinne, dans le « Répertoire de l'Acdémie royale de musique » (n° 283) ; joué 13 fois à l'Opéra (salle de la Porte Saint-Martin), du 4 mars au 22 juillet 1794.

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